Feu vert des experts européens à la demande britannique de vaccination

Bruxelles (France), 28 mars 2001 – Un peu plus d’un mois après la détection des premiers cas de fièvre aphteuse en Grande-Bretagne, les experts vétérinaires de l’Union européenne ont approuvé mercredi une requête de Londres qui souhaite vacciner jusqu’à 180.000 vaches laitières dans le Cumbria et le Devon, les deux comtés anglais les plus touchés par l’épizootie.

Le ministre britannique de l’Agriculture Nick Brown a souligné que Londres n’avait pas encore décidé d’appliquer ce plan de vaccination mais qu’il souhaitait pouvoir recourir à cette option.

Dans un communiqué, l’Union européenne a précisé que toute vaccination serait limitée au Cumbria et au Devon. Selon des responsables, 100.000 bovins seraient vaccinés dans le premier et 80.000 dans le second. « Ces circonstances exceptionnelles justifient une réponse exceptionnelle », peut-on lire dans le communiqué. Le lait des vaches soumises à la vaccination pourra continuer à être utilisé, s’il est pasteurisé. L’Union a toutefois souligné que les animaux vaccinés ne pourraient jamais être exportés et ne pourraient pas être déplacés pendant un an.

Depuis la détection de la maladie virale fortement contagieuse, 729 foyers ont été recensés sur le territoire britannique et les mesures d’abattage ont concerné quelque 700.000 animaux. Franchissant les barrières du Royaume-Uni, l’épizootie a gagné la France (deux cas), l’Irlande (un cas), et les Pays-Bas où deux nouveaux cas ont été confirmés mercredi, portant à sept le total des foyers néerlandais.

Au Danemark, où un test préliminaire sur trois bovins suspectés d’avoir la maladie s’est révélé négatif, un nouvel examen sera effectué pour éliminer toute incertitude, ont précisé les autorités vétérinaires. Par ailleurs, en Italie, les derniers tests réalisés sur des chèvres importées de France se sont révélés négatifs.

Tony Blair a reconnu mercredi qu’il avait sous-estimé le nombre d’ovins déplacés ou exportés courant février avant la détection des premiers cas de fièvre aphteuse: le Premier ministre britannique a ainsi évoqué le chiffre d’environ « 1,35 million d’ovins », alors qu’il avait parlé il y a 15 jours de 2.000 mouvements d’ovins.

La mesure de vaccination demandée par la Grande-Bretagne, invitée sur le plan national à l’ajouter à son dispositif de lutte contre la maladie, ne s’appliquerait ni aux ovins ni aux porcins, a précisé à Bruxelles la porte-parole de l’UE Beate Gminder.

Bien que les Pays-Bas aient été autorisés la semaine dernière par les experts européens à appliquer un programme de vaccination limité -le gouvernement arguant d’une incapacité à détruire rapidement tous les animaux à risque-, les Quinze se sont opposés au retour à un programme de vaccination systématique (abandonné par l’UE en 1991).

Ils ont notamment mis en garde contre les conséquences désastreuses d’une telle décision sur les activités des exportateurs de bétail qui risqueraient de perdre le statut de zone exempte de fièvre aphteuse.

Les animaux vaccinés produisent en effet les mêmes anticorps que les animaux infectés. Le statut de zone indemne est rétabli trois mois après l’abattage du dernier animal vacciné. En outre, le vaccin, qui coûte environ 0,5 euro (3,28ff), n’est pas fiable à 100%, il peut prendre jusqu’à dix jours pour commencer à agir et jusqu’à trois semaines pour devenir complètement efficace. Des injections répétées sont aussi nécessaires pour maintenir l’immunisation.

Les experts vétérinaires européens, qui ont approuvé le plan britannique mercredi, examinent également la demande de vaccination émanant de zoos qui redoutent la contamination d’animaux. L’UE a demandé l’avis de l’Organisation mondiale pour la santé animale, qui détermine le statut de ses membres concernant la fièvre aphteuse.

L’enjeu est important pour les producteurs de viande européens, déjà sous le coup d’embargos, qui se traduisent par une chute de 94% des exportations européennes de boeuf et 73% de celles de porc.

Mercredi, Tony Blair a par ailleurs de nouveau encouragé les gens à reprendre leurs déplacements dans les zones rurales, tout en restant à l’écart des exploitations agricoles. Selon les responsables de l’industrie touristique britannique, la crise coûte jusqu’à 150 millions de livres (1,1 milliard de FF/165 millions d’euros) par semaine.

De leur côté, les USA ont refusé de lever l’embargo imposé le 13 mars sur les importations de viande européenne pour prévenir toute propagation outre-Atlantique de l’épizootie de fièvre aphteuse.

« Apparemment la situation en Europe n’est pas encore sous contrôle avec l’augmentation continue du nombre de cas » en Grande-Bretagne, a estimé mercredi Ann Veneman, secrétaire d’Etat américaine à l’Agriculture à la suite d’un entretien avec David Byrne, le commissaire européen pour la santé et la protection du consommateur.

Source : AP

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