Perturbations sur le marché des engrais

La question des tarifs sur les engrais russes demeure aussi délicate

Publié: il y a 2 heures

Le marché des engrais est en pleine perturbation à l'approche de la saison des semis.

Depuis quelques années, la situation est fragile. L’imposition de tarifs sur les engrais en provenance de la Russie, à la suite de la guerre en Ukraine, a fait grimper les coûts pour les producteurs. Et voilà qu’un nouveau facteur géopolitique risque de compliquer encore davantage les choses.

Selon Jeff Harrison, président de Grain Farmers of Ontario, le principal problème actuellement, c’est le manque de clarté. Les producteurs ne savent tout simplement pas à quoi s’attendre.

« Les agriculteurs ne sont pas capables de dire clairement comment tout cela va les affecter », résume-t-il. Et cette incertitude devient frustrante, surtout à l’approche de la saison des semis, où chaque décision compte.

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Dans certains cas, les producteurs entendent dire que les prix des engrais ont déjà fortement augmenté. Mais pire encore : plusieurs n’arrivent même pas à obtenir une estimation fiable des coûts qu’ils devront assumer. D’autres se font dire que les engrais seront disponibles… mais à des prix beaucoup plus élevés que d’habitude.

Cette situation alimente un sentiment d’inquiétude. Est-ce une réelle pénurie ou simplement une hausse anticipée des prix? Pour Jeff Harrison, difficile de le dire. Une chose est certaine : le manque de transparence complique la planification des fermes.

Un rapport de Financement agricole Canada (FAC) indique que les tarifs sur les engrais russes coûtent environ 100 $ de plus par tonne aux agriculteurs canadiens comparativement à leurs voisins américains. Et ce sont les producteurs de l’Est du pays qui sont les plus vulnérables à ces chocs.

Contrairement à l’Ouest canadien, qui produit une partie de ses propres engrais, le Québec et l’Est du Canada dépendent beaucoup plus des importations. Cela les rend particulièrement sensibles aux perturbations du commerce international.

Pour illustrer cette réalité, Jeff Harrison évoque une situation frappante : il serait parfois moins coûteux d’expédier de la potasse depuis l’Ouest canadien jusqu’à l’Europe en passant par le canal de Panama que de la transporter par train jusque dans l’Est. Cela montre à quel point la logistique et les coûts de transport jouent un rôle majeur.

Dans ce contexte, les agriculteurs demandent simplement d’avoir accès aux intrants aux mêmes conditions que leurs concurrents internationaux. S’ils doivent vendre leurs grains sur un marché mondial, ils souhaitent aussi pouvoir s’approvisionner librement sur ce même marché.

Un autre point de frustration est le manque de reconnaissance de la part du gouvernement fédéral. Aux États-Unis, certaines autorités ont déjà reconnu l’impact de la hausse des prix des engrais et envisagent des solutions, comme augmenter les exportations en provenance du Venezuela.

Au Canada, plusieurs producteurs ont l’impression que leur réalité est moins entendue.

La question des tarifs sur les engrais russes demeure délicate. Les enlever pourrait être perçu comme un geste en faveur de la Russie, ce qui soulève des enjeux politiques et moraux. Pourtant, Jeff Harrison insiste : les agriculteurs ne soutiennent en aucun cas la guerre. Ils sont solidaires du peuple ukrainien, mais subissent malgré tout les conséquences économiques de décisions politiques qui, selon lui, n’atteignent pas leurs objectifs.

Avec les perturbations possibles dans le détroit d’Ormuz — un passage stratégique par lequel transite environ le tiers du commerce mondial d’engrais — les risques augmentent encore. Un blocage ou un ralentissement du trafic maritime pourrait limiter l’accès aux produits et faire grimper les prix.

Au final, l’impact précis sur les agriculteurs reste difficile à prévoir. Certains auront déjà sécurisé leurs approvisionnements, tandis que d’autres devront composer avec l’incertitude.

Comme le souligne Jeff Harrison, l’agriculture repose souvent sur une part de confiance. Les rotations de cultures sont planifiées longtemps à l’avance, et il est rarement possible de changer de stratégie à la dernière minute sans conséquences.

Face à cette situation, Grain Farmers of Ontario (GFO) a adressé une lettre au gouvernement fédéral pour demander la levée des tarifs sur les engrais. Une démarche sensible, mais jugée nécessaire pour alléger la pression financière sur les producteurs.

Car au bout du compte, ce que les agriculteurs demandent est simple : de la prévisibilité, des prix justes et la capacité de continuer à produire malgré un contexte mondial de plus en plus instable.

Cet article de Jonah Grignon publié dans Farmtario a été traduit et adapté par Le Bulletin des agriculteurs.

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