Changements climatiques: des pistes pour les agriculteurs

Trois spécialistes se penchent sur les impacts en agriculture et les moyens de s'adapter

La météo des dernières années le confirme: la météo stable des années 70 et 80 est révolue et il n’est plus possible de continuer à produire comme le faisait les générations précédentes. Non seulement les températures globales augmentent mais les variations sont désormais plus prononcés et les événements météo plus imprévisibles et importants en force.

Le journaliste Gerald Pilger de Country Guide a interrogé trois spécialistes du climat sur ce que les agriculteurs devaient modifier dans leurs pratiques pour s’adapter. La question est importante puisqu’elle implique de la préparation, des changements dans les méthodes culturales et de l’argent, fait valoir le journaliste.

L’Ouest et l’Est du pays ont d’ailleurs connu leur lots de problèmes. Pour une 3e année consécutive, les Prairies ont connu des tempêtes de neige précoces dès la fin septembre tandis que le froid et la pluie s’acharnent durant la récolte dans l’Est.

Stefan Kienzle, professeur d’hydrologie au département de géographie de l’Université de Lethbridge en Alberta, indique: «Le changement climatique ne consiste pas seulement en un réchauffement progressif. Le changement climatique est une variabilité climatique accrue. Il y aura une augmentation des vagues de chaleur. Et il y aura une augmentation des vagues de froid. “

Le professeur a étudié le climat de la province, sélectionnant la période de 1950 à 2010. Tout comme pour le Québec, la saison cultivable s’est allongée de trois semaines, accompagnée d’une hausse des températures, tout en constatant que les vagues de froid s’étaient accru. Une vague de froid représente cinq jours consécutifs sous les normales de saison. Ce changement correspond selon le chercheur à un climat plus variable.

En fait, M.Kienzle prévoit que des phénomènes météorologiques perturbateurs se produiront probablement plus souvent au cours des 50 prochaines années en raison des changemenst climatiques. «Il y aura plus de chances que les températures montent et descendent et que les précipitations augmentent, en particulier à l’automne, lorsque l’air tropical chaud est au sud et que de profonds creux d’air froid se forment dans l’Arctique.»

Les producteurs devraient se préparer à des perturbations météorologiques plus sévères telles que sécheresses, inondations, grêle et tempêtes de vent.

Malheureusement, il n’existe pas de réponse simple quant à la manière dont les agriculteurs peuvent s’adapter à ces événements car il n’existe aucun moyen de prédire si, où et quand de telles perturbations météorologiques se produiront, même une région donnée.

Le meilleur conseil qu’il puisse donner aux agriculteurs est de faire preuve de souplesse. Plantez tôt, sélectionnez des cultures qui résistent bien au stress, à la chaleur estivale et au gel printanier et automnal, et soyez prêts à faire face aux conditions météorologiques instables tout au long de la saison de croissance.

Un autre chercheur, cette fois à Environnement Canada, propose de profiter de la saison plus longue pour planter une plus grande variété de cultures et si possible, de planter tôt, pour se protéger du temps plus sec en été et pouvoir (encore si possible) récolter tôt. Selon Barrie Bonsal, le réchauffement le plus important des températures aura lieu en hiver, et non durant la période de croissance des plantes. La variabilité du mercure sera importante, avec des risques de gels tardifs au printemps et de gel précoces en automne. «Les agriculteurs devraient s’attendre à des surprises. Nous pourrions voir des conditions météorologiques jamais vues à ce jour sur une grande échelle! »

Les précipitations seront difficiles à prévoir durant les changement climatiques. Des températures plus chaudes entrainent habituellement plus de précipitations et puisque le réchauffement le plus important est prévu en hiver, l’automne et le printemps, ces périodes pourraient voir une augmentation des précipitations. En hiver, cela pourrait signifier plus de précipitation en pluie qu’en neige.

Les changements climatiques ne peuvent pas non plus être simplifiés à des températures plus chaudes à la grandeur du globe. Le réchauffement des océans peut changer les modèles actuels des courants jets et des vents, ce qui a un impact non seulement sur la température locale mais aussi sur les inondations et les sécheresses.

David Phillips, climatologue principal à Environnement Canada à Toronto, a énuméré quatre facteurs climatiques auxquels les agriculteurs devront s’adapter: les extrêmes, la sévérité (des événements), la variabilité et l’incertitude. M.Phillips est d’accord pour dire que les changements climatiques pourraient accroître la production agricole canadienne en raison d’une saison de croissance plus longue, en plus de permettre de produire de nouvelles cultures ou en permettant aux agriculteurs d’étendre leurs activités à des zones qui n’étaient pas exploitées auparavant. «Les changements climatiques seront à la fois bons et mauvais pour l’agriculture. Il y aura des gagnants et des perdants. Nous avons déjà vu des changements positifs et négatifs. »

«Cela ne fait aucun doute, nous assistons à davantage d’événements météorologiques extrêmes, que ce soit au niveau du nombre d’événements, des événements hors saison et des événements hors région. Certains producteurs ont même connu à la fois des inondations et des sécheresses au cours de la même saison de croissance. La météo normale n’existe plus.»

Alors que la plupart des gens associent changement climatique à des températures plus chaudes, M. Phillips souligne qu’il existe «beaucoup de choses qui créent la météo». Par exemple, le climatologue décrit le courant jet comme un système de gestion de la météo. Le courant jet divise l’air nordique plus froid et l’air plus chaud au sud. C’est ce contraste de températures qui crée les conditions météorologiques. Mais parce que l’Arctique se réchauffe plus rapidement, le courant jet ralentit et change de forme. Il est maintenant plus en forme de montagnes russes et les conditions météorologiques qui se déplaçaient rapidement d’ouest en est ont maintenant ralenti. Les schémas de blocage et de masses d’air stagnantes sont plus fréquents et conduisent à des phénomènes extrêmes de pluie ou de sécheresse.

En ce qui concerne les prévisions météorologiques pour l’automne dans l’avenir, M.Phillips admet que l’automne est probablement la saison la moins étudiée en ce qui concerne l’impact des changements climatiques. Le courant-jet devient plus prononcé au fur et à mesure qu’il avance en hiver, ce qui laisse entrevoir la possibilité de conditions météorologiques plus variables. L’automne tend pour sa part à être la saison la plus courte et n’est pas aussi facilement décrite par des dates que les étés et les hivers.

M.Phillips suggère que la flexibilité est essentielle pour que les agriculteurs puissent s’adapter avec succès aux changements climatiques: soyez prêt à semer tôt et recherchez des cultures résistantes à la sécheresse et à la chaleur. Les automnes humides pourraient nécessiter le séchage des cultures récoltées. Et attendez-vous à des tempêtes et des conditions météorologiques plus violentes qui endommagent les cultures.

 

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