Sans tambour ni trompette, le maïs Bt-pyrale a discrètement célébré, en 2025, son 30e anniversaire de commercialisation au Québec. Cette technologie a eu un effet majeur sur la productivité de la culture. Toutefois, le spectre de la résistance de la pyrale commence maintenant à poindre à l’horizon.
Depuis l’introduction du maïs Bt résistant à la pyrale, en 1996, un déclin marqué des populations de l’insecte a été observé en Amérique du Nord. Or, on détecte aujourd’hui des biotypes capables de résister à certaines toxines Bt.
Jusqu’à présent, le pyramidage de deux ou trois gènes aux modes d’action distincts a réussi à contenir les premiers foyers de résistance. Cependant, lorsqu’une des protéines d’un hybride à mode d’action double devient inefficace contre une population locale de pyrale, il ne reste alors à l’insecte qu’un seul mécanisme à contourner pour se nourrir de la plante. C’est précisément ce qui semble se produire dans certaines régions du Canada.
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Populations de pyrales
Certes, après trois décennies de répression, les populations de pyrale demeurent faibles. Et l’arrivée des hybrides utilisant la résistance ARNi tombe à point nommé. Ainsi, même en cas de développement d’une résistance multiple, il faudrait probablement un certain temps avant que les niveaux d’infestation ne retrouvent ceux des années 1990.
Il importe de rappeler qu’avant l’introduction du maïs Bt — une époque désormais lointaine pour de nombreux producteurs — la pyrale constituait le ravageur le plus problématique du maïs, devant même la chrysomèle des racines. Lors de la mise en marché de la technologie, les semencières, désireuses d’en démontrer la valeur, proposaient des versions jumelles des hybrides : une avec le caractère Bt et l’autre sans.
Comme les populations du ravageur étaient alors élevées, on observait des gains de rendement variant entre 10 et 15%, selon l’intensité de l’infestation. Dans les champs où la pression était plus faible, la différence était toutefois moindre. Il faut dire que les hybrides utilisés pour introduire le gène Bt possédaient déjà une résistance naturelle modérée, fruit d’efforts de sélection entrepris plusieurs décennies auparavant.
Avant l’ère BT
Avant l’ère Bt, les sélectionneurs amélioraient la résistance à la pyrale sur trois fronts. D’abord, ils cherchaient à augmenter la teneur en DIMBOA dans les feuilles en infestant les micro-parcelles aux stades V8-V10 et en notant deux fois les dégâts au cours de la saison. Ensuite, ils privilégiaient les plantes dont le pédoncule — le support de l’épi — était court, ce qui réduisait les risques de bris.
Enfin, ils sélectionnaient des tiges capables de tolérer la présence de galeries creusées par l’insecte. Les pertes causées par la pyrale sont en effet doubles : elle nuit au fonctionnement physiologique de la plante et provoque la chute d’épis ou de portions de tiges que la moissonneuse ne peut récupérer.
Que faire face à la résistance?
Que peuvent faire les producteurs face à ce nouveau défi? D’abord, demeurer à l’affût de dommages inattendus et les signaler aux personnes compétentes. Cela permettra d’évaluer le niveau de tolérance des insectes aux différents modes d’action. Dans les régions touchées, l’utilisation d’hybrides comportant plusieurs modes d’action pourrait constituer une première réponse.
À moyen terme, si la situation s’aggrave, le largage par drone de capsules de trichogrammes pourrait être une option, si les coûts diminuent. On pourrait aussi redonner vie à la pratique du déchiquetage des tiges après récolte, afin d’exposer les larves aux intempéries hivernales. Toutefois, cette technique exige un effort concerté entre voisins pour produire des résultats significatifs.
Si la technologie Bt devait perdre son efficacité à grande échelle, il faudrait alors privilégier des hybrides aux tiges robustes et aux pédoncules courts. Par ailleurs, les avancées en génomique et en édition génétique faciliteront l’identification et l’intensification de caractères de résistance naturels, notamment l’augmentation du DIMBOA dans les feuilles.
Enfin, récolter plus hâtivement pourrait s’avérer judicieux : les coûts additionnels de séchage seraient sans doute inférieurs aux pertes d’épis liées à une récolte tardive dans un contexte de pyrale active.
Souhaitons néanmoins que la technologie Bt continue de protéger le maïs encore plusieurs années!
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