Chaleur et sécheresse gâtent les récoltes agricoles à travers l’Europe

Kriftel (Allemagne), 5 août 2003 – Sale été pour des dizaines de milliers d’agriculteurs en Europe. La sécheresse et la chaleur qui sévissent depuis de longues semaines ont un effet dramatique sur les récoltes et les pertes, selon les secteurs, oscillent entre 15% et 80%.

Au milieu de son verger des environs de Francfort, Berthold Heil désigne une poire avec une grimace: elle a la taille d’une balle de golf, alors qu’elle devrait déjà être grosse et juteuse. « On produit des fruits pour la table et personne ne nous achètera quelque chose comme ça. Elles sont trop petites et avec la sécheresse, elles ne vont pas grossir. »

Comme lui, des dizaines de milliers d’agriculteurs font le compte des dégâts. Et la grimace. Les températures ont dépassé les 35 degrés et les pluies se font rares, faisant souffrir animaux, vergers, mais aussi champs de céréales, de betterave ou de fourrage pour les bêtes.

Dans certaines régions de l’est de l’Allemagne, 80% de la récolte est déjà perdue. Le pays s’attend à une récolte moyenne inférieure de 15% à celle de l’an passée, elle-même en baisse de plus de 10% par rapport à la récolte 2001, à cause des sévères inondations de l’été dernier.

En Autriche, les syndicats agricoles affirment que cette année sera la pire depuis 1975 et le ministère français de l’Agriculture s’attend à une récolte en baisse de 10% sur les céréales.

Les productions très spécialisées ne sont pas non plus épargnées. Les citrons cultivés dans le sud de l’Italie pour la préparation du limoncello, une liqueur particulièrement appréciée des Italiens, produiront 10 à 15% de moins que d’habitude. Les bufflonnes, dont le lait sert à fabriquer la mozzarella, ont trop chaud, et produisent moins. « Les pauvres bêtes sont stressées par la chaleur », explique Guerrino Zirletta, patron d’une crémerie spécialisée dans la mozzarella au sud de Rome.

Déjà largement subventionnés, les agriculteurs ne peuvent pas espérer toucher d’aides très importantes pour compenser leurs pertes. Le commissaire européen à l’agriculture Franz Fischler a annoncé que la Commission ne disposait d’aucun fonds supplémentaire pour venir en aide aux producteurs, à qui l’Europe verse 43 milliards d’euros par an.

La Commission a quand même anticipé le versement d’une subvention destinée aux producteurs de boeuf et pourrait payer une partie des sommes qu’elle verse aux céréaliers un mois plus tôt, en octobre au lieu de novembre.

La France est le seul pays qui ait décidé d’une aide, avec 37 millions d’euros débloqués pour le transport du fourrage pour l’alimentation du bétail et un report de taxe pour les agriculteurs. Aucun Etat-membre n’a demandé à la Commission une dérogation pour aider l’agriculture.

Pas possible non plus pour les fermiers de répercuter les pertes sur le prix de vente de leur production. Les importateurs se chargeront de répondre à la baisse de la production locale et feront venir des pommes d’Argentine ou les poires de Nouvelle-Zélande, sans que les consommateurs ne pâtissent d’une augmentation notable des prix.

Reste donc à gérer la crise en limitant au maximum les dégâts. Berthold Heil parvient à arroser une partie de ses vergers, où la baisse de la production n’est que de 10%. Pour le reste, il sait déjà que ses fruits serviront à faire du jus, à dix centimes d’euros le kilo contre sept à dix fois plus pour des fruits de table.

Source : AP

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