Les Éleveurs de volaille du Québec repensent leurs poulaillers, mais oseront-ils imiter l’Ontario?

Faut-il se diriger vers des bâtiments un étage?

Un vaste projet d’analyse débute aux Éleveurs de volaille du Québec pour dessiner le modèle de poulailler qui sera préconisé pour l’avenir, mais aussi pour voir de quelle façon les poulaillers actuels seront adaptés pour répondre aux besoins futurs. Les transformateurs souhaitent de leur côté que la fédération oblige les producteurs à ne construire que des poulaillers un étage.

Questionné en entrevue sur ce qui s’en vient au Québec comparativement à l’Ontario, qui exige maintenant que tous les poulaillers nouvellement construits soient d’un seul étage et que d’ici la fin 2024 les poulaillers soient tous adaptés au système modulaire pour l’attrapage, le président des Éleveurs de volaille du Québec, Pierre-Luc Leblanc, explique que la solution du Québec sera différente de celle de l’Ontario. Depuis maintenant deux ans, le comité exécutif de la fédération se penche sur la question.

Articles connexes

Les conférences du Bulletin

« On a regardé ce qu’on aimerait améliorer dans notre parc de poulaillers, explique-t-il. Est-ce que nos pratiques d’élevage sont les plus économiquement viables? Est-ce qu’on peut améliorer notre coût de production par la transformation de nos bâtiments ou équipements? Au niveau bien-être, est-ce que ça correspond aux attentes des consommateurs et des acheteurs? Au niveau de l’environnement, on veut réduire l’emprunte environnemental. Est-ce qu’on fait le maximum? Il y a aussi les enjeux du personnel et des travailleurs. Est-ce que les conditions sont adéquates? Les attrapeurs qui travaillent dans des poulailles de trois étages, il y a un enjeu de CSST et de sécurité. »

Ces enjeux de viabilité économique, de bien-être animal, d’environnement et de santé et sécurité des travailleurs sont donc les sujets sur lesquels le comité de production de la fédération va se pencher dans les prochaines années.

Les contraintes québécoises sont différentes de l’Ontario. Au Québec, il y a davantage de poulaillers sur trois étages, soit entre 30 et 40%. Pour Pierre-Luc Leblanc, il faut tenir compte des poulaillers existants afin d’assurer la viabilité des entreprises. De plus, certains poulaillers sont installés sur des terrains côteux. C’est le cas en Beauce. « Il faut tenir compte de la réalité », dit-il.

Dans les étapes de réalisation de ce chantier, les Éleveurs de volaille ont donc ciblé les enjeux sur lesquels ils veulent travailler. Un calendrier est en cours de réalisation. Il reste à voir si d’autres personnes comme les transformateurs et d’autres éleveurs seront ajoutés au comité. Déjà, le Conseil québécois de la transformation de la volaille (CQTV) s’est dit intéressé. La Fédération n’a pas encore fait d’annonce officielle auprès de ses membres.

Pierre-Luc Leblanc pense que c’est un projet qui peut prendre de deux ou trois ans. Il ne veut pas se presser. « À la fin, on pense que ça va être un modèle bon pour les 25 à 30 prochaines années », dit-il.

CQTV

En entrevue, le premier vice-président approvisionnement porc et volaille pour Olymel et premier vice-président du Conseil québécois de la transformation de la volaille (CQTV), Yvan Brodeur, expose le choix d’Olymel et la position du CQTV. «Compte tenu du parc immobilier du Québec, Olymel a choisi pour les 15 à 20 prochaines années de ne pas passer au système modulaire d’attrappage des poulets comme en Ontario», dit-il. Il explique que dans les poulaillers de deux et trois étages, ce système est plus difficile à installer et pas nécessairement sécuritaire.

«On a écrit aux Éleveurs de volaille pour qu’ils fassent comme l’Ontario et obligent les producteurs à ne construire que des poulaillers un étage», ajoute Yvan Brodeur. Il y voit plusieurs avantages pour le bien-être animal, la sécurité des travailleurs. Cela permettrait éventuellement d’envisager la mécanisation de l’attrapage qui résoudrait en partie la problématique de main d’œuvre.

Il explique que le Québec est en retard sur l’Ontario qui a déjà de 35 à 40% des poulaillers qui sont à un étage. Dans l’Ouest canadien et aux États-Unis, les poulaillers sont aussi sur un étage. À l’opposé, le Québec en a environ 5%. C’est une question de vision d’avenir. «Il faut l’obliger par règlement, pas juste y aller selon le bon vouloir de chacun, dit-il. Ça fait partie de nos discussions avec les Éleveurs.»

«Ce que je vous dis-là, ce n’est pas seulement la position d’Olymel, c’est la position du CQTV», dit Yvan Brodeur. Il ajoute que les bâtiments d’aujourd’hui sont construits solides et peuvent durer 50 ou 60 ans. Il faut donc s’assurer de construire tout de suite en pensant à l’avenir. «C’est dommage parce que l’Ontario va être avantagé par des coûts de chargement plus bas, sans parler du bien-être animal», dit-il. Le retard sera long à rattraper.

Exceldor

L’entreprise Exceldor est le seul transformateur québécois à avoir choisi le système modulaire. «Il faut faire une distinction avec l’Ontario où c’est une décision d’industrie. Nous, c’est une décision d’Exceldor», explique Gabrielle Fallu, porte-parole pour Exceldor. L’entreprise a choisi d’utiliser un système modulaire, mais contrairement à l’Ontario, le système n’entrera pas dans les poulaillers. Il restera à l’extérieur. Les oiseaux seront toutefois protégés des intempéries.

Des tests sont actuellement en cours. Exceldor prévoit que son usine de Saint-Anselme, au sud de Québec, sera adaptée pour l’été ou le début de l’automne 2020. L’usine de Saint-Damase en Montérégie ne sera pas modifiée puisqu’une nouvelle usine est prévue à Saint-Hyacinthe. Le système modulaire d’attrapage et de transport des poulets permet l’endormissement au gaz dans l’usine d’abattage. Donc, cela implique une modification des installations d’abattage.

 

à propos de l'auteur

Agronome et journaliste

Marie-Josée Parent couvre les productions laitière, bovine, avicole et porcine au Bulletin des agriculteurs.

Commentaires