Après avoir annoncé des compressions à travers l’appareil gouvernemental lors du dernier budget, les décisions d’Ottawa sur les endroits affectés prennent de plus en plus forme en agriculture et en agroalimentaire.
L’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA) est la dernière victime en liste. Selon les informations transmises par le Syndicat de l’Agriculture qui représente environ 4500 des 6400 employés de l’agence, 1371 postes seraient affectés, dont au bureau de l’ACIA à Longueuil.
Patrick St-Georges, vice président du syndicat, précise que 394 emplois touchés sont des postes de première ligne et 44 autres en science.
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Les inspections dans les abattoirs de poulet domestique qui ne font pas d’exportation figurent parmi les secteurs visés. « Les rappels concernant les aliments ont augmenté de 150% dans les dernières dix années et c’est sûr qu’avec les annonces, ce sera davantage », déclare Patrick St-Georges.
Du côté d’Agriculture et Agroalimentaire Canada (AAC), d’autres centre de recherche seraient touchés, en plus du centre de Québec. Il s’agit des centres de sept fermes et centres de recherche : la Ferme de recherche de Nappan en Nouvelle-Écosse, le Centre de recherche et de développement de Guelph en Ontario, la Ferme de recherche de Portage la Prairie au Manitoba, la Ferme de recherche de Scott et la Ferme de recherche d’Indian Head en Saskatchewan, ainsi que le Centre de recherche et de développement de Lacombe en Alberta. Indian Head et Nappan faisaient partie des cinq fermes de recherche originales établies par le gouvernement canadien en 1887. En tout, les mises à pied touchent environ 1 043 personnes à travers le pays.
Selon le syndicat, la fonction publique fédérale a, dans l’ensemble, connu une croissance de 30 % au cours des dernières années, alors que les effectifs à AAC ont diminué de 14 % entre 2012 et 2025. À l’ACIA, les effectifs ont diminué de 3 % au cours de la dernière décennie.
Réactions du secteur
Les réactions n’ont pas tardé à se faire entendre face à ces décisions. Le Conseil québécois des plantes fourragères (CQPF) a insisté dans un communiqué de presse sur l’importance de la recherche locale sur les plantes fourragères et les conséquences sur le secteur agricole québécois.
« La fermeture de ce centre entraîne la perte d’une expertise scientifique irremplaçable et fragilise la capacité de nos filières animales (laitière, bovine, ovine et caprine) à contribuer pleinement aux services que la société attend de l’agriculture et à adapter leurs pratiques aux défis des changements climatiques déjà bien présents », peut-on lire dans le communiqué.
Vincent Audet, président du CQPF, a ajouté cette déclaration. « Les plantes fourragères sont au cœur d’une agriculture durable. Sans recherche dédiée, nous perdons la capacité d’innover et de soutenir les services que la société attend de l’agriculture. »
Intervenants du secteur laitier
Les intervenants dans le secteur laitier sont particulièrement secoués par la nouvelle de la fermeture du centre de recherche de Québec. Jean Brisson, agronome et conseiller stratégique chez Lactanet, juge l’annonce « dramatique ». Il rappelle que les plantes fourragères, l’expertise du centre, sont centrales et que les recherchent s’effectuent en support aux producteurs de lait.
« Il y a encore beaucoup, beaucoup de travail à faire pour mieux comprendre et améliorer la gestion des plantes fourragères. » Il cite entre autres le traitement des données dans cette culture afin d’améliorer le rendement ou la captation de carbone. Il pense plus particulièrement à des chercheurs comme Marie-Noëlle Thivierge, dont les travaux sont essentiels dans ce domaine. La nouvelle a créé « une levée de bouclier » dans le secteur agricole et il espère que des acteurs agricoles lèveront la main pour défendre les réalisations des centres de recherche et sinon, reprendre le flambeau.
Patrick St-Georges souligne que la recherche et l’innovation sont touchées, alors que le Canada vise à diversifier son économie et sera en compétition avec d’autres pays.
Prévention de la grippe aviaire et la peste porcine africaine
Les compressions sont également décriées du côté de l’ACIA. Le moment où les compression auront lieu et la réaffectation du personnel n’ont pas été communiqués aux employés, mentionne le syndicat de l’Agriculture. « Quand on coupe dans la sécurité alimentaire, les conséquences sont claires. Plus de gens tomberont malades, davantage de volaille et de bétail mourront de la grippe aviaire et d’autres maladies, et notre industrie agroalimentaire en souffrira », explique Milton Dyck, président national du Syndicat de l’Agriculture.
En l’absence d’information, il est difficile de déterminer à quel point la prévention quant à la grippe aviaire et la peste porcine africaine seront affectés quand on sait le danger qu’elles représentent pour les entreprises agricoles.
En mars 2022, la communauté scientifique fédérale était composée de 31 157 personnes, ce qui représentait alors 11,4 % des fonctionnaires du gouvernement fédéral. « Ces scientifiques jouent un rôle crucial dans l’élaboration des politiques publiques que le Canada choisit de déployer pour faire face aux défis actuels et futurs, comme le vieillissement de la population, les enjeux de sécurité alimentaire et la lutte contre les changements climatiques et leurs effets », pouvait-on lire dans un rapport à leur sujet dévoilé en 2023 par le Bureau de la conseillère scientifique en chef du Canada.
L’ACIA comprenait la plus grande proportion de chercheurs et scientifiques parmi différents ministères et agences fédérales avec plus de 60%, alors que ce chiffre était de 30% à AAC.

Le nombre de scientifiques était de 4265 à l’ACIA et de 1701 à AAC en 2022.

À titre de rappel, la majorité des ministères et organismes du gouvernement fédéral ont reçu le mandat de réduire leurs coûts de fonctionnement de 60 G$ sur cinq ans.
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