La nouvelle priorité américaine aux énergies alternatives conforte le Brésil

Sao Paulo (Brésil), 3 février 2006 – Le discours du président américain George W. Bush en faveur des énergies alternatives au pétrole a été accueilli avec enthousiasme par le Brésil, premier producteur et exportateur mondial d’éthanol, qui se pose en champion de l’indépendance énergétique.

« Aujourd’hui nous pouvons dire +le biocarburant est à nous+ », a déclaré vendredi le président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva, lors de la signature des premiers contrats d’achat de biodiesel par le groupe pétrolier Petrobras.

« Le jour où quelqu’un dira qu’il n’a plus de pétrole, nous dirons +nous avons une alternative+ », a poursuivi le président Lula, grand défenseur du biodiesel produit à partir de ricin.

M. Bush a prôné mardi la réduction de 75% d’ici 2025 des importations de pétrole du Moyen-Orient aux Etats-Unis au profit du nucléaire et des énergies alternatives, appelant notamment au développement de l’éthanol.

Le Brésil va investir 10 milliards de dollars dans les sept à huit prochaines années dans la filière éthanol, tout en encourageant la production de biodiesel par l’agriculture familiale. Dès cette année, il va en outre atteindre l’autosuffisance pétrolière.

Les moteurs bi-carburant, fonctionnant aussi bien à l’essence qu’à l’éthanol, représentent désormais plus de 70% des ventes automobiles mensuelles. Plus de 1,2 million de voitures essence-éthanol roulent sur les routes du Brésil.

Le président de l’Union de la filière canne à sucre UNICA, Eduardo Pereira de Carvalho, a applaudi les propos « historiques » du président américain.

« L’entrée des Etats-Unis dans ce secteur crée définitivement un marché mondial pour l’alcool », a-t-il déclaré au quotidien O Estado de Sao Paulo daté de vendredi.

La déclaration du président Bush a déclenché des spéculations dans la presse brésilienne sur l’appétit des investisseurs américains pour le secteur sucrier au Brésil, où sont déjà présents des groupes européens comme les français Tereos et Louis Dreyfus.

Le groupe californien Pacific Ethanol, dont le patron de Microsoft Bill Gates est le principal actionnaire, suit avec attention le marché brésilien et les nouvelles possibilités, selon le quotidien économique brésilien Valor qui a interrogé un responsable, Tom Koehler.

Et la très discrète visite cette semaine au Brésil des deux fondateurs du moteur de recherches Google, Sergey Brin et Larry Page, a renforcé les spéculations.

Accompagnés du ministre de l’Industrie et du Commerce extérieur Luiz Fernando Furlan, les deux jeunes entrepreneurs ont notamment visité lundi une distillerie d’alcool du groupe sucrier brésilien Cosan, a rapporté la presse.

Le Brésil a de son côté engagé d’importants investissements afin d’accroître sa capacité de production d’alcool et ses infrastructures de stockage, de transport et d’exportation.

Une cinquantaine de nouvelles distilleries sont en projet. La production d’éthanol devrait passer de 16 milliards de litres actuellement à près de 32 milliards en 2013, un quart de l’alcool produit étant destiné à l’exportation, selon l’UNICA.

Petrobras a signé en décembre un accord avec le groupe japonais Nippon Alcohol Hanbai (NAH, publique) pour exporter de l’éthanol au Japon via une société commune.

Le marché potentiel de l’éthanol carburant au Japon est de l’ordre de 1,8 milliard de litres, mais il pourrait atteindre les 6 milliards lorsque le pourcentage de mélange d’alcool dans l’essence passera de 3% à 10%.

Dernier projet en date, Petrobras prévoit de poser une canalisation d’une capacité de 4 milliards de litres d’alcool entre les distilleries de l’Etat de Goias (centre-ouest) et un terminal maritime d’exportation dans le sud-est, pour un coût d’environ 225 millions de dollars.

Source : AFP

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