Une nouvelle Coalition d’acériculteurs se porte à la défense du sirop d’érable d’origine

Québec, 3 septembre 2004 – La Coalition réunit les acériculteurs de Gaspésie, des regroupements d’acériculteurs du Témiscouata, de la Beauce et de l’Estrie, ainsi que l’Association des producteurs-transformateurs-artisans de sirop d’érable et l’Union acéricole paysanne. La Coalition regroupe environ 30% des producteurs totalisant 25 millions de livres de sirop d’érable, sans compter les sympathisants : il ne s’agit donc pas d’un groupe marginal.

2. Ces producteurs unissent leurs forces pour tenter de reprendre le contrôle de la vente de leur sirop d’érable, présentement monopolisée par la Fédération acéricole de l’UPA, dans le but d’en faire une mise en marché de produit du terroir, axée sur la qualité, la saveur, l’appellation d’origine, la certification, la vente et la transformation par le producteur, plutôt qu’un produit industriel standardisé quelconque.

Abolition de l’agence de vente obligatoire
3. Tous les groupes de producteurs impliqués dans la Coalition sont d’accord pour exiger l’abolition de l’agence de vente obligatoire imposée par la Fédération acéricole de l’UPA dans l’espoir de stabiliser le revenu des producteurs et les volumes de production. En vertu de cette agence, les producteurs ne peuvent plus vendre leur sirop comme ils veulent : tout le sirop en vrac doit être livré à la Fédération, qui ne s’engage à payer que ce qu’elle vend, et des prélevés substantiels sont exigés, même sur le sirop vendu au détail, pour gérer l’agence et les inventaires. La Coalition estime que cette agence a été imposée à tous sans information ni consensus suffisants, et surtout, a failli à ses engagements sur toute la ligne. Les producteurs concernés veulent donc reprendre le contrôle de la vente de leur sirop et le contact avec le consommateur.

4. Cette agence de vente obligatoire, en garantissant théoriquement des prix artificiellement élevés, y compris pour du sirop de qualité médiocre ou même carrément mauvais, et en décourageant l’initiative des producteurs pour l’ouverture de nouveaux marchés, a provoqué l’accumulation de plus de 70 millions de livres de sirop non-vendu, et donc non-payé, et dont on ignore même s’il est en état d’être vendu, soit une perte de revenu réel de 30% par année en moyenne pour les producteurs.

5. Le contingentement qu’on a tenté d’instaurer en catastrophe s’est avéré inapte à régler le problème de surproduction causé par l’agence de vente elle-même, et on a poussé la contradiction jusqu’à offrir au producteur 50% du prix pour le sirop produit hors quota. Il est d’ailleurs insensé de penser pouvoir contingenter une production d’exportation alors qu’on ne contrôle pas les frontières du Québec.

6. La Coalition est d’avis que les producteurs doivent avoir la liberté de choisir le syndicat qui les représente et le type de mise en marché qu’ils désirent. Elle estime que le ou les syndicats devraient se limiter à négocier des prix, à soutenir la mise en marché des producteurs et à participer à la gestion collective des surplus lors des années d’abondance.

7. La Coalition souligne qu’un syndicat qui poursuit ses membres, comme c’est le cas présentement, ne peut prétendre les représenter.

Suspension des pénalités et des poursuites imposées aux producteurs
8. La Coalition est aussi unanime à exiger la suspension immédiate des pénalités de $1.25 la livre (pour du sirop qui rapporte en moyenne $1.50 la livre) imposées aux producteurs soupçonnés d’avoir vendu eux-mêmes leur sirop. Des centaines de producteurs font présentement l’objet d’enquêtes et de poursuites. Ces pénalités sont abusives et injustifiables dans le contexte actuel d’échec de l’agence à vendre et payer le sirop en totalité.

Le rapport Bolduc
9.La Coalition est d’avis que le Rapport sur l’industrie de l’érable préparé par Normand Bolduc à la demande de la Table filière acéricole et de la Ministre Françoise Gauthier, reflète en grande partie les problèmes vécus par les producteurs et doit être appliqué rapidement, malgré l’opposition systématique et outrageante de l’UPA qui y voit une attaque en règle contre la mise en marché collective et les décisions de leur Fédération et de la Régie des Marchés. Le rapport reconnaît que le système tel que géré par la Fédération acéricole de l’UPA, ne fait plus l’affaire des producteurs ni des acheteurs et doit être réévalué par la Régie des Marchés. Il suggère même la tutelle. Tous les témoignages des producteurs et acheteurs à ce sujet ont été remis à la ministre. Plusieurs groupes remettent d’ailleurs en question la légalité et la légitimité de la dite Fédération, en raison d’irrégularités qui se sont produites au cours des années.

