Une exemption agricole internationale au nom de la souveraineté alimentaire, plaide Laurent Pellerin

Québec (Québec), 4 décembre 2007 – « Les Américains le font avec leur politique énergétique, les Européens avec des mesures environnementales, tous les Etats s’ingénient à protéger leur agriculture. Ne cherchez pas pourquoi les négociations de l’OMC s’enlisent… Le temps est venu d’arrêter de faire semblant et de plaider une exemption agricole internationale au nom de la souveraineté alimentaire. »

C’est l’appel qu’a lancé le président de l’Union desproducteurs agricoles (UPA), Laurent Pellerin, dans son discours annuel devantles quelque 420 délégués de l’UPA qui sont réunis à Québec pour leur83e congrès général et qui seront justement appelés, durant leurs assises, àratifier une déclaration sur la souveraineté alimentaire.

Pour le président de l’UPA, il est grand temps de remettre en question lanécessité de bouleverser les politiques agricoles et alimentaires des nationsau nom de la sacro-sainte libéralisation des marchés, surtout, a-t-il rappelé,qu’à peine 10 % de la production agricole mondiale fait l’objet d’un commerceinternational. « Va-t-on sacrifier les 90 % restants et, avec eux, nospolitiques et nos programmes agricoles et ainsi compromettre notresouveraineté, voire notre sécurité alimentaire? »

Un tel changement de cap est d’autant plus justifié à ses yeux que lebilan de l’OMC en termes d’agriculture est désastreux. « Depuis que cetteorganisation a décidé, en 1994, de traiter les produits agricoles comme toutautre bien de consommation, le revenu net des agriculteurs a plongé partoutsur la planète, a-t-il souligné. La concentration n’a cessé d’augmenter enmême temps que diminuait le pouvoir des agriculteurs, des populations et desEtats au profit des grandes multinationales. Est-ce vraiment ce qu’on veut? »

« Il faut, a-t-il continué, des solutions justes et viables pour lesproducteurs et les productrices agricoles sinon il y a péril pour notreagriculture et les gens qui en vivent. C’est malheureusement déjà commencé,j’en ai bien peur », a-t-il sérieusement mis en garde, rappelant les momentstrès difficiles que traversent les agriculteurs du Québec et du Canada depuisde nombreuses années.

« Les agriculteurs ne sont pas les seuls à en appeler à un modèled’agriculture plus équitable fondé sur la souveraineté alimentaire, de faireremarquer Laurent Pellerin. De nombreux groupes et citoyens qui ont faitvaloir leur point de vue lors des récentes audiences de la Commission surl’avenir de l’agriculture et de l’agroalimentaire québécois ont, eux aussi,défendu une vision de l’agriculture où cette idée tient une grande place. »

De la même façon qu’ils l’ont fait pour la culture, avec l’adoption de laConvention sur la protection et la promotion de la diversité des expressionsculturelles de l’UNESCO, le président de l’UPA est d’avis que lesgouvernements du Québec et du Canada doivent déployer le même acharnement pourrallier les autres Etats à l’idée que l’agriculture et l’alimentation fassentl’objet d’une convention du même genre à l’échelle internationale au nom de lasouveraineté alimentaire.

A l`heure où des centaines de millions de paysans sont condamnés à lapauvreté et où 850 millions de personnes souffrent de la faim, un chiffre sanscesse croissant, Laurent Pellerin croit que les temps sont mûrs pour faire lapromotion de la souveraineté alimentaire. « Il n’y a pas grand chose de pluslégitime pour une nation, a-t-il conclu, que le pouvoir de définir sespolitiques agricoles et alimentaires, y compris celui de protéger saproduction et ses échanges agroalimentaires. »

Site(s) extérieur(s) cité(s) dans cet article :

Union des producteurs agricoles (UPA)
http://www.upa.qc.ca/

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