Les Chinois acheteurs de soya

La fermeté du prix du soya à Chicago cet automne, une période où il a plutôt tendance à reculer, en a surpris plusieurs. Le responsable? La Chine dont les importations de soya ont crû de manière substantielle durant la saison 2016-2017. Le département américain de l’Agriculture (USDA) a diffusé des chiffres qui confirment une tendance déjà manifeste depuis un certain temps.

Selon le USDA, les exportations américaines de soya vers la Chine sont passées de 1,085 milliards de boisseaux pour l’année 2014-2015 à 1,116 milliards de boisseaux en 2015-2016. Pour la présente année de commercialisation, les ventes calculées jusqu’à maintenant s’élèvent à 953,3 millions de boisseaux contre 630,5 millions de boisseaux à la même date l’an dernier. Pour le seul mois d’octobre 2016, les exportations sont en hausse de 30% par rapport à celles de 2015 à 418 millions de boisseaux.

Pour l’année complète, l’organisme américain qui récence les données (WASDE) prévoit des exportations totales de 2,05 milliards de boisseaux de soya américain, soient les plus importantes jamais enregistrées. Et selon les analyses, la consommation de la Chine devrait augmenter de 100 millions de boisseaux de soya par rapport à l’année dernière pour s’élever à 3,17 milliards de boisseaux.

Selon l’économiste agricole de l’Université de l’Illinois, Todd Hubbs, les exportations de soya vers la Chine affichent un schéma où les ventes sont plus importantes au début de l’année de commercialisation. Elles ralentissent au cours de la seconde moitié de l’année pour se dissiper complètement à mesure que la production sud-américaine devient disponible sur le marché mondial. Dans les cinq dernières années, 85% des exportations vers la Chine étaient achevées à la fin de février. Selon lui, il est encore trop tôt pour indiquer si l’année 2016-2017 sera une année record d’exportation de soya américain vers la Chine, ou si la tendance se poursuivra dans les prochaines années.

«Les niveaux d’exportation du soja semblent durables», estime l’économiste Hubbs, «mais il ya une prudence compréhensible liée aux prévisions des exportations de soya aux États-Unis. Bien qu’il y ait un potentiel de surpasser les prévisions d’exportation, les développements au cours des prochaines semaines dans la production de cultures sud-américaines et les modèles d’achat du soya chinois seront  cruciaux pour déterminer les niveaux d’exportation du soya américain ».

Rapport Demeter

Le Demeter 2017, dernièrement paru, jette aussi un éclairage sur la question de la demande chinoise. À chaque année, des analyses prospectives de l’actualité agricole dans le monde cernent divers sujets et enjeux. Cette année, plusieurs articles se penchent sur le défi agricole, économique et géopolitique de la Chine dont la population s’élèvera à 1,5 milliards d’individus en 2030. Comment le gouvernement va jongler entre une demande croissante de ses habitants pour des protéines et des céréales, la production intérieure et les importations ? « L’importance de la question alimentaire se traduit, en Chine, par des efforts colossaux dans le domaine agricole, la poursuite de la logique interventionniste du gouvernement, mais aussi par une stratégie intégrant de plus en plus une dimension internationale », indique le document. La compréhension des enjeux chinois permettra aux pays exportateurs de se positionner pour un marché en croissance, estime les auteurs du rapport.

à propos de l'auteur

Journaliste

Céline Normandin

Céline Normandin est journaliste spécialisée en agriculture et économie. Elle collabore également au Bulletin des agriculteurs.

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