Le secteur de la recherche agricole au Québec et au pays vient de connaître un coup dur. Agriculture et Agroalimentaire Canada (AAC) fermerait son centre de recherche à Québec après 58 ans d’activité, selon Radio-Canada. L’agence fédérale aurait informé les employés de la fermeture le 22 janvier, mais la date n’a pas été précisé.
La décision a été prise dans le cadre des restrictions budgétaire au niveau fédéral qui vise à réduire de 15% les dépenses gouvernementales.
Même si le dernier budget dévoilé en novembre 2025 par Ottawa prévoyait des réductions de dépenses, la nouvelle a surpris le secteur agricole.
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Martin Caron, président de l’Union des producteurs agricoles (UPA), se dit déçu de voir la forme des coupures se transposer en la fermeture du centre et des conséquences pour les programmes touchés. « C’est décevant comme nouvelle. J’ai de l’empathie pour les gens qui travaillent là. On a travaillé avec certains d’entre eux de très près, dont les chercheurs impliqués dans les Laboratoires vivants. C’est une formule qui était très appréciée par les producteurs. »
Contacté par Le Bulletin, le cabinet de Donald Martel, ministre du MAPAQ a partagé ce commentaire: « Nous avons une pensée sincère pour les employés et les chercheurs touchés par la décision d’Agriculture et Agroalimentaire Canada. Leur expertise a contribué de façon significative au développement du secteur depuis plusieurs décennies. Il s’agit d’un dossier important et nous demeurons attentifs à son évolution.»
La nouvelle surprend d’autant plus que la mission du centre de recherche à Québec avait comme cible « la productivité et la durabilité agricole en climat froid et humide et la performance environnementale ». La durabilité et le travail fait en lien avec les changements climatiques, tous ces efforts sont affectés par la nouvelle, fait remarquer le président de l’UPA. « Avec toutes les conséquences des changements climatiques, cette recherche-là est importante », dit-il.
La décision est aussi difficile à comprendre dans le contexte géopolitique actuel, selon Martin Caron. Il est important pour le secteur agricole canadien de se démarquer face à la concurrence étrangère. L’innovation fait partie des outils des producteurs agricoles pour y arriver. « Tout ce qui se fait au centre d’AAC à Québec fait partie des solutions pour améliorer les rendements et la captation de carbone », indique-il.
Pour le président de l’UPA, la nouvelle met également en lumière le fait que l’agriculture au Canada demeure sous-financée quand on la compare aux autres pays de l’OCDE. Alors que le budget alloué au secteur est de 2% en moyenne, il se situe à 1% au Canada. « Comment faire face à la diversification et à la compétitivité d’ailleurs si on réduit les budgets en agriculture? » se demande le président.
Certaines recherches menées à l’IRDA sont complémentaires à celles effectuées par AAC, dont celles sur l’eau. Martin Caron y voit un avantage à travailler ensemble sur ces sujets. Selon Radio-Canada, il est question de relocaliser les employés à Saint-Jean-sur-Richelieu, Sherbrooke et Saint-Hyacinthe et d’offrir des programmes de compensation et de réorientation, mais ces informations n’étaient pas confirmées.
Interrogé à savoir s’il pourrait être avantageux pour Québec de reprendre le centre et ses chercheurs, Martin Caron indique que le défi financier est présent aussi au niveau provincial. Dans le cadre des consultations prébudgétaires 2026-2027, l’UPA cible parmi ses priorités un réinvestissement important dans le budget du MAPAQ afin d’assurer la viabilité et la compétitivité de l’agriculture et de la forêt privée au Québec.
Il faudra voir également ce qui arrivera aux montants d’argent investis dans les fonds de recherche auxquels l’UPA participe, ajoute Martin Caron. Avec les systèmes de mise en marché collective au Québec, différents organismes contribuent à des projets. Sera-t-il possible de récupérer ces sommes ou de voir les projets en cours être poursuivis en totalité ou en partie? Il existe un risque réel en rapport avec ces montants qu’il faudra évaluer, dit-il.
Des effets pancanadiens chez AAC
Agriculture et Agroalimentaire Canada annonceraient 665 coupures de postes. D’autres centres de recherche seraient affectés par les réductions budgétaires. Des coupures ont été annoncées à Nappan, en Nouvelle-Écosse. Le financement d’AAC pour la recherche dans les fermes de recherche Indian Head et Scott est en cours de réduction. Des compressions de dotation sont également signalées dans les installations d’AAC à Saskatoon, Melfort, Regina et Swift Current. AAC compte une vingtaine de centres de recherche au pays.
Le dernier budget prévoyait des compressions de 507 M$ sur trois ans chez AAC. Il est question de réorienter des programmes et recherches scientifiques, ainsi que les dépenses opérationnelles.
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