L’ABC du soya IP

Une attention particulière peut être récompensée par des primes de la part de clients recherchant la qualité alimentaire

Les primes de marché pour le soya à identité préservée (IP) en font une culture attrayante pour de nombreux producteurs, mais cette rentabilité accrue entraîne des considérations de production supplémentaires. Pour obtenir de bons rendements et une bonne qualité, il faut adopter des approches différentes en matière de lutte contre les ravageurs, les agents pathogènes et les mauvaises herbes, et faire preuve de plus de patience.

« Lorsqu’ils font beaucoup de maïs tolérant au glyphosate, certains producteurs veulent cultiver des plantes non OGM pour effectuer des “ rotations ” de produits en matière de désherbage », explique Jim Barclay, directeur de la vente au détail de semences pour la coopérative de Hensall (sud-ouest de l’Ontario), une entreprise indépendante de vente au détail de semences et de commercialisation de grains. « Mais la raison principale, c’est la valeur ajoutée. »

La stratégie de désherbage recommandée pour le soya IP inclut, dans un premier temps, une application d’herbicide en présemis incorporé ou en prélevée

Cette valeur ajoutée est de 3 à 6 $ de plus par boisseau par rapport aux variétés de soya d’usage plus généralisé. Bien que Barclay estime que 3,50 $ est plus proche de la moyenne, il affirme que de bons rendements – souvent comparables à ceux des variétés d’usage plus généralisé – peuvent rendre les variétés IP très rentables. Mais il ajoute que pour choisir la bonne variété, il ne suffit pas d’examiner le potentiel de rendement. « Certaines variétés IP ont un rendement comparable à celui des meilleures variétés Roundup Ready, d’autres non. »

Mais les variétés que les agriculteurs veulent cultiver ne sont peut-être pas celles que les utilisateurs finaux veulent accepter. Il n’y a pas toujours concordance, selon Barclay. « Quand bien même vous auriez une variété de qualité alimentaire donnant 60 boisseaux à l’acre, si la teneur en protéines n’est que de 38 %, elle ne sera probablement pas choisie par beaucoup d’utilisateurs finaux. »

Les considérations agronomiques ajoutent un niveau de complexité supplémentaire. Par exemple, la variété choisie doit s’adapter aux conditions uniques du champ, comme le fait que le nématode à kyste du soya puisse y être un problème important.

Attention à l’humidité

Quelle que soit la variété choisie, l’absence de caractères de résistance au glyphosate signifie que les producteurs doivent recourir à d’autres herbicides conventionnels, appliqués de manière stratégique.

Pour Barclay, la meilleure stratégie globale de lutte contre les mauvaises herbes est de commencer propre et de le rester. Cela débute par une application en présemis incorporé (PSI) ou en prélevée (PRE) pour éliminer les mauvaises herbes en germination.

« Nous conseillons fortement une application en PSI ou en PRE, dit-il. Nous recommandons de dépister les échappées de traitement dans tous les champs 21 jours après le semis, puis de planifier les applications en postlevée en fonction du spectre des mauvaises herbes présentes. Il est également important de poser les fondations l’année précédente. Il est très rentable d’éliminer les échappées de mauvaises herbes dans la culture qui précède celle du soya de qualité alimentaire, car cela permet de garder les champs propres. »

En outre, il peut être plus difficile de maintenir la qualité lors de la récolte de soya IP. Les taches dues aux mauvaises herbes et à la terre, bien qu’indésirables pour toute culture de soya, sont particulièrement préjudiciables à ce type de soya. En effet, selon Barclay, les taches et les marques de boue sont les raisons les plus fréquentes de rejet des lots.

Comme une humidité plus élevée accentue ces problèmes, Barclay dit que les producteurs doivent être plus attentifs au moment – et à la durée – de leur présence dans le champ. Cela signifie souvent qu’il leur faut garer la moissonneuse-batteuse lorsque la rosée commence à tomber.

« Vous voulez récolter dans les meilleures conditions possible, mais si vous vous rendez dans les champs trop tôt, votre soya sera marqué de boue, dit Barclay. En général, les agriculteurs vont interrompre leurs activités pour préserver la qualité. » Tout comme c’est le cas pour la production des variétés d’usage plus généralisé, un taux d’humidité excessivement bas peut également être source de problème. « Il y a eu quelques épisodes où nous sommes passés à moins de 10 % d’humidité. Certaines personnes attendront alors d’avoir de la pluie avant de retourner dans le champ. Je pense que les nouveaux équipements et les agriculteurs sont très bons pour s’adapter dans les champs. »

Le soya de qualité alimentaire est expédié dans le monde entier pour une variété de produits, tels que le tofu, le lait de soya et le miso. D’après Barclay, la diversité des acheteurs, des destinations et des utilisations finales a également contribué à mettre le marché de ce soya à l’abri de certaines des fluctuations sauvages observées pour d’autres produits.

« Nous n’avons pas connu une expérience comparable à celle du [secteur du] canola. En général, les choses ont été assez stables. »