Il faut assurer la place des produits québécois sur les tablettes d’épicerie, plaide l’UPA

Saint-Hyacinthe (Québec), 18 octobre 2001 – « Il est de toute première importance que nos entreprises de transformation et nos entreprises agricoles puissent compter sur un réseau de distribution accessible qui leur permet de trouver une place pour leurs produits sur les tablettes d’épicerie. Voilà pourquoi, la nouvelle politique doit miser à tout prix sur l’accès au marché des produits québécois et en faire son principal cheval de bataille. »

Voilà, en substance, le message qu’a livré le président de l’Union des producteurs agricoles (UPA), M. Laurent Pellerin, à l’occasion du Rendez-vous des décideurs de l’agriculture et de l’agroalimentaire à Saint-Hyacinthe. M. Pellerin était appelé à faire des commentaires sur les priorités à inclure dans la nouvelle politique québécoise de la transformation alimentaire, attendue pour le début 2002.

Le président de l’UPA s’est dit préoccupé par la concentration accélérée des réseaux de distribution au Québec, qui a des impacts importants sur la dynamique des marchés et sur l’organisation des entreprises de transformation aussi bien sur le plan national que régional.

« Jusqu’à quel point, dit-il, peut-on accepter l’augmentation du pouvoir des grandes chaînes et ses effets sur le secteur de la transformation? Ne va-t-on pas à assister à une mise en échec des entreprises de moindre envergure au nom d’une recherche absolue des gros volumes et des prix les plus bas? Plutôt que de céder à cette logique, on serait bien avisé, souligne M. Pellerin, de se rappeler que le prix de notre panier d’épicerie compte déjà parmi les moins chers au monde. »

Pour le président de l’UPA, l’accès au marché des produits québécois passe par plusieurs solutions. C’est ainsi que la nouvelle politique devra certes stimuler le développement d’entreprises de transformation à dimension nationale et internationale en mesure de faire concurrence sur les marchés (aussi bien chez nous qu’à l’étranger), mais il faudra également qu’elle favorise la croissance de PME et de TPE (très petites entreprises) capables de prendre leur place sur les scènes locales et régionales. Ces deux approches sont complémentaires et essentielles au maintien d’un secteur agroalimentaire québécois fort et présent sur tous les marchés.

Pour y arriver, plaide M. Pellerin, on devra accroître l’accès au capital et mettre de l’avant une stratégie financière ciblée sur les besoins particuliers des entreprises de transformation et des coopératives. La capacité de former et de garder des leaders, qu’il s’agisse de petites ou de grandes entreprises, repose selon lui sur l’instauration d’un partenariat financier spécifique à l’industrie de la transformation et offrant une expertise spécialisée en agroalimentaire. Il faudra aussi fournir à ces entreprises un environnement de nature à améliorer leur savoir-faire en misant sur la formation de leur personnel et sur un maillage plus étroit avec le secteur de la recherche.

M. Pellerin croit en outre que la nouvelle politique devra faire une place importante aux détaillants indépendants. « L’autonomie des détaillants indépendants, explique-t-il, fait qu’ils sont plus flexibles dans leurs politiques d’approvisionnement, plus accessibles auprès des entreprises régionales et moins exigeants au regard des volumes d’approvisionnement. Ce sont aussi des acteurs socio-économiques importants et bien présents sur le plan régional. Voilà pourquoi il faut favoriser leur indépendance économique et décisionnelle. »

L’UPA estime aussi que la nouvelle politique se devra de miser sur une complémentarité avec les outils de mise en marché collective que se sont donnés les producteurs et productrices agricoles au fil du temps. « Ces outils ont fait leurs preuves dans plusieurs productions, de souligner le président de l’UPA. Ils sont parfaitement conciliables avec le développement des entreprises de transformation : ils fournissent de solides garanties d’approvisionnement, des règles claires et transparentes pour tous, de la promotion, une logistique de transport, etc., conférant ainsi un avantage comparatif certain aux produits qui en bénéficient. »

Il est par ailleurs primordial que la politique mette le cap sur le développement des entreprises en régions rurales en s’appuyant principalement sur les produits de créneau à haute valeur ajoutée et en soutenant les PME et les TPE à travailler dans cette voie. De tels produits permettent en effet d’atténuer l’impact des contraintes habituellement liées au contexte régional (éloignement des marchés, population clairsemée, etc.). Leur caractère distinctif, fondé sur l’utilisation des ressources locales (spécialement les produits du terroir), leur confère un statut complémentaire aux produits de grande consommation et leur permet ainsi de se trouver une niche sur les marchés.

Une dernière chose s’impose selon M. Pellerin : « la politique devra reposer sur un véritable engagement gouvernemental. » Tous les ministères concernés doivent être mis à contribution, a-t-il insisté, de même que les grands leviers financiers de l’Etat, signalant au passage que cette condition faisait l’unanimité chez tous les intervenants de l’industrie. « Le gouvernement devra injecter de l’argent neuf et éviter de recycler des ressources du secteur agricole vers la transformation. N’oublions jamais que la transformation a besoin d’un secteur agricole fort », a conclu le président de l’UPA.

Rappelons qu’au Québec l’industrie de la transformation occupe la position de tête du secteur manufacturier au chapitre des ventes (15,3 milliards) et de l’emploi direct (60 000). Elle joue également un rôle de premier plan dans la performance et le développement de la filière agroalimentaire québécoise, notamment en achetant 85 % des produits agricoles d’ici pour une valeur de 4,5 milliards annuellement. Enfin, elle contribue significativement à la vitalité économique régionale à travers un réseau de quelque 1 300 entreprises réparties dans toutes les régions du Québec, essentiellement des PME (90 %).

Site(s) extérieur(s) cité(s) dans cet article :

Union des producteurs agricoles (UPA)

http://www.upa.qc.ca/

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