Trois stratégies de fertilisation

Il vous est déjà arrivé de recevoir des recommandations en fertilisation différentes, pour un même champ? Ce n’est pas étonnant, quand on sait qu’il circule au Québec trois différents types de stratégies de fertilisation, utilisées à divers degrés par les conseillers.

L’agronome Louis Robert, du MAPAQ Chaudière-Appalaches, explique ces trois approches, afin d’éclairer les producteurs dans leurs prises de décision.

Il est normal que les recommandations des conseillers soient différentes, puisque qu’il y a toujours une part d’incertitude dans l’élaboration des besoins en fertilisation d’une culture, dit Louis Robert. Les réactions chimiques dans le sol sont complexes et la disponibilité des éléments nutritifs dépend aussi de processus biologiques difficiles à quantifier.

Pour voir clair parmi les divergences des recommandations, il peut être utile de connaître les stratégies, ou philosophies, qui alimentent les évaluations des conseillers.

Niveaux de suffisance
Élaborée aux États-Unis à partir des années 1950, l’approche « Sufficiency Levels of Available Nutriments » (SLAN) cherche d’abord à établir les seuils de teneur en P et K délimitant les classes de richesse Pauvre, Moyen et Riche. On évalue ensuite les probabilités d’accroissement de rendement qui suivraient une application de P ou de K. Il s’agit donc d’atteindre un minimum requis pour chaque élément nutritif dans le sol.

Enrichissement et entretien

À partir des années 1960, l’approche SLAN a évolué vers l’approche « Buildup and Maintenance ». On parle alors d’enrichir le sol à des niveaux les plus hauts possibles, pour ensuite le maintenir en remplaçant les exportations. On considère ainsi le sol comme une banque d’éléments disponibles, tout en recommandant de fertiliser selon le rendement.

Taux de saturation en bases
Plus complexe et moins répandue, l’approche des taux de saturation en bases suggère que les rendements maximums soient obtenus quand on atteint un niveau spécifique de la capacité d’échange cationiques (CEC) en Ca, Mg et K (base). Aucune étude indépendante ne vient appuyer cette théorie, mais elle circule quand même encore au Québec. Cette approche peut mener à l’application à l’excès de certains éléments nutritifs. Les rendements peuvent s’en trouver améliorés, mais ce serait surtout attribuable à un changement du pH.

D’après Louis Robert, seule l’approche Niveaux de suffisance est supportée par des études qui l’ont maintes fois validée. « Nous savons aujourd’hui qu’une fois que l’on a atteint le minimun requis d’un élément dans le sol, il n’y a pas grand lien entre le rendement et la quantité d’engrais appliquée. »

Les producteurs auraient intérêt à remettre en question l’approche Enrichissement et entretien, croit Louis Robert. « L’idée que le sol soit une banque ne tient pas longtemps face à l’abondante démonstration scientifique du comportement des éléments dans le sol », dit-il.

Pour en savoir plus, lisez le texte complet d’une présentation de Louis Robert, disponible sur Agri-Réseau.

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