Alors que la tradition indique qu’habituellement les sucres se terminent à Pâques, cette année, le congé pascal pourrait plutôt signifier le début de la saison des sucres.
La saison 2026 est en effet très tardive, plusieurs érablières attendant encore des coulées significatives pour ce printemps. Les Producteurs et productrices acéricole du Québec (PPAQ) confirment l’impression. « Le mois de mars a été décevant en raison des températures très froides, peu propices à la coulée. Nous espérons que nous pourrons rattraper notre retard dans les prochains jours et semaines d’avril », indique Joël Vaudeville, directeur des communications aux PPAQ.
Selon Environnement Canada, presque toutes les régions du Québec ont enregistré une température moyenne sous les normales en mars. L’écart varie de -0,4 °C à Québec à -1,4 °C à Trois-Rivières. Encore en ce début d’avril, le mercure se trouve à près de 9 °C sous sa moyenne historique.
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Plusieurs régions ont aussi enregistré des chutes de neige durant la dernière fin de semaine. Conséquence de ce froid inhabituel, les couverts de neige sont encore bien présents dans les érablières qui tardent à se réchauffer. On confirme toutefois à l’association acéricole que toutes les régions ont au moins enregistré une coulée jusqu’à maintenant.
Un revirement semble se dessiner cette semaine. Depuis le début avril, quelques journées plus chaudes ont mené plusieurs sucreries à enregistrer de bonnes coulées, ce qui a conduit à la production de sirop en quantité, et de bonne qualité en plus.
Saison atypique, mais pas anormale
Bien que cette production tardive soit atypique, elle n’est pas anormale. Il est arrivé que des saisons des sucres aient débuté en avril. Quelques producteurs acéricoles ont partagé dernièrement sur les réseaux sociaux leurs historiques de production.
C’est le cas des 2 soeurs à la cabane qui ont montré que depuis les 30 dernières années, il est déjà arrivé de faire les premiers barils de sirop en avril. Selon ces statistiques, les années 2008, 2014 et 2015 ont connu un début tardif. La production dans ces cas n’a pas été mirobolante, mais pas non plus dramatique.
Signe encourageant, la coulée est généreuse depuis samedi, un constat qui semble partagé par de nombreux acériculteurs qui se sont filmés près de leur évaporateur en pleine action, en plus de cuves remplies d’eau d’érable.
Du côté des PPAQ, on se donne encore du temps avant de poser un diagnostic final sur la production acéricole 2026. Quelques bonnes journées pourraient changer la donne, dit-on. Certains acériculteurs ont aussi rappelé, toujours sur les réseaux sociaux, avoir conclu parfois la saison au début de mai.
Comme les prévisions du printemps dessinent une saison plus froide et pluvieuse qu’à l’accoutumée, il se pourrait en effet que la saison des sucres se prolonge cette année, selon les régions.
Portrait de la réserve stratégique
Avec des productions records dans les deux dernières années, la réserve stratégique de sirop d’érable gérée par les PPAQ a pu soutenir le rythme élevé des ventes qui sont particulièrement bonnes à l’étranger.
La faible production de sirop jusqu’à maintenant pourrait susciter des inquiétudes sur la réserve, surtout qu’elle a atteint un niveau très bas en 2023 à la suite de saisons décevantes. Questionné sur le sujet, Joël Vaudeville indique le niveau de la réserve se trouve à 35 millions de livres. Le volume a été réservé par les acheteurs autorisés par un transfert d’inventaire de la réserve stratégique vers les entrepôts de ces acheteurs.
Ces derniers ont joué de prudence cette année en devançant leurs achats avec la négociation sur la convention de mise en marché qui aura lieu cet été, ce qui pourrait mener à une hausse du coût à la livre du sirop d’érable, indique le directeur des communications. Les acheteurs auront jusqu’au 30 juin pour prendre possession des barils et honorer les contrats.
« Au total, nous estimons que les quantités de sirop d’érable en stock dans la filière acéricole à environ 70 millions de livres. Même si nous devions avoir une production décevante ce printemps, nous n’anticipons pas de pénurie », conclut Joël Vaudeville.
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