Cinq grands pays de l’OMC pour un accord politique minimal à Paris

Paris (France), 10 juillet 2004 – Cinq des principaux acteurs de l’OMC se retrouvent à Paris pour tenter d’arracher un accord a minima sur l’agriculture, un arbre politique qui cache mal la forêt des désaccords persistants depuis l’échec de la conférence de Cancun de septembre dernier.

Au cours de cette rencontre organisée par le Brésil dans son ambassade parisienne, les ministres du Commerce des Etats-Unis, du Brésil, de l’Inde et de l’Australie, ainsi que le commissaire européen Pascal Lamy, espèrent parvenir à une position commune sur l’agriculture, l’un des principaux points de friction du cycle de négociations commerciales entamé fin 2001 à Doha (Qatar).

Après le retentissant échec de Cancun (Mexique), où les pays émergents (G20) et les pays pauvres (G90) ont refusé de poursuivre les négociations, estimant notamment que les pays du Nord n’avaient pas fait assez de concessions en matière de réduction de leurs subventions agricoles, les négociations ont connu un frémissement au printemps.

Encouragés par l’Union européenne et les Etats-Unis, les responsables de l’OMC espèrent que les 147 pays membres parviendront à se mettre d’acord avant fin juillet sur les modalités de négociations du cycle de Doha, qui devaient déjà être arrêtées à Cancun.

Mais, malgré les multiples déclarations politiques de MM. Lamy et Robert Zoellick — qui font le forcing pour arriver à un accord avant la fin de leur mandat (fin octobre pour M. Lamy, le sort du représentant américain pour le Commerce étant lié au résultat des élections de novembre) qui va entraîner une mise en sommeil des négociations jusqu’en début 2005 — les divergences nées à Cancun perdurent.

Ainsi, la réunion du comité de négociation commerciale du 30 juin « a révélé des divergences sur de nombreux points entre les pays membres » sur l’ensemble des domaines négociés (agriculture, droits de douanes industriels, services, traitement différencié pour les pays pauvres, facilitation des échanges), avec un fossé Nord-Sud toujours vivace, indique l’ONG Third World Network, toujours très informée des négociations en cours à l’OMC.

« Si c’était une négociation normale, il ne se passerait rien, car il reste des points d’opposition sur quasiment tous les sujets », confirme Ralph Ichter, de la société Euroconsultants, spécialiste de l’OMC basé à Washington.

« Mais avec la dynamique politique de Lamy et Zoellick, il y aura peut-être un accord a minima sur le plus petit dénominateur commun », ajoute-t-il.

Les discussions de samedi porteront notamment sur l’agriculture, où la seule avancée ce printemps a été la proposition faite par M. Lamy d’éliminer totalement les subventions à l’exportation, l’une des revendications des pays du Sud emmenés par les émergents du G20 (Chine, Inde, Brésil…).

M. Lamy a souligné que cette proposition était conditionnelle, et qu’elle supposait en retour « un effort » de la part des Etats-Unis, sommés de « discipliner les aides internes » versées à leurs agriculteurs, mais aussi des pays émergents du G20 pour l’ouverture de leurs marchés agricoles.

Or, « les Etats-Unis ne lâcheront rien qui puisse fâcher leurs agriculteurs avant l’élection présidentielle qui s’annoncée serrée. Et des pays comme l’Inde, qui veut protéger ses 700 millions de paysans des exportations étrangères, sont déterminés à limiter l’ouverture leur marché », note M. Ichter.

Dès lors, un éventuel compromis ne devrait comporter aucun chiffre ou date précise pour la réduction des subventions et droits de douanes, loin des ambition de Cancun, qui entendait remplir la moitié des objectifs de Doha.

Attendu ces jours-ci à Genève, ce texte pourrait n’être finalement dévoilé que dimanche à Paris. Ou même le 13 juillet, au cours d’une rencontre à l’Ile Maurice entre l’Union Européenne, les Etats-Unis, le Brésil et les pays du G90.

Source : AFP

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