La caméline, cette méconnue

La caméline intéresse l’industrie pétrolière dans l’ouest du pays. Au Québec, peu de gens la connaissent et la cultivent. Quelques producteurs ont fait sa connaissance en 2005, lorsqu’un conférencier allemand est venu la présenter.

Trois fermes de la Montérégie se sont associées autour de l’expertise de l’agronome Carl Bérubé, du Club Agri-Action Montérégie. Leur projet visait l’évaluation du potentiel agronomique et du rendement en huile de la caméline en association à la culture du soya sans intrants. Le Bulletin des agriculteurs s’est entretenu avec l’agronome Bérubé et l’un des producteurs, Raymond Durivage de la Ferme EDPA.

Loin de Raymond Durivage et de Carl Bérubé l’idée de dérober des surfaces agricoles dédiées à l’alimentation dans le but d’y cultiver des plantes à vocation énergétique. Pour ces deux passionnés d’agriculture, l’association de la caméline à la culture de soya destiné à l’alimentation humaine visait un autre but : la neutralité d’émission de carbone.

Le principe est intéressant : le soya nourrit les humains et l’huile de caméline se retrouverait dans nos assiettes ou serait transformée en carburant. Ce carburant permettrait le travail de la terre sur laquelle le soya et la caméline sont ensemencés. De plus, le producteur pourrait tirer deux revenus du même hectare de terre.

À la Ferme EDPA, un des objectifs de départ de l’introduction de la caméline, outre la diversification des cultures, ciblait le contrôle des mauvaises herbes dans la culture de soya sans intrants. « Il semblerait que la caméline ait un effet allélopathique sur les mauvaises herbes. Mais nous n’avons pas observé ce phénomène », souligne Carl Bérubé.

À l’essai
Un essai a pris forme, une demande de financement a été déposée au Conseil pour le développement de l’agriculture du Québec (CDAQ) et les premiers semis de caméline se sont concrétisés en 2006. Trois entreprises y ont participé.

Au cours des trois années du projet, ces producteurs ont implanté la caméline dans le soya. En 2010, seul Raymond Durivage persistait et maintenait la culture de la caméline dans son plan de culture.

Dans le cadre du projet, on a expérimenté entre autres une dose de semis complète du soya avec un semis de caméline et une dose de semis réduite pour le soya (80 %) combiné à la caméline. On a utilisé deux méthodes de semis : le semis à la volée à l’aide d’un Vicon et le semis avec une trémie pneumatique montée sur une herse étrille (peigne).

Raymond Durivage et Carl Bérubé ont constaté qu’un semis hâtif offrait davantage de probabilités de réussite et des rendements plus avantageux. Les rendements en caméline ont atteint une pointe de 540 kg l’hectare. Toutefois, Carl Bérubé estime qu’il est plus réaliste de viser les 400 kg à l’hectare.

La gestion des mauvaises herbes pose un défi de taille. La combinaison de la culture de la caméline à celle du soya fait en sorte qu’on ne peut utiliser aucun herbicide contrôlant les feuilles larges sans compromettre l’un des deux groupes de plantes.

Développer le marché
« L’huile de caméline a le potentiel de se retrouver dans notre assiette, mais il reste beaucoup de travail pour la faire connaître et la valoriser », constate Raymond Durivage.

Selon le producteur, pour y arriver, il faut se rapprocher du client, ce qui requiert un investissement de temps. L’huile qui n’atteindrait pas les standards propres à l’alimentation humaine pourrait être valorisée dans la production de biodiésel.

Certains considèrent la caméline comme le futur canola et lui prédisent un avenir flamboyant. D’autres demeurent prudents quant aux prévisions d’ensemencements futurs de cette crucifère.

La caméline a un grand atout : son huile. Celle-ci contient un taux élevé en oméga-3 et la moitié des acides gras polyinsaturés, un avantage pour l’alimentation humaine. Par ailleurs, cette huile pourrait remplacer une portion du kérosène dans le carburant des avions.

Lisez l’article au complet et illustré dans votre Bulletin des agriculteurs de juillet 2011.

Commentaires