La crise de la vache folle, vue par l’Union paysanne

Saint-Jean-sur-Richelieu (Québec), 27 novembre 2004 – Vaches et tracteurs dans les rues et en ville pour réclamer un prix plancher de 0,42$ la livre, effondrement du revenu des éleveurs laitiers et bovins. L’UPA joue la vierge offensée, arguant que les fermiers se font voler, que l’industrie de la transformation fait son argent sur le dos des agriculteurs, etc.

Mais pourquoi en sommes-nous rendus là? Comment se fait-il qu’un seul cas de vache folle au Canada aie de telles conséquences? Et que faut-il changer? Premièrement, il ne fallait pas orienter notre agriculture vers les marchés internationaux. Lorsqu’un secteur, comme celui du boeuf, ou du bois, se bâtit sur l’exportation, il devient extrêmement fragile. Si un des pays clients ferme sa frontière, nous sommes piégés et impuissants. Quelle influence avons-nous sur les décisions des Etats-Unis ou du Japon?

Ensuite, en misant sur l’exportation, on a concentré et centralisé les structures d’abattage et de transformation, soi-disant parce que seule une grande entreprise peut s’établir sur les marchés mondiaux. Le résultat est aussi qu’on crée des situations de quasi-monopole, comme l’abattoir de Levinoff. Difficile de négocier ensuite de bons prix lorsqu’il n’y a qu’un seul acheteur et qu’il peut acheter ailleurs.

Evidemment, il ne fallait pas non plus encourager le fait de nourrir des animaux herbivores avec de la viande provenant d’animaux morts ou malades. La vantardise de l’UPA de vouloir fournir le panier d’épicerie le moins cher possible nous a mené tout droit vers une situation où il faut réduire les coûts sans cesse et où il est difficile de concilier cela avec une augmentation du revenu des agriculteurs

Et puis, ce qui est payant en agriculture, ce n’est pas la production mais bien la transformation et la mise en marché. A l’échelle mondiale, les entreprises les plus lucratives sont dans la transformation et la mise en marché alimentaire : Nestlé, Kraft, Unilever, MacDonald…Et comme par hasard, les agriculteurs québécois ont été confinés dans un rôle de simple producteur au prix de gros. Les abattoirs régionaux ont été fermés, ainsi que les laiteries, les boulangeries, etc.

En somme, cette crise a été préparée de longue date. Pendant des décennies, le ministère de l’agriculture et l’UPA ont clamé qu’il fallait industrialiser la production, la spécialiser. Les subventions sont allées et vont encore au volume de production, donc aux entreprises les plus grosses. Le forum des décideurs de St-Hyacinthe nous a promis que l’exportation nous assurerait un avenir meilleur. Pendant que l’Etat continue de verser des centaines de millions aux intégrateurs, aux monocultures de maïs ou de soya, rien n’est donné aux producteurs biologiques ou de petite taille. L’UPA et le MAPAQ font la guerre aux fromagers mobiles qui aident les fermiers à transformer leurs produits à la ferme, en prétextant d’hypothétiques risques de tuberculose, comme si le « cheezwhiz » était meilleur pour la santé que le fromage maison. Le MAPAQ interdit la diversité animale dans les étables laitières. Aujourd’hui pourtant, beaucoup apprécieraient tirer un petit revenu avec une autre production. Ne pas mettre tous ses oeufs dans le même panier ne date pas d’hier. C’est le MAPAQ et l’UPA qui ont concocté des plans conjoints de mise en marché qui ne laissent pas de place pour la transformation à la ferme ou régionale, ni aux produits du terroir, qui ont empêché les coopératives de producteurs de proliférer.

L’avenir passe par le contrôle des agriculteurs sur leurs outils de transformation et de mise en marché et par la régionalisation des structures de transformation, par les circuits courts de mise en marché. La discussion autour du 0,42$ la livre comme prix plancher se révèle être un faux débat puisque la survie à terme des fermes n’est nullement assurée et abandonne les agriculteurs aux aléas du libre-échange et du modèle industriel de production.

Site(s) extérieur(s) cité(s) dans cet article :

Ministère de l’agriculture des pêcheries et de l’alimentation du Québec (MAPAQ)
http://www.mapaq.gouv.qc.ca

Union des producteurs agricoles (UPA)
http://www.upa.qc.ca/

Union Paysanne
http://www.unionpaysanne.com/

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