Les mégaporcheries ne polluent pas moins dans les villages qu’en ville

St-Germain-de-Kamouraska (Québec), 13 février 2002 – Face à l’ampleur que prend l’expansion des mégaporcheries et l’entrée en scène des nouvelles villes et des Défenseurs des rivières à saumons dans l’opposition à ces projets, l’Union paysanne vient d’adresser une lettre au Ministre de l’Environnement, M. André Boisclair pour lui demander d’intervenir avant que la situation ne dégénère davantage.

Monsieur André Boisclair, ministre de l’Environnement.

La multiplication des projets de mégaporcheries et la contestation qui les entoure depuis quelques mois ressemble de plus en plus à un dérapage dont les conséquences peuvent être très graves.

Après la nouvelle ville de Québec, ce sont maintenant les nouvelles villes de Lévis et de Sherbrooke qui veulent faire interdire les mégaporcheries sur leur territoire. D’autres vont suivre. De plus, les puissants usagers de rivières à saumons viennent également d’opposer un non catégorique à ce type d’industrie dans les bassins versants de rivières à saumons. Ces nouvelles oppositions viennent confirmer l’opposition de milliers de citoyens depuis près de 10 ans, dans des centaines de villages marqués à jamais par cette calamité. Pour comble, on nous annonce triomphalement ces jours-ci que nos exportations de porc atteignent des sommets, que le Canada est devenu le plus gros exportateurs de porcs au monde et que le Québec à lui seul fournit plus de 50% de ces exportations au Japon, aux États-Unis et en Australie..

Il n’est plus possible de nier le problème, en se cachant derrière des lois ou des règlements et l’heure n’est plus aux compromis ou aux solutions qui ne résolvent rien, comme les technologies de traitement de lisier, des plans de fertilisation secrets contrôlées par personne ou de ridicules distances séparatrices .

La société québécoise considère que c’est assez. Si ces usines à cochons, toujours plus grosses, qui ne profitent guère qu’à une poignée de grands intégrateurs largement subventionnés par l’État, polluent dans les villes, elles polluent tout autant dans les villages; si elles polluent les rivières à saumons, elles polluent tout autant les autres rivières, le fleuve dans lequel elles se déversent toutes et nos réserves d’eau potable; si elles polluent à 100 mètres, elles polluent autant à 300 mètres.

Tous les groupes entendus ces dernières années en Commission parlementaire sur la loi 23 et la loi 184, à commencer par le Barreau du Québec, ont averti le Gouvernement qu’en bâillonnant les élus municipaux et en accordant un droit de produire à des intégrateurs sans prévoir d’encadrement approprié pour ces nouveaux élevages industriels, on ouvrait la porte à un véritable massacre des campagnes et à des conflits sociaux majeurs.

On y est. La situation dégénère visiblement. L’UPA et votre Ministère ont beau répéter stupidement que nous avons les meilleures normes au monde, ces normes sont visiblement inadéquates. Plus de 1000 municipalités, au dire des fonctionnaires de votre Ministère, sont présentement en surplus de phosphore et d’azote, des contaminants majeurs pour l’eau. Des centaines de nouveaux projets sont présentement en voie d’autorisation par votre Ministère, et cela, non seulement dans des régions jusqu’ici épargnées, comme le Bas-Saint-Laurent, la Matépédia, la Gaspésie, l’Abitibi, le Lac-Saint-Jean, mais tout autant dans des régions déjà hautement sinistrées comme St-Hyacinthe, Yamaska, Montérégie, Nicolet, Centre du Québec, Mauricie, Montérégie, Estrie. À force de morceler le territoire, sans tenir compte des bassins versants et des réseaux d’activité, on finit par délimiter des parcelles où la charge de phosphore est inférieure à la norme pour justifier l’implantation de nouveaux méga-complexes porcins de près de 100, 000 porcs.

Tous ces projets, vous le savez Monsieur le Ministre, sont conformes aux normes de votre Ministère. La preuve, s’il en fallait une autre, que vos normes, soi-disant les meilleures au monde, ne protègent rien. La preuve que vos normes et vos plans de fertilisation ne sont guère plus qu’une légende « rurale ».

Il faut intervenir de toute urgence, s’arrêter et définir un cadre acceptable pour les nouvelles industries agricoles.

L’Union paysanne, au nom de tous les citoyens et les producteurs qu’elle soutient dans cette lutte aux quatre coins du Québec, entend proposer une mobilisation nationale à cet effet lors de son premier conseil national à Pintendre, le 23 février prochain. De toute évidence, il faut un point d’arrêt, il faut une consultation publique, il faut limiter le nombre d’animaux à l’hectare, bannir la gestion liquide des fumiers et certaines pratiques dans l’alimentation et le traitement des animaux dans tous les élevages, cesser de subventionner les entreprises agricoles de type industriel et redonner aux citoyens et à leurs élus municipaux le pouvoir d’intervenir sur leur territoire. L’Europe a déjà entrepris ce virage : il est urgent de s’y attaquer au Québec.

En terminant, permettez-nous de vous rappeler, Monsieur le Ministre, qu’un récent jugement rendu à Grand-Mère fait un devoir au Ministre de l’Environnement, conformément à l’article 24 de la Loi sur l’Environnement, d’utiliser son pouvoir discrétionnaire si nécessaire pour s’assurer qu’un projet, même s’il est conforme aux normes, n’est pas « susceptible de porter atteinte à la vie, à la sécurité, au bien-être et au confort de l’être humain, de causer du dommage et de porter autrement préjudice à la qualité du sol, à la végétation, à la faune et aux biens ».

Quant à nous, la limite tracée dans l’article 24 est dépassée depuis longtemps en ce qui concerne les dommages causées par les mégaporcheries.

Site(s) extérieur(s) cité(s) dans cet article :

Ministère de l’Environnement du Québec

http://www.menv.gouv.qc.ca

Union des producteurs agricoles (UPA)

http://www.upa.qc.ca/

Union Paysanne

http://www.unionpaysanne.com/

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