Les pluies acides ravagent les érables

Longueuil (Québec), 17 mai 2001 – Une étude le confirme, titrait La Presse du 5 mai dernier : les pluies acides ravagent les érables. L’article fait référence aux résultats d’une récente étude du ministère des Ressources naturelles qui sera publiée à l’automne. « Le phénomène du dépérissement des érables, peut-on y lire, est attribuable à l’impact indirect des dépôts atmosphériques acides sur les sols forestiers ». Enfoui depuis des années dans la mémoire populaire, voilà donc que le spectre des pluies acides refait à nouveau surface.

Même si on sait aujourd’hui que le dépérissement des forêts s’explique par la combinaison de plusieurs facteurs, y compris les précipitations acidifiantes, le « mal acide » n’en demeure pas moins inquiétant, surtout parce qu’il est d’une ampleur difficile à contrôler. Beaucoup se souviendront que l’UPA avait sonné l’alerte sur le phénomène, dans les années quatre-vingt, battant le tambour d’une vaste campagne de sensibilisation qui avait conduit les pouvoirs publics à prendre les mesures appropriées pour endiguer le fléau, principalement attribuable aux émissions polluantes des centrales thermiques et des grandes fonderies. Les mesures mises en place ont permis de réduire significativement les émissions responsables. De 50 % au Canada et même de 65 % au Québec. Si l’état de nos forêts ne s’est pas amélioré, au moins ne s’est-il pas détérioré outre mesure. Croyait-on…

Un des problèmes toutefois avec les pluies acides, c’est qu’elles ne connaissent pas de frontières. On a beau nettoyer notre cour, si nos voisins n’en font pas autant, le problème reste bien présent. La preuve : plus de 50 % du « cocktail » chimique recraché sur nos têtes provient du midwest américain, poussé par les vents dominants, qui voyagent du sud-ouest vers le nord-est. Situation qui avait conduit le Canada et les États-Unis à signer, en 1991, l’Accord visant à gérer la pollution atmosphérique transfrontalière, qui concernait spécialement les pluies acides et qui avait sonné la fin des pressions populaires. Les Américains s’y engageaient, d’ici 2010, à réduire de 40 % leurs émissions de dioxyde de soufre (grands responsables, avec les oxydes d’azote, de l’acidification), concrétisant ainsi les engagements pris par le président américain de l’époque, un certain George Bush.

Mais voilà, ce que le père avait promis à grand peine, le fils se propose maintenant de le défaire, sous prétexte de « crise » énergétique. Le gouvernement de George W. Bush (« junior »), qui s’est déjà dissocié du Protocole de Kyoto, a récemment fait part de son intention d’intensifier son programme de construction de centrales thermiques au charbon, lesquelles sont largement responsables des émissions acidifiantes. Et l’intention des États-Unis ne fait aucun doute. Faisant référence aux mesures de conservation d’énergie, le vice-président américain, M. Dick Cheney, a récemment déclaré que si une telle approche « peut constituer un signe de vertu personnelle, elle ne représente pas la base d’une politique énergétique solide ». Voilà qui frise l’inconscience quand on sait à quel point C la nouvelle étude le confirme C les pluies acides fragilisent le patrimoine forestier, qu’il soit canadien ou américain.

De tels propos ont fait bondir avec raison le ministre de l’Environnement du Québec, M. André Boisclair, résolu à alerter les gouverneurs des États de la Nouvelle-Angleterre pour qu’ils infléchissent la volonté de leur gouvernement central. De son côté, le Canada C on se demande pour quelle raison C tarde encore à réagir. La menace pèse lourd pourtant sur ses écosystèmes du sud-est. Même avec l’accord de 1991, on estime qu’en 2010, une superficie équivalente à la France et au Royaume-Uni recevra des précipitations acides en concentration nuisible. La survie même de l’arbre qui a fourni le fier emblème de l’unifolié ne devrait-elle pas justifier le Canada d’agiter pavillon à la Maison-Blanche? Si rien n’est fait, il se peut, qu’avant longtemps, la campagne de sensibilisation « Il pleut à mourir » doive reprendre du service.

Site(s) extérieur(s) cité(s) dans cet article :

Ministère de l’Environnement du Québec

http://www.menv.gouv.qc.ca

Union des producteurs agricoles (UPA)

http://www.upa.qc.ca/

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