Du soya et que ça presse!

Pour diminuer les coûts d’alimentation, on peut alimenter les vaches laitières de soya transformé à la ferme

Publié: il y a 2 heures

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Ce tourteau de soya noir de la semencière Prograin peut être incorporé à la ration à hauteur de 2 kilos quotidiens par vache. À 91-92% de matière sèche, il dose en moyenne 35% de protéine et 16% de lipide.

Depuis 2013 et après une visite à Expo-Champs, Maxime Bessette et sa famille pressent du soya dans la «cuisine» de la Ferme Maxima, à deux pas du mélangeur à rations. C’est le système de la compagnie ontarienne Energrow qu’ils ont choisi pour presser 80 tonnes de soya par année, de quoi alimenter le troupeau de 60 à 70 vaches en lactation de Marieville.

Vingt à 30 jours à la fois, on utilise la presse 24 heures par jour, tâche qui ne nécessite que quelques minutes quotidiennes, assure Maxime Bessette. «On nettoie le tamis ou les capteurs électroniques et on change le sac de tourteau qui se remplit tout seul.»

Du silo extérieur d’une contenance de 20 tonnes, une vis amène les graines de soya (8 à 14% d’humidité) au-dessus d’une moulange qui éclate les fèves. Le broyat entre ensuite dans l’extrudeur, vis sans fin où on restreint le passage du soya par une matrice trouée à la sortie de l’appareil. Sur la vis, une large bande de chauffage fait cuire le tourteau et son résidu huileux à 175 °C.

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Dans ce procédé d’extrusion, l’huile de soya brute est récupérée dans un bac de plastique sous l’appareillage. Elle pourrait être mélangée au diesel à la ferme, revendue à Energrow ou distribuée à des éleveurs qui cubent des moulées à la ferme.

Depuis 2013, Maxime Bessette autoproduit une partie de ses concentrés. Les performances laitières du troupeau 100% Holstein, à 12 866 kg de lait à 4,58% de gras, lui donnent raison.

Ce qui intéresse Maxime est davantage le tourteau, frais et appétent, stocké dans de grands sacs sagement rangés avec les fourches du tracteur sur des étagères. Leur précieux contenu est ensuite déversé dans la trémie d’un souffleur qui remplit un silo de tourteau de cinq tonnes connecté au mélangeur.

Des efforts qui en valent la peine, car le producteur intègre quotidiennement 2 kg de tourteau à 91-92% de matière sèche, 35% de protéine et 16% de lipide. Maxime Bessette est catégorique : les performances laitières de son troupeau 100% Holstein s’en ressentent, avec une moyenne annuelle de production par vache de 12 866 kg de lait à 4,58% de gras.

Chez Maxima, on valorise notamment des lots invendus de soya de la semencière Prograin de Saint-Césaire. Lors du passage du Bulletin des agriculteurs, on venait d’extruder un nouveau soya noir, de quoi faire travailler le technologue en alimentation animale de Meunerie Hébert, Cédric Riendeau, qui compose les rations selon les analyses des oléoprotéagineuses. Au champ, Maxime Bessette choisit les variétés qu’il sème non plus seulement sur leur rendement en kilo, mais surtout sur leur rendement protéique.

Trop riche en acides gras polyinsaturés, le soya non oléique ne peut être incorporé en grande quantité dans la ration, généralement 2 ou 3 kg, contrairement au soya à haute teneur en acide gras monoinsaturé oléique.

Ayant donc une bonne expérience d’utilisation du soya conventionnel in situ, le producteur compte essayer le soya oléique prochainement, qui ne nécessite qu’un traitement de chaleur pour être servi tel quel, sans retrait d’huile, pour des performances laitières et reproductives rehaussées. Le Marievillois estime son rendement du capital investi à cinq ans, le coût d’exploitation à 20 $/tonne de soya, car il faut changer quelques pièces et fluides à intervalles : vis sans fin, matrice, boulon d’entraînement, huile, etc.

extrudeur à soya
À 105 tours par minute, la vis sans fin de l’extrudeur Energrow extrait l’huile du tourteau dans un procédé automatisé qui ne nécessite que quelques minutes de surveillance par jour. De fabrication canadienne, la machine ne requiert qu’une alimentation monophasée de 240 V et 50 A.

La présidente d’Energrow, Jasmin Hofer, corrobore ces coûts. «La plupart des exploitations laitières peuvent remplacer 70% ou plus de leurs protéines achetées avec des quantités de soya journalières pouvant atteindre 2,7 kg par tête et même davantage si la ferme intègre aussi du soya extrudé au robot.»

Elle calcule que pour une ferme laitière de 90 vaches en lactation, la valeur ajoutée nette au soya peut atteindre 112 $/tonne, un bénéfice de plus de 11 000 $ quand on utilise un extrudeur à la ferme. L’entreprise propose aussi des torréfacteurs pour rôtir ou cuire le soya oléique avant de le servir entier, lipide et protéine, sapide et rapide!

Cet article a d’abord été publié dans l’édition de janvier du Bulletin des agriculteurs.

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