L’intervention de la ministre Françoise Gauthier
La Table filière ayant approuvé le rapport unanimement, à l’exception de l’UPA qui prétend le contraire, la Ministre a tout en mains pour enclencher les changements. Elle doit de toute urgence suspendre l’application du plan conjoint de mise en marché du sirop et en enlever la gestion à la Fédération de l’UPA qui refuse de le modifier. En cherchant encore à négocier, comme elle vient de l’annoncer, avec la Fédération de l’UPA qui a rejeté en bloc toutes les recommandations, elle ne fait que confirmer que c’est l’UPA qui fait la loi, et que les producteurs ne peuvent compter sur leur gouvernement. Pendant qu’elle laisse traîner le dossier en longueur pour éviter de se mettre à dos l’UPA, la situation des producteurs se détériore, les poursuites de producteurs devant la Régie suivent leur cours et la violence risque d’éclater un peu partout. La Coalition estime que le temps n’est plus aux sondages ou aux négociations mais à l’action.

La Régie des Marchés agricoles
10. Tous les membres de la Coalition estiment que la Régie des Marchés agricoles, dont c’est le rôle de légaliser et arbitrer les plans conjoints de mise en marché collective gérés par les syndicats obligatoires de l’UPA, de même que la Financière agricole qui avance plus de 100 millions par année à la Fédération acéricole de l’UPA et gère les assurances des producteurs, n’ont plus la crédibilité et l’indépendance requises, tous deux étant étroitement contrôlées par l’UPA.

11. À la Régie des marchés, plusieurs régisseurs proviennent de la filière de l’UPA. Quant à la Financière agricole, l’UPA y occupe la moitié des sièges avec Laurent Pellerin comme président et Pierre Lemieux lui-même, le président de la Fédération acéricole de l’UPA, comme administrateur.

13. Le Rapport Bolduc confie à la Régie des marchés la tâche de réévaluer le plan conjoint de mise en marché du sirop et sa gestion par la Fédération acéricole de l’UPA. Comme ce sont les régisseurs actuels qui ont autorisé le système en place, la Coalition estime que sa remise en question ne pourra se faire sans la nomination d’un nouveau président et de nouveaux commissaires indépendants à la Régie des marchés agricoles.

Le sirop d’érable, un produit du terroir
14. La Coalition considère que le système actuel met en danger l’avenir du sirop d’érable comme produit du terroir unique au Québec et la survie de milliers de producteurs de sirop d’érable, aussi bien en vrac qu’au détail.

Présentement, tout le sirop d’érable en vrac doit être livré à la Fédération acéricole de l’UPA et le sirop vendu au détail est lui aussi contrôlé et taxé par elle. Le sirop est ensuite vendu sans distinction d’origine. Les prix théoriques artificiellement élevés qu’on fait miroiter aux producteurs -même si seul le sirop vendu leur est payé- encouragent la surproduction de sirop à défaut de saveur, qu’on oblige à mélanger avec le bon, au détriment de la réputation de notre produit, à l’étranger notamment où est acheminé 80% de notre production. La classification du sirop se fait principalement par la couleur plutôt que par la saveur ou l’origine, ce qui incite les producteurs à « blanchir » le sirop artificiellement, par l’utilisation de peroxyde ou d’autres procédés naturels. Beaucoup de doutes pèsent sur les quantités et la qualité réelles de sirop non vendu et non payé entassé dans les entrepôts aux frais des producteurs.

15. Les membres de la Coalition veulent récupérer le contrôle de la vente de tout leur sirop et le droit de se regrouper librement précisément pour pouvoir en organiser une mise en marché comme produit du terroir : classification d’après la saveur et l’origine, certification biologique ou autre, bannissement des sirops à défaut de saveur inacceptable, transformation et vente locale, le tout intégré à la mise en valeur de l’économie locale et régionale. Du même coup, les producteurs veulent rétablir le contact avec les consommateurs.

Le sirop d’érable est le vin des Québécois
16. Le sirop d’érable est un peu le vin des Québécois et leur patrimoine. Sa saveur varie selon les saisons, les régions, le peuplement de l’érablière, le producteur artisan. Il doit être valorisé comme produit d’origine. Son avenir intéresse tous les Québécois et tous ceux qui ont à coeur la gastronomie québécoise et le développement régional. Le projet du regroupement des acériculteurs de la Gaspésie est un exemple dans ce sens.

17. C’est pourquoi la Coalition réclame une intervention rapide de la Ministre Françoise Gauthier dans le dossier pour éviter de mettre en danger davantage une industrie essentielle pour le Québec.

Cette déclaration est appuyée par Daniel Pinard, communicateur et gastronome, et Claude Beaucoleil, restaurateur et gastronome.

Regroupement Acériculture Gaspésie Inc., Claude Fecteau, 418-865-2041, cell. 865-3565
Regroupement de producteurs du Témiscouata, Jacinthe Caron, 418-499-2568
Regroupement de producteurs de Beauce, Léo Doyon, 418-427-5110
Regroupement de producteurs de l’Estrie, Arnold Raymond, 450-538-1500, cell. 775-1500
Assoc. des prod.-transformateurs-artisans, Pierre St-Germain, 418-277-2524, cell 325-6009
Union acéricole paysanne, Russell O’Farrell, 418-642-5705, cell. 559-5705

Site(s) extérieur(s) cité(s) dans cet article :

Union Paysanne
http://www.unionpaysanne.com/

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