L’intelligence artificielle, pour vous simplifier la vie

Les conférences du Bulletin au Salon de l’agriculture ont abordé differents aspects de l’intelligence artificielle en agriculture

C’est le thème retenu pour la 14e édition des conférences du Bulletin des agriculteurs qui s’est déroulée au Salon de l’agriculture à Saint-Hyacinthe le 16 janvier dernier. Plus de 250 participants ont pu constater la vitesse fulgurante à laquelle la technologie et l’intelligence artificielle imprègnent et imprégneront le quotidien des agriculteurs et agricultrices pour mieux gérer leurs entreprises.

Cette fameuse intelligence artificielle tire sa source des milliards de données émises par les senseurs, capteurs, caméras installés sur de la machinerie agricole, dans les champs, sur des colliers autour des cous des animaux, voire dans des bâtiments comme un plancher de poulaillers qui mesure le gain journalier des poulets. Mais toutes ces données émises doivent être programmées sous forme d’applications afin de permettre une utilisation facile par les utilisateurs à partir d’une tablette ou d’un téléphone intelligent.

Simon Blackburn

Simon Blackburn, l’un des cinq conférenciers présents et chercheur à l’Institut québécois d’intelligence artificielle (Mila).

Nombreux sont ceux qui sont déroutés par cette planète numérique génératrice d’une « techno anxiété » (qui relève en partie d’un fossé générationnel). C’est que la machine est déjà plus intelligente que l’humain. « Le programme informatique AlphaGo  a battu à plate couture le champion du monde de Go en 2017 en trouvant des solutions jamais encore trouvées par l’homme », a expliqué Simon Blackburn, un des cinq conférenciers présents et chercheur à l’Institut québécois d’intelligence artificielle (Mila). Inventé et joué par les Chinois depuis des millénaires, le jeu de Go est beaucoup plus complexe que le jeu d’échecs et il a fallu qu’AlphaGo traite autant de données « qu’il y a d’atomes dans l’univers ».

L’intelligence d’AlphaGo est un algorithme d’apprentissage basé sur des essais-erreurs en jouant contre lui-même. Ce genre de programme informatique est aussi utilisé en agriculture.   « On a développé une application d’évaluation des rendements de maïs aux champs par imageries satellitaires, mais auparavant il a fallu apprendre au logiciel à faire la distinction entre un épi de maïs et une banane qui sont tous des objets jaunes et ont à peu près la même taille », a expliqué Sandrine Parent, responsable de la plate-forme d’agriculture de précision Encirca chez Corteva-Pioneer.

Nicos Keable-Vézina

Nicos Keable-Vézina, directeur d’agriculture de précision, Effigis Géo-Solution

Selon Nicos Keable-Vézina, directeur d’agriculture de précision, Effigis Géo-Solution, le jour est tout près où les agriculteurs vont s’adresser à une assistante vocale comme « Siri », développée par Apple, pour gérer toutes sortes de fonctions comme l’identification d’insectes ou des mauvaises herbes en temps réel directement aux champs, le besoin d’azote, ou encore la commercialisation des grains. « Certaines applications disponibles en ce moment ont de meilleures prédictions des récoltes que celles du USDA (Département américain de l’agriculture) », a-t-il indiqué.

 

Par ailleurs, Martin Legault, spécialiste des solutions chez John Deere, a donné un aperçu de la machinerie agricole faisant appel à l’intelligence artificielle et « munie de caméras qui fonctionnent comme nos deux yeux ». Grâce à ces systèmes intelligents, les nouveaux modèles de moissonneuse batteuse peuvent maintenir la qualité du grain récolté et les récolteuses de fourrage, détecter une remorque et décider du mode et de la hauteur de remplissage.

Pierre Olivier Roy, directeur des services de la plate-forme Fac-AgExpert, a quant à lui insisté sur l’importance de la propriété des données générées par une entreprise agricole, la transparence des entreprises offrant des services/applications aux agriculteurs et la sécurité des données stockées dans l’info nuage. « Lisez bien les contrats que vous signez afin de vous assurer que vos données vous appartiennent, qu’elles ne seront pas transmises sans votre consentement à un tiers parti, et que vous puissiez les récupérer sans problème le jour où vous le désirez ».

Selon les experts réunis à cette conférence, Montréal jouit d’une réputation internationale en matière d’intelligence artificielle grâce à la start-up Mila qui abrite 450 cerveaux. Mais si le Québec veut rester dans la course, il faudra que les agriculteurs canadiens partagent massivement leurs données, de façon sécuritaire. « L’intelligence artificielle, c’est une bataille d’algorithmes sur l’échiquier mondial. Plus on va avoir de données, mieux on va pouvoir entraîner les algorithmes pour créer de nouvelles applications et créer de la richesse au Québec et au Canada », a soutenu Simon Blackburn.

à propos de l'auteur

Journaliste et agroéconomiste

Nicolas Mesly est agroéconomiste et journaliste pigiste spécialisé dans les enjeux agroalimentaires. Il couvre les grandes cultures pour Le Bulletin des agriculteurs.

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