Double déception pour les éleveurs français de bovins

Paris (France), 13 décembre 2001 – Une double déception attendait jeudi les éleveurs français de bovins. Aucune enveloppe n’a été débloquée à l’issue de la réunion avec Jean Glavany au ministère de l’Agriculture sur un nouveau plan d’aides. Et la Cour de justice européenne, basée à Luxembourg, a ordonné à la France de lever son embargo sur les importations de boeuf britannique.

Le gouvernement « prend acte des conclusions de cet arrêt » mais ne prendra pas de décision immédiate, ont fait savoir les ministère de l’Agriculture, de la Santé et de la Consommation dans un communiqué commun, réaffirmant leur attachement au « principe de précaution ».

« Ce n’est qu’après avoir analysé l’ensemble des éléments scientifiques, techniques et juridiques qu’une décision sera prise », poursuit le communiqué. « En tout état de cause, cette décision sera fondée sur le respect du principe de précaution. »

C’est au nom de ce principe que la France avait décidé en décembre 1999 de maintenir l’embargo sur la viande bovine britannique que levait la Commission européenne.

Les Jeunes agriculteurs de France ont immédiatement exprimé leur préoccupation quant aux conséquences d’une levée de l’embargo. « Cela m’inquiète d’un point de vue sanitaire, mais aussi en raison de la concurrence que cela va provoquer », a déclaré à l’Associated Press leur président Jean-Luc Duval.

La Fédération nationale bovine (FNB) se veut plus sereine face à la concurrence britannique. « On l’accepte à partir du moment où le consommateur a accès à toute l’information », affirme son vice-président Jean-Pierre Fleury, qui se félicite des nouvelles normes d’étiquetage. « L’essentiel, c’est que le consommateur puisse connaître le pays d’origine de la viande et si elle remplit toutes les conditions sanitaires. »

Arnaud Lemoine, de la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA), considère lui aussi qu« ‘il faut un étiquetage parfait pour se prémunir d’une nouvelle baisse de la consommation de viande » en évitant que « la levée de l’embargo ne fasse peur ». « Dans l’inconscient français, l’origine de l’ESB est située là-bas, en Grande-Bretagne », souligne-t-il.

La Commission de Bruxelles avait décrété un embargo sur le boeuf britannique en mars 1996 après l’établissement d’un lien entre l’encéphalopathie spongiforme bovine (ESB, maladie de la « vache folle ») et sa forme humaine, la maladie de Creutzfeldt-Jakob.

Les éleveurs entendent rester vigilants. « Si la viande britannique revient sur le territoire français, nous nous assurerons qu’elle respecte bien les étiquetages et les conditions sanitaires », affirme le vice-président de la FNB. Jean-Pierre Fleury émet toutefois quelques réserves sur l’application immédiate de la décision européenne. « Je ne vois pas bien le ministre obtempérer dans les conditions actuelles », a-t-il confié à l’AP. « La France est toujours dans un contexte électoral… »

Dans la matinée, les éleveurs de bovins sont sortis bredouille de leur réunion de travail -prévue de longue date- avec Jean Glavany sur un nouveau plan d’aides. Jean-Pierre Fleury de la FNB était « extrêmement déçu ». Même « déception » du côté de la FNSEA: « on attendait un chiffrage, un certain nombre de mesures », a expliqué Arnaud Lemoine. « On s’est simplement mis d’accord sur l’architecture du dispositif », a noté le président des Jeunes agriculteurs de France.

Lors de cette table ronde, Jean Glavany a réaffirmé sa détermination à « mettre en place un dispositif d’aides ciblé vers les éleveurs les plus fragilisés par la crise bovine », avec notamment un dispositif adapté pour les jeunes agriculteurs. Jean-Luc Duval s’est dit « satisfait qu’on ait identifié cette population-là » comme particulièrement concernée par la chute de la consommation de boeuf.

Eleveurs et ministère sont en outre tombés d’accord sur le nombre d’exploitants en difficulté: 40 000. « La moitié des 100 000 éleveurs spécialisés en races à viande sont en situation de faillite », résume Jean-Pierre Fleury.

La concertation sur les modalités d’application des aides se poursuivra entre la profession et le ministère de l’Agriculture jusqu’au 7 janvier, date à laquelle le nouveau plan doit être annoncé. La FNSEA souhaite obtenir « au moins un milliard de FF », soit l’équivalent de l’enveloppe débloquée lors du premier plan d’aide à la filière bovine en mars dernier.

Source : AP

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