Démarrer sans phosphore

À Saint-Hyacinthe, sur le chemin Saint-Pierre Ouest, une ferme se distingue du voisinage : la ferme Helyon. André Lussier y cultive, en semis direct, du maïs, du soya et des céréales de semences. Depuis près de 15 ans, c’est le contenu des boîtes d’engrais du semoir qui différencie la régie de ce producteur.

Un démarreur à maïs sans phosphore, voilà ce que contiennent les boîtes d’engrais du planteur. « Au début, c’est Patricia Leduc qui m’a suggéré un démarreur sans phosphore. Le règlement sur le phosphore s’en venait et elle m’a demandé si je voulais participer à un essai », se rappelle André Lussier. Patricia Leduc est agronome au club Agri Conseils Maska. Elle a fait le suivi chez des producteurs qui participaient à une étude du MAPAQ sur l’engrais de démarrage du maïs sans phosphore.

L’engrais exempt de cet élément minéral a été intégré progressivement sur les terres de la ferme Helyon. « La première année, on l’a essayé sur 12 rangs et la deuxième année, sur une plus grande superficie, raconte André Lussier. Ces deux années-là, il n’y a pas eu de différences significatives dans les rendements. » La troisième année, c’était l’ensemble de son maïs qui démarrait sans phosphore.

Le projet et ses origines
Le MAPAQ avait enclenché des essais chez des producteurs avec un démarreur à maïs sans phosphore. Jean Cantin a structuré la démarche et un projet d’essais a pris une forme plus officielle. De 1997 à 2002, une étude a été menée sur 187 fermes et a permis d’évaluer la nécessité d’ajouter du phosphore minéral à l’engrais de démarrage du maïs-grain lorsque des fumiers étaient épandus, bien que 58 des 187 sites ne recevaient pas de fumiers.

La conclusion : aucun avantage économique ni agronomique ne justifie le maintien du phosphore dans l’engrais de démarrage lorsque le maïs est cultivé sur un sol en bonne condition et riche en cet élément fertilisant. Ce constat s’applique, quel que soit l’hybride, le type de sol, le type de fumier, le précédent cultural et le travail du sol.

Un document rédigé par Jean Cantin mentionne que pour des sols dont la saturation en P est inférieure à 7,6 %, il est peu recommandé de retirer le phosphore du démarreur et que le démarreur avec phosphore minéral peut, dans ce cas, conduire à un gain de rendement.

Les sols dont la saturation en P oscille entre 7,6 et 15 % pourraient recevoir un démarreur liquide contenant du phosphore, mais uniquement sur les terres qui sont en mauvais état et qui nécessitent des améliorations. Finalement, sur des terres saturées en phosphore à plus de 15 %, la réponse de la culture à un apport phosphaté au démarrage est faible.

Dans tous les cas, connaître l’historique de la ferme et des terres est nécessaire avant de retirer le phosphore du démarreur.

Lisez l’article complet votre Bulletin des agriculteurs de mai 2011.

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