Pourquoi les champs ne sèchent pas cette année

Certains champs sèchent plus vite que d’autres cette année. En plus de la nature différente des sols, d’autres facteurs entrent en ligne de compte.

Les sols sont saturés d’eau ce printemps
Source: Agriculture et Agroalimentaire Canada

Il existe deux facteurs principaux, l’un au-dessus du sol et l’autre au-dessous. Les champs peuvent sécher de deux façons. L’humidité peut s’évaporer ou transpirer dans l’atmosphère à partir de la surface du sol ou à travers les plantes dans l’atmosphère au dessus du sol. En dessous du sol, l’eau fuit du fond jusqu’à la nappe phréatique dans les systèmes naturels, ou dans le système de drainage souterrain de nombreux champs agricoles.

Il existe de nombreux facteurs contribuant à ces deux phénomènes. Sous terre, les précipitations ont été plutôt abondantes dans la majeure partie de la province (moins de volume récemment, mais surtout de petites pluies persistantes) et l’ensemble du système est saturé, comme en témoignent les hauts niveaux d’eau des rivières. Quand le réseau est plein, l’eau n’a nulle part ou aller et coule dans la partie supérieure des bassins versants. L’humidité reste ainsi jusqu’à ce que le réseau commence à se vider à l’extrémité. Les champs sont donc saturés avec de l’eau qui ne peut aller nulle part sous terre.

L’autre élément à prendre en compte est la gestion passée et actuelle des champs et la santé des sols. Le «scellement» du sol dû au compactage du sol, à la perte de matière organique, à un labour excessif, etc. contribue à amplifier le refoulement du réseau ce printemps. Ce manque d’infiltration dans le sol conduit à la formation de flaques et de sols saturés près de la surface. Ceci, associé à un réseau dont la capacité a été dépassé, aide à expliquer une partie du problème.

Ce problème de sous-sol est en outre alourdi par ce qui se passe en surface. Les voies d’évaporation et de transpiration permettant d’éliminer l’eau du sol dans l’atmosphère ont été sévèrement réduites ce printemps en raison des journées froides, humides et peu venteuses. L’humidité extraite de la surface du sol et aspirée vers le haut est ralentie par ce type de météo. La puissance de séchage de l’atmosphère est absente cette année. Pour que l’évaporation se produise, il faut qu’il y ait de l’eau disponible à la surface ou près de celle-ci (il n’en manque pas pour le moment), de l’énergie pour faire bouger les molécules d’eau (principalement la lumière du soleil) et de l’espace dans l’atmosphère pour que les molécules d’eau s’en aillent. Donc, étant donné les conditions humides, fraîches et nuageuses de ce printemps, peu de ces exigences sont remplies.

Le manque de soleil et de degrés a réduit les différences thermiques au-dessus de la surface du sol et a empêché les phénomènes climatiques qui se produisent lorsque la température est chaude et intense, et qui conduisent à l’évaporation. Pour assécher le sol, il faut du temps chaud et ensoleillé qui réduis l’humidité (l’air plus chaud est moins dense et peut donc contenir plus de vapeur d’eau), génère du vent, une combinaison qui permet «d’évacuer» l’eau de la surface du sol.

Le nombre de champs sans culture est un autre facteur contribuant à un maintient de l’humidité du sol au printemps. Sans plantes qui favorisent l’évaporation de l’eau par transpiration, l’élimination de l’eau du sol est encore plus compromise. Comme il n’y a pas de croissance réelle de la végétation à ce stade, il n’y a pas non plus vraiment de transpiration, l’évaporation étant le principal processus de séchage en surface. Même si une culture était en place dans les champs, les conditions fraîches et nuageuses freineraient la croissance et donc le taux de transpiration.

Les solutions sont limitées puisque l’une des caractéristiques des changements climatiques repose sur la nature imprévisible des modèles météo. Il est toutefois possible de palier en favorisant des sols qui retiennent plus d’eau et donne un coup de pouce au réseau en général à mieux supporter d’importants débits d’eau. Les mêmes principes pourraient aider à former des «banques» d’eau pour aider les cultures en cas de sécheresse à des moments critiques de la saison de croissance.

Source: Ian McDonald, Ontario Farmer

 

à propos de l'auteur

Journaliste

Céline Normandin est journaliste spécialisée en agriculture et économie. Elle collabore également au Bulletin des agriculteurs.

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