Produire plus sous les changements climatiques

La production des cultures, telles que le maïs et le soya, pourrait bénéficier de l'allongement de la saison

Publié: il y a 16 heures

Jeunes plants de maïs grain

Les paramètres actuels météorologiques indiquent des températures plus douces *. On sait que les saisons des terres malléables se prolongent depuis quelques décennies. Alors, oui, il y a des gains à faire pour produire plus, souligne le directeur général d’Ouranos, Alain Bourque.

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Photo: Clément Blais

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Alain Bourque, directeur général d’Ouranos.

« En fait, on le sait, au Québec, l’un des plus gros facteurs limitant la croissance des végétaux, c’est la température. Donc, c’est clair qu’à partir du moment où la température augmente, il y a des opportunités. D’ailleurs, je pense que pour beaucoup d’agriculteurs, lorsqu’on dit qu’il va y avoir des étés plus chauds, une saison de croissance plus longue, etc., c’est le positif qui vient à l’esprit en premier. D’autant plus qu’on a des sols qui peuvent produire plus que ce qu’on fait croître présentement. »

Les gains pour les récoltes varient d’une espèce végétale à l’autre. Une étude d’Ouranos indique que cela pourrait bénéficier à la production des cultures, telles que le maïs, le soya et certaines espèces fourragères. Pour profiter de cette augmentation du potentiel de production, les pratiques doivent être adaptées aux nouvelles conditions.

La date ou le nombre de récoltes annuelles pourrait donc être modifié, ou encore des variétés plus résistantes au climat du futur pourraient être utilisées. Par contre, les cultures qui poussent dans des régions plus fraîches (canola, orge, blé, etc.) seraient pénalisées par ces changements.

Le calcul du bénéfice

Pour le directeur général d’Ouranos, Alain Bourque, tout dépend de l’échelle de temps, mais si on se projette en 2050, on peut imaginer que les régions sur l’extrême sud du Québec, et en particulier l’Estrie, la Montérégie et le long de la vallée du Saint-Laurent, bénéficieront d’augmentations substantielles de la durée de saison de croissance. «Déjà depuis trois décennies, cette longueur de la saison de croissance a augmentée d’environ deux à trois semaines.  

Malgré des bénéfices possibles, les scénarios des changements climatiques induisent une vulnérabilité auprès des agriculteurs. Le directeur d’Ouranos en donne un exemple: « On ne peut pas simplement associer les opportunités exclusivement à l’indicateur des températures parce ce que les scénarios des changements climatiques disent qu’avec les saisons à venir, on manque d’eau. En agriculture, il y a toujours eu des variations climatiques, ce qu’on appelait autrefois « de bonnes années » ou « de mauvaises années ». Historiquement, on retrouvait un certain équilibre, mais ce n’est plus le cas aujourd’hui », indique-t-il.

Le directeur général d’Ouranos, Alain Bourque donne un indice précis de ce que l’augmentation de la température peut avoir comme effet: «Un exemple à donner, ce sont les probabilités d’avoir un Noël blanc, à Montréal, par exemple, c’était peut-être de l’ordre de 80 à 85%  il y a deux décennies. Puis là, maintenant, c’est peut-être rendu davantage, 70 à 75%. Il faut donc davantage se tourner vers les probabilités, l’occurrence des variations du climat».

Une boussole nommée science

Au lieu de regarder dans le rétroviseur du temps qui n’a plus cours, plus utile serait sans doute de regarder ce que la science nous dicte: « Je vous donne un exemple pour le sud du Québec, on sait que les saisons se réchauffent et il faut se fonder sur les faits. Les hivers deviennent de plus en plus doux, donc légèrement moins de neige et davantage de pluies précoces.»  S’informer auprès d’agronomes spécialisés dans le créneau de production qu’on occupe, dans une terre donnée, peut changer la rentabilité.

La voie empirique

Comment les autres pays ou les autres régions du Canada font-ils pour s’adapter à ces bouleversements climatiques? Il est bon d’aller voir ailleurs, les modèles adoptés pour s’ajuster au climat. Bien sûr, il est préférable de s’inspirer des climats qui ressemblent aux nôtres. Qu’est-ce qu’on peut faire pour avoir un secteur agricole dynamique malgré ces changements climatiques là?

« Pas besoin d’aller en Europe, on peut simplement aller aux États-Unis pour voir comment une production agricole s’en tire avec moins de ressources en eau, avec des étés plus longs. Donc, ça peut être aussi une deuxième voie. Je dirais donc de récolter des données, c’est-à-dire d’utiliser des pratiques qui sont faites dans d’autres régions, ou encore des innovations technologiques qu’on n’avait peut-être pas priorisées au Québec parce que le coût-bénéfice ne semblait pas réellement être au rendez-vous », dit Alain Bourque.

Cela dit,  il faut garder à l’esprit que, comme dit l’adage, comparaison n’est pas raison: « Il faut parfois faire attention. Je vous donne l’exemple de certains pays qui utilisent des pesticides qui ne sont pas acceptés au Canada. Donc, il faut quand même nuancer lorsqu’on prend cette voie empirique. Et, c’est là que nos spécialistes du Québec peuvent évaluer chaque technique de lutte contre les ennemis des cultures. Leur expertise devient nécessaire dans des cas de figures variés », précise Alain Bourque qui insiste sur la vulnérabilité des agriculteurs devant l’inconnue du futur.

*Dans son rapport, l’Organisation météorologique mondiale (OMM) confirme que les années 2015 à 2025 sont les 11 années les plus chaudes jamais enregistrées, et que l’année 2025 se classe au deuxième ou troisième rang, avec une température supérieure d’environ 1,43 degrés à la moyenne de la période 1850-1900. L’année 2024, qui a débuté sous l’influence d’un puissant épisode El Niño, reste l’année la plus chaude jamais observée, souligne encore l’organisation.

Alain Bourque prononcera une conférence sur les défis et opportunités du secteur agricole en lien avec les changements climatiques lors des Perspectives agroalimentaires 2026 organisé par le CRAAQ le 30 avril 2026 à Trois-Rivières.

À PROPOS DE L'AUTEUR

Eddy Verbeeck

Eddy Verbeeck

Journaliste

Eddy Verbeeck est journaliste, réalisateur et écrivain, il travaille dans le monde médiatique depuis plus de 30 ans. Il a notamment travaillé à l'émission La Semaine verte.