Le gouvernement provincial a répondu à une demande de longue date du secteur agricole en accordant une aide financière de 30 M$. Cette mesure ne concerne toutefois que les entreprises qui produisent des céréales, des grains et des oléagineux.
Québec a dit prendre cette décision puisqu’il « souhaite soutenir davantage les entreprises agricoles québécoises qui ont peu de solutions de rechange pour réduire leur consommation de carburants, notamment en lien avec l’utilisation de la machinerie ».
Le gouvernement fédéral a aboli la tarification carbone en avril 2025. Depuis, Québec est la seule province à l’avoir maintenue, étant également le seul territoire au pays à participer à la Bourse du carbone.
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Nouvelle ronde de rétributions agroenvironnementales
Québec annonce une cinquième ronde de rétributions agroenvironnementales. D’une durée de deux ans, l’aide financière peut atteindre jusqu’à 50 000$ par entreprise.
Une première enveloppe de 20 M$ sera versée dès le 30 mars. Les producteurs n’ont aucune démarche à entreprendre : c’est La Financière agricole qui prendra en charge les versements de 19,70 $ par hectare. Le solde de 10 M$ sera versé en début d’année prochaine. Le paiement total ne pourra dépasser 50 000$ par entreprise.
Les Producteurs de grains du Québec (PGQ) ont dit accueillir « avec intérêt » l’enveloppe » de 30 M$ visant à soutenir leur compétitivité, mesure qui est aussi vue comme étant « un pas dans la bonne direction pour soutenir l’adaptation aux changements climatiques ». Les PGQ considèrent également que l’annonce représente « une reconnaissance par le gouvernement du Québec d’une situation inéquitable subie par les producteurs de grains en lien avec la tarification carbone ».
En entrevue, le président des PGQ, Sylvain Pion, déclare qu’il s’agit de la première réaction positive de la part du gouvernement depuis le début de la contestation envers la tarification en 2014. Il attribue le changement de position du gouvernement au mouvement mené par l’ensemble des associations agricoles depuis un moment afin de régler le dossier. Selon lui, Québec n’avait pas le choix de reconnaître la particularité du secteur en raison du déséquilibre avec les autres producteurs canadiens et américains.
M. Pion a souligné que les producteurs de céréales ont peu d’alternatives afin de diminuer leur empreinte carbone, comme ce peut être le cas dans d’autres secteurs économiques de la province. « On n’est pas contre les tarifs, mais on n’a pas d’autres recours dans notre secteur de production, comme l’électrification. On travaille aussi dans un marché ouvert où on n’a pas les moyens de transférer les frais supplémentaires aux consommateurs en raison de la hausse des coûts de production.» Il espère toutefois que ce premier pas du gouvernement se traduira par d’autres correctifs qui pourront bénéficier aux autres secteurs agricoles.
Questionné à savoir si l’aide apportée est suffisante, le président répond que entreprises de grandes cultures ont versé plus de 150 M$ au Fonds d’électrification et de changements climatiques (FECC) et que jusqu’à présent, moins de 10 M$ du soutien issu du FECC avaient été réinvestis dans le secteur des grains. « L’argent, quand elle est versée pour la tarification carbone, elle sort de nos poches. Ça représente un manque à gagner pour les entreprises agricoles. »
Déjà, il est prévu que la guerre en Iran aura des impacts importants sur le prix du diésel, des engrais et de nombreux intrants nécessaires au bon maintien des entreprises agricoles. Le président indique que des producteurs ont vu des hausse de 150$ la tonne pour l’urée, et même plus. Certains distributeurs ne communiqueraient plus de prix en raison de l’incertitude.
Idéalement, les PGQ aimeraient que la tarification carbone soit abolie. Une autre voie serait de rembourser la taxe en suivant le modèle du programme de la TPS et de la TVQ si jamais Québec est légalement lié par la bourse du carbone. « Il doit y avoir un moyen de compenser ou de retourner cet argent qui ne coûte rien au gouvernement », plaide M. Pion.
Le ministre du MAPAQ, Donald Martel, présent lors de l’annonce, a par contre mentionné que la mesure était temporaire. L’enveloppe de 30 M$ faisait partie du financement dévoilé lors du point sur la situation économique et financière du Québec du 25 novembre 2025. Il a aussi fait valoir que le gouvernement provincial avait versé près de 400 M$ entre 2013 et 2025 par le biais des programmes ÉcoPerformance, Écocamionnage, Bioénergies et Technoclimat.
Le Plan pour une économie verte 2030 comprend aussi 187 M$ pour la transition du secteur agricole et 130 M$ pour un congé de cotisation au Fonds des services de santé pour les années 2026 et 2027.
À ces arguments, le président des PGQ répond que les producteurs paient 50% de ces investissements. Les défis comme celui des changements climatiques, ou de la situation géopolitique, représentent des défis importants qui demandent des investissements très importants, alors que le contexte en agriculture est déjà difficile. De plus, les producteurs des États-Unis et d’ailleurs bénéficient d’aides directes de leurs gouvernements pour pallier à ces défis, tout en ne devant pas contribuer à une taxe carbone.
Les conditions au financement
Pour être admissibles, Québec indique que les entreprises doivent participer à un ou plusieurs programmes AGRI de la FADQ et produire des céréales, du maïs-grain ou des oléagineux sur une superficie d’au moins 25 hectares.
L’admissibilité des entreprises sera déterminée selon les données déclarées à La Financière. Elles recevront une aide financière établie selon un montant forfaitaire à l’hectare cultivé.