Le MAPAQ est intervenu financièrement auprès du service de maillage l’ARTERRE en mettant en place l’Initiative ministérielle L’ARTERRE. D’une durée de deux ans, l’initiative dispose d’une enveloppe de 700 000 $ afin de soutenir l’offre de service dans les différentes régions du Québec et d’accompagner la relève agricole. Le financement peut atteindre 50 000 $ par région sur une période de deux ans (2026-2028).
Benoit Curé, coordonnateur de l’ARTERRE au CRAAQ, explique que l’aide peut atteindre 25 000 $ par an si au moins trois MRC d’une même région offrent le service. Pour les territoires où l’agriculture est moins dense, par exemple en Gaspésie, l’aide s’élève à 20 000 $ par an, sous condition que deux MRC s’entendent pour partager une ressource (à temps partiel).
« Le MAPAQ souhaite soutenir le déploiement du service en région en contribuant financièrement soit au maintien ou à l’embauche d’une ressource régionale. L’idée c’est vraiment de renforcer le soutien au service. C’est une belle marque de reconnaissance, c’est un premier pas dans une bonne direction vers peut-être un soutien plus accru », explique le coordonnateur.
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Enjeux et incertitudes pour l’ARTERRE
Bien que la coordination du service demeure la responsabilité du CRAAQ, comme c’est le cas depuis ses débuts en 2016, c’est le MAPAQ qui administrera l’aide annoncée. Il ne s’agit donc pas d’un budget supplémentaire pour l’ARTERRE qui dépend des adhésions annuelles des MRC, créant une incertitude budgétaire constante pour l’organisme. « Pour assurer une présence stable et complète partout au Québec, le budget nécessaire est estimé à environ 2 à 3 millions de dollars par année », affirme Benoit Curé.
L’annonce met en relief les défis auxquels fait face le service. Récemment, la Montérégie a annoncé qu’elle mettrait fin à l’accompagnement au 31 mars, faut de financement. Le cas de la Montérégie relève d’un contexte particulier, soulève Benoit Curé. « Le recrutement et la réussite des projets de relève sont freinés par le prix élevé des terres et la frilosité des institutions financières, ce qui pousse certaines régions à questionner la rentabilité du service malgré son importance pour la relève », ajoute-t-il.
Bien que la région soit la plus importante au point de vue agricole, le service relève de la MRC de déterminer les objectifs budgétaires. « L’aide pourrait inciter les décideurs locaux à reconsidérer leur position, mais rien n’est acquis », ajoute le coordonnateur. Il n’est donc pas certain non plus que l’aide soit entièrement dépensée.
Un service de maillage populaire
Les difficultés financières ne proviennent pas d’un désintérêt ou d’un manque de popularité. L’ARTERRE aurait réalisé 250 jumelages directs depuis ses débuts. Si on inclut l’accompagnement ayant mené à des transactions, ce chiffre grimpe entre 600 à 700 personnes qui auraient concrétisé leur projet grâce à l’aide des agents de liaison. Et après le creux de vague causé par la COVID-19, l’ARTERRE connait un bel élan depuis deux ans. Pour la première fois, le nombre de propriétaires dépasse celui des aspirants. On dénombre environ 390 propriétaires pour 360 aspirants accompagnés.
Le service est actuellement bien établi dans plusieurs régions, telles que le Bas-Saint-Laurent, le Centre-du-Québec, la Mauricie, le Saguenay–Lac-Saint-Jean et l’Outaouais. Plusieurs régions travailleraient activement à boucler leur financement pour offrir le service prochainement, selon Benoit Curé. Il est particulièrement populaire auprès des entreprises maraichères et laitières et de plus en plus dans le secteur acéricole.
Le rôle des agents de maillage en est un d’accompagnement. Ils ont comme mandat d’aider la préparation des personnes qui s’adressent à eux, tout en les challengeant. Étant les seuls porteurs du projet auprès de leur client, ils mettent en contact les repreneurs et les cédant et jouent le rôle de chef d’orchestre en dirigeant les usagers vers les bons experts au bon moment (notaires, comptables, conseillers en transfert ou gestion). Et contrairement à ce qu’on pourrait croire, le service de maillage se fait à la grandeur du Québec. Ce sont les agents qui se chargent de joindre leurs collègues des autres régions.
Augmenter la visibilité de l’ARTERRE
Si l’ARTERRE est bien connu dans le milieu agricole, il lui reste à faire reconnaître la valeur économique du service au-delà du milieu agricole, notamment auprès des décideurs régionaux, car l’agriculture est le moteur de vitalité de nombreux petits villages, fait remarquer Benoit Curé.
L’organisation compte sur le prochain congrès de la Fédération québécoise des municipalités (FQM) pour promouvoir le service. Contrairement à l’UMQ (grandes villes), la FQM regroupe les municipalités rurales pour qui l’agriculture est le principal pilier économique. L’annonce ministérielle arrive donc à un moment opportun pour convaincre les décideurs municipaux de soutenir ou relancer le service dans leurs territoires, selon le coordonnateur.
L’enjeu est d’autant plus important pour le secteur agricole que l’âge moyen des producteurs augmente et que peu d’entre eux ont des plans de relève. Et dans un contexte économique incertain qui freine les projets de reprise, le rôle de l’ARTERRE prend tout son sens.
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