Le manque de conteneurs crée de graves problèmes logistiques

Des entreprises d’ici, comme Les Grains Semtech, doivent faire face à un problème récurrent qui a pris une nouvelle ampleur dans les derniers mois, soit la disponibilité de conteneurs. La société de Saint-Pie qui offre des services de conditionnement et de criblage se voit souvent obligée de revoir ses plans devant l'impossibilité de mettre la main sur les espaces qu'elle avait réservé. Le problème n'est pas nouveau. Comme le dit la directrice générale de Semtech, le problème était déjà présent quand elle a débuté dans l'entreprise il y a 18 ans mais la situation amène son lot de défis. "Ça fait un moment que ça dure et ça toujours été un léger problème mais c'est devenu problématique. Cela apporte certaines difficultés d'approvisionnement des conteneurs, des difficultés pour établir les horaires de production et gérer l'espace dans les entrepôts". C'est sans compter les dépenses occasionnées par les déplacements de transport et de gestion.

La principale difficulté est dans l'absence de régularité et de constance dans la disponibilité des conteneurs. "Dans une semaine normale, on peut compter sur environ 30 ou 40 conteneurs. Aujourd'hui, un camion peut revenir sans aucun conteneur et ensuite, en avoir 70 à charger, ce qui est impossible à faire", explique Mme Bergeron.

Selon Demian Gallego, directeur du commerce et de la commercialisation chez Global Food and Ingredients, un expéditeur de légumineuses de la Saskatchewan, l‘offre de conteneurs a été réduite de 70% en 2020.

Le même constat est fait par Bo DeLong, vice-président de la division céréalière de DeLong, une société céréalière américaine qui expédie du soya dans des conteneurs. Il semble toutefois que la situation semble s’améliorer en Amérique du Nord et que l’approvisionnement en conteneurs soit plus facile. Son service commercial l'informe que les chargements de conteneurs hors des États-Unis s'améliorent de semaine en semaine.

M. DeLong  s'attend à des progrès continus, alors que la Chine passera à l'achat de soya sud-américain dans les semaines et les mois à venir. Avec la fin de la récolte en Amérique du Sud, les transports vers l’Asie se sont accélérés. Cela devrait donner aux États-Unis la marge de manœuvre dont ils ont besoin pour régler le problème de pénurie de conteneurs causé par les compagnies maritimes qui envoient des conteneurs vides en Chine pour y être remplis de biens de consommation pour revenir sur un marché américain où la demande pour les biens étrangers est très forte. Le pdg s’attend à ce que la situation se résorbe à l’automne prochain.

Selon M. Gallego, la situation s’est améliorée en mars, surtout du côté ferroviaire, mais la disponibilité reste sporadique.

Un des problèmes résiderait dans le temps dont disposent les acheteurs en Asie pour vider les conteneurs. Dans les dernières années, un surplus de boîtes de transport les a conduits à prendre de deux à trois semaines pour effectuer le travail. Les règles sont aussi devenues plus clémentes envers les compagnies de navigation qui retenaient les conteneurs. Une meilleure capacité intermodale a aussi contribué à ralentir le processus du retour en circulation des boîtes.

La U.S. Specialty Soya and Grains Alliance a demandé l’intervention du gouvernement américain en indiquant que l'accès des exportateurs agricoles américains aux marchés internationaux était compromis par les transporteurs maritimes qui rejettent les cargaisons agricoles américaines afin de renvoyer des conteneurs vides à l'étranger pour répondre à la forte demande des États-Unis en biens de consommation. L’Alliance craint que la pratique nuise à la compétitivité de l’agriculture américaine dans les prochaines années.

Chez Prograin, on a décidé de réserver un certain volume de la prochaine récolte pour le marché européen pour essayer de contourner le problème, a expliqué Alain Létourneau, pdg de l'entreprise au journal Les Affaires.

Annie Bergeron de Semtech indique que le problème a mené a repenser les manières de faire et à être plus créatifs. "On essaie d'être moins vulnérable".

Par ailleurs, la situation dans le Port de Montréal est suivie de près. Une grève pourrait être imminente mais des discussions sont en cours entre les employés et la partie patronale. "On souhaite que tout le monde se parle et que ça se règle de manière pacifique. On a hâte que ça se règle", déclare Mme Bergeron.

Source: Les Affaires, The Western Producer

à propos de l'auteur

Journaliste

Céline Normandin

Céline Normandin est journaliste spécialisée en agriculture et économie. Elle collabore également au Bulletin des agriculteurs.

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