Accord Canada-Europe : Québec reste optimiste quant aux impacts

Après plus de sept ans de négociation, l’accord de libre-échange entre le Canada et l’Europe (Accord économique et commercial global ou AECG) entrera en vigueur dès le 21 septembre. Il est question d’une entrée provisoire puisque les États membres de l’Union européenne doivent signer l’accord mais dans les faits, 95% des produits échangées de part et d’autres de l’Atlantique verront leurs droits compensatoires disparaître.

En blitz d’entrevues sur le sujet auprès des médias, le délégué général du Québec à Bruxelles Michel Audet parle d’occasions à saisir pour de nombreux secteurs. Les principaux secteurs avantagés seront selon lui l’agroalimentaire et les produits de la mer. « Les droits de douane pour le homard et les crevettes, qui s’élèvent à 18%, vont disparaître. Pour le sirop d’érable, les droits se situent à 8% alors que pour les petits fruits et les canneberges, on parle de 10%.

Selon le délégué, les produits à valeur ajoutés de l’érable, qui connaissent un développement auprès des transformateurs, auront accès à des marchés déjà en émergence. Il dit recevoir d’ailleurs « énormément de demandes » de la part des acteurs du segment de l’érable sur les opportunités d’affaires, les foires alimentaires, etc.

Quant aux autres secteurs qui auront un accès facilité, il faudra patienter puisqu’une période de transition sera mise en place. C’est le cas du porc qui devra s’adapter aux normes européennes. Les estimations situent à 75 000 tonnes le porc qui sera acheminé sur le marché européen sur une période de cinq ans. Le bœuf bénéficiera aussi d’un accès facilité, tout comme les céréales,le blé et le maïs.

La principale source d’inquiétude au sujet de l’AECG demeure toutefois les impacts sur le secteur laitier. L’entente autorise l’entrée de 17 500 tonnes de fromages au Canada, ce qui représente 7,5% du marché canadien du fromage. C’est au Québec que l’industrie laitière est la plus importante au Canada et c’est donc dans la province que les craintes sont les plus vives. L’UPA, les Producteurs de lait du Québec ainsi que les fromagers anticipent des pertes considérable. Pour les producteurs, le manque à gagner pourraient s’élever à 12 000$ en moyenne par ferme, ainsi que des pertes de marché importantes pour les transformateurs.

Michel Audet déclare à ce sujet « qu’il faudra voir ». Il se dit optimiste et mise sur les programmes de compensation de 250M$ accordés par le fédéral pour la modernisation auprès des producteurs et les détaillants. « L’entrée des produits se fera sur plusieurs années et ils (les programmes) auront eu le temps de faire leur oeuvre », plaide-t-il. Cette concurrence de produits industrialisés européens devrait stimuler l’industrie canadienne et la mener à développer des produits signatures, ajoute M.Audet. « Je reste optimiste (…) un des avantages à atteindre la soixantaine est de voir le verre à moitié plein et c’est ce que je vois. Quant aux dommages collatéraux, il faudra assumer. »

Au sujet d’un autre accord dont les négociations ont débuté, soit l’ALENA, le délégué général déclare qu’il faudra garder la tête froide et s’élever au dessus de la mêlée. Le négociateur pour le Canada auprès de l’Europe s’est joint à l’équipe qui aura à discuter avec les partenaires de l’ALENA. Interrogé à savoir si le système de gestion de l’offre était menacé, M.Audet a répondu que certains acquis seraient défendus. « Les négociateurs sont capables de tenir les promesses politiques sur les lignes rouges (…) Il y a une détermination à ne pas mettre sur la table des considérations importantes ».

à propos de l'auteur

Journaliste

Céline Normandin

Céline Normandin est journaliste spécialisée en agriculture et économie. Elle collabore également au Bulletin des agriculteurs.

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