Front commun pour une aide immédiate

Plusieurs acteurs importants du secteur agroalimentaire et de la transformation du Québec se sont réunis pour lancer un message commun aux deux paliers de gouvernement: l’aide accordée est insuffisante et un soutien immédiat, à la fois des gouvernements au fédéral et au provincial, est nécessaire pour sécuriser la chaîne alimentaire de la province.

Marcel Groleau, président général de l’Union des producteurs agricoles, Ghislain Gervais, président de Sollio Groupe Coopératif, Roger Massicotte, président d’Agropur Coopérative, Sébastien Lacroix, président-directeur général de l’Association québécoise des industries de nutrition animale et céréalière (AQINAC) et Sylvie Cloutier, présidente-directrice générale du Conseil de la transformation alimentaire du Québec (CTAQ) ont présenté devant la maison de l’UPA jeudi matin les défis imposés par la crise de la COVID-19. Pour eux, les coûts additionnels tout au long de la chaîne à tous les acteurs imposent un fardeau qui a grugé toute marge de manœuvre et pourrait jouer à terme sur la survie de plusieurs entreprises et, par conséquent, sur la vitalité des régions où la plupart des entreprises sont situées.

Le secteur réclame donc plusieurs mesures, dont l’aide réclamée de 2,6 G$ pour le Canada, soit 650 M$ pour le Québec.

  • L’augmentation de la couverture du programme Agri-stabilité et Agri-Québec Plus.
  • La bonification des interventions des programmes Agri-investissement et Agri-Québec.
  • Un fonds spécifique qui répondrait aux besoins des producteurs et des transformateurs, en ce qui a trait aux pertes de marges sur les marchés.
  • Une aide spécifique aux petites entreprises dont le marché principal est le HRI.
  • Une aide au soutien des inventaires et à la congélation.
  • Un fonds dédié à la promotion des aliments québécois.
  • Une aide au secteur de la transformation pour couvrir les coûts supplémentaires en équipements de protection et en adaptation des chaînes de production.

Ce cri du coeur survient peu après l’annonce de l’aide de 252 M$ de la part du gouvernement fédéral pour l’ensemble du secteur agricole canadien. “L’aide accordée est nettement insuffisante. À titre d’exemple, l’aide donnée par le gouvernement américain est de 10 à 12 fois supérieure, alors que nous nous situons dans le même marché et que nous sommes en compétition directe avec eux”, a plaidé M. Groleau.

« Nous sommes considérés comme un service essentiel, mais nous sommes laissés à nous-mêmes », a résumé M. Massicotte.

Le président de l’UPA a rappelé que les programmes en place, tels que Agri-stabilité, n’avaient accordé qu’un aide minime en 2019 pour les situations de crise, alors que les fonds étaient abondants: le fédéral n’a en effet remis que 250 M$ sur une réserve de 1,9G$. Ottawa avait répondu aux critiques cette semaine en citant la disponibilité des programmes en place.

M. Groleau souhaite également que les programme de rachat, tels que Agri-relance, soient accessibles à tous. La dernière annonce accorde 50 M$ chacun aux secteurs bovins et porcins, alors que le premier représente un marché de 8 G$ et le second 4 G$ au Canada. “Ce sont des programmes avec lesquels il est très difficile de travailler. Les éleveurs doivent faire face dès maintenant à des coûts importants”. Selon lui, un programme simple, comme celui appliqué lors de la maladie de la vache folle a fait ses preuves.

Il a rappelé que le Canada compte 200 000 entreprises agricoles, dont 22 000 au Québec. “Le fédéral et le provincial doivent s’entendre et donner une réponse rapide et cohérente. (…) L’autonomie alimentaire ne fonctionne que si tous les maillons fonctionnent”.

Les mesures de sécurité additionnelles, la fermeture complète ou partielle de maillons importants, comme les abattoirs, l’effondrement du marché des HRI (hôtellerie, restauration, institutions), les perturbations sur les marchés et l’enjeu de la main-d’œuvre représentent des coûts importants, a souligné à son tour le président d’Agropur, Roger Massicotte. Alors que le Québec produit environ 30% du lait produit au Canada, il transforme la moitié de la production. Le secteur de la transformation laitière, qui fonctionne déjà avec des marges très faibles, voit toute sa chaîne de valeur « s’effondrer », en raison d’une baisse globale des ventes et la vente auprès du consommateur de produits à plus faible valeur.

Les accords internationaux ont aussi grugé 15% de la part de marché canadien et les compensations promises n’ont pas encore été déclarées, selon M. Massicotte. Le coup est d’autant plus dur à assumer pour le secteur laitier que le nouvel ALENA devrait entrer en vigueur un mois plus tôt que prévu, en pleine crise de la COVID-19, avec des pertes estimées de 100 M$ pour les entreprises canadiennes. « L’impact est sans précédent, il faut livrer une aide en conséquence sans précédent », a déclaré avec émotion le dirigeant qui a salué les efforts de ses employés et membres dