Un poulailler construit pour l’avenir

Les deux nouveaux poulaillers de la ferme du Meunier du 8 n'ont qu'un étage

Publié: il y a 2 heures

William, l’un des trois fils de Gislain Houle impliqués dans l’entreprise, a travaillé comme chargé de projet pour la construction des deux nouveaux poulaillers de l’entreprise. On le voit en compagnie de son père.

Facile de reconnaître un poulailler lorsqu’on se promène sur les routes de campagne au Québec. Ils semblent tous construits selon le même modèle: des bâtiments de deux ou trois étages en structure de bois avec un revêtement en contreplaqué à l’intérieur, des ventilateurs, des entrées d’air et des portes sur toute la longueur de chaque étage.

Les deux nouveaux poulaillers de la ferme du Meunier du 8 à Saint-Cyrille-de-Wendover rompent avec la tradition. Ils n’ont qu’un seul étage. Ils sont en structure de béton. De plus, l’agencement complet de la ventilation et du chauffage sont nouveaux au Québec. Les poulaillers un étage font 60 sur 420 pieds (18 sur 128 mètres) et sont prévus pour 25 000 poulets de chair chacun.

Poulaillers construits pour durer

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Gislain Houle rêvait depuis 10 ans à son poulailler conçu pour durer. Même s’il a mandaté son fils William pour gérer le projet, il a été présent durant toutes les étapes de sa conception. Des travaux dans un poulailler trois étages acheté il y a six ans ont révélé qu’il n’y avait plus d’isolation. Au fil des ans, les ténébrions, ces petits insectes omniprésents dans les poulaillers, avaient tout dévoré. Il en résultait des infiltrations d’air et des besoins accrus en chauffage.

Les murs des nouveaux poulaillers sont en béton avec de l’isolant à l’intérieur, soit 4 pouces de béton, suivi de 3 pouces d’isolant et de 4 pouces de béton. «L’objectif, c’est que dans 50 ans, le mur ait la même qualité», explique Gislain Houle. Même le plancher est isolé avec de l’uréthane d’une épaisseur d’un pouce et demi (4 cm) sous la dalle de béton.

Les Houle ont choisi un système de chauffage à eau chaude qui procure une chaleur uniforme et sèche dans le bâtiment. Le fait de pouvoir ouvrir le radiateur facilite le nettoyage. Il y en a six dans le poulailler.

Le choix de construire sur un seul étage a aussi été fait en pensant à l’avenir. En Ontario, les producteurs sont obligés de construire sur un seul étage. Gislain Houle dit vouloir être prêt à des normes de CNESST qui pourraient devenir plus sévères à l’avenir ou à une pénurie de main-d’œuvre pour les attrapeurs.

«Un jour, on ne sera peut-être plus capable d’en avoir des travailleurs étrangers, dit-il. Si on doit mécaniser la capture des oiseaux, ma bâtisse sera déjà adaptée.» Une grande porte et une installation haute des équipements facilitent le nettoyage entre chaque lot à l’aide d’un petit tracteur. Le béton a été scellé pour faciliter le nettoyage.

Chauffage et ventilation uniques

Chaque année, lorsqu’il visitait l’exposition d’Atlanta en Géorgie destinée à la filière avicole nord-américaine, Gislain Houle allait discuter avec l’équipe de la compagnie de ventilation danoise DACS/AS. Il rêvait d’installer ce système dans ses futurs poulaillers, pas seulement acheter des ventilateurs ou des cheminées, mais installer tout le système. C’est leur concept en entier qui l’intéressait. «Ils ont un concept de ventilation pour chaque zone du globe, explique Gislain Houle. Quand tu fais affaire avec eux, tu sais que ça va fonctionner parce qu’ils ont de l’expérience partout.»

Les cheminées font partie du système de ventilation du poulailler. Leur fonctionnement nécessite que le plafond soit de type cathédrale, soit plus haut au centre que le long des murs. L’ouverture en haut permet à la cheminée de prendre l’air chaud près du plafond et de le redistribuer par les côtés en bas. Le toit cathédrale permet de ramasser le plus d’air chaud possible. Il y en a 18 placées en quinconce pour s’assurer de l’homogénéité dans la distribution de l’air. L’air poussé par l’un va se mélanger à l’air poussé par l’autre.

L’air est réchauffé à l’aide de chaufferettes à eau chaude dont l’eau est réchauffée au propane, mais dans un local à part. Dans un chauffage conventionnel, le système de chauffage brûle de l’oxygène et produit du CO2 et de l’eau qui doivent être évacués par le système de ventilation dès le jour 1.

Ce n’est plus le cas avec le chauffage à eau chaude. Des ventilateurs devant le système de chauffage propulsent l’air à la grandeur du bâtiment. Des cheminées d’entrée d’air sont disposées à différents endroits et brassent l’air, ce qui apporte une homogénéité de l’air partout dans le bâtiment. Les volets des ventilateurs s’ouvrent dès que ceux-ci entrent en fonction et se referment lorsque les ventilateurs s’arrêtent. En été, des murs d’eau, aussi appelés cooling pads, refroidissent l’air dans le poulailler. Ils seront installés au printemps.

Le 4 décembre 2025, les premiers poussins sont entrés dans le poulailler. Dès leur arrivée, la famille Houle a tout de suite vu une différence avec les poussins démarrés dans un poulailler de bois avec des chaufferettes au gaz. L’air était sec. «Un point important qu’on a remarqué quand on a rentré les poussins, c’est à quel point on ne ressent pas l’humidité», raconte William.

Les volets des ventilateurs se ferment mécaniquement et automatiquement lorsqu’ils ne sont pas en fonction. Puis, ils s’ouvrent à nouveau dès qu’ils sont sollicités.

Ils ont pu attendre deux jours avant de devoir ouvrir les ventilateurs dans le but d’évacuer l’humidité. Les mangeoires et les abreuvoirs sont standards. Les mangeoires de marque Landmeco sont conçues pour créer un débordement du plateau en début d’élevage pour aider les poussins à trouver la nourriture. Le système de contrôle est de marque Maximus. Le concessionnaire en ventilation, basé en Ontario, connaît ce système et en a fait la programmation.

Employés et attrapeurs de poulets

Les Houle ont aussi pensé aux employés et aux attrapeurs de poulets. Non seulement ils ont une toilette avec lavabo, mais ils ont aussi une entrée danoise et un coin de repos. La salle de bain est dotée d’une laveuse et d’une sécheuse dans un des deux bâtiments et une douche dans l’autre.

L’entrée danoise fait 91 mètres carrés (environ 980 pieds carrés), presque 10 fois ce qui est demandé par les Éleveurs de volaille du Québec. «C’est une de mes visions, dit William. Oui le bien-être animal est important, mais le bien-être des gens qui y travaillent aussi.»

Entre les deux poulaillers, un bâtiment compte une génératrice et une réserve d’eau avec traitement au chlore. Le bâtiment est suffisamment grand pour entrer le tracteur pour le nettoyage. Deux poulaillers supplémentaires identiques sont prévus être construits dans une dizaine d’années.

Le projet est fait pour durer et c’est sur le long terme qu’il va démontrer sa rentabilité. Oui, il est plus dispendieux qu’un poulailler conventionnel, que ce soit pour le terrassement plus grand, le béton, les espaces supplémentaires. Gislain Houle évalue que les poulaillers ont coûté environ 20% plus cher que des poulaillers un étage conventionnels. «Je suis convaincu qu’après 50 ans, ma bâtisse va me coûter moins cher qu’une bâtisse conventionnelle», dit-il.

Toutefois, il y a plusieurs économies du côté du chauffage et des performances prévues des oiseaux, mais aussi en ce qui a trait à la rétention de la main-d’œuvre. Dans 50 ans, le bâtiment aura la même efficacité énergétique contrairement à un poulailler de bois dans lequel l’isolant est disparu depuis longtemps.

Son premier lot terminé, Gislain Houle est satisfait des 2,732 kg par oiseau en 39 jours pour une conversion alimentaire de 1,654, car il produit du poulet nourri avec de la moulée 100% végétale. De plus, Gislain Houle ne s’en cache pas, il veut que la ferme soit intéressante pour sa relève.

Cet article est un extrait de l’article publié dans le magazine de mars 2026 du Bulletin des agriculteurs, pour consulter l’article complet, cliquez ici.

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À PROPOS DE L'AUTEUR

Marie-Josée Parent

Marie-Josée Parent

Agronome et journaliste

Marie-Josée Parent couvre les productions laitière, bovine, avicole et porcine au Bulletin des agriculteurs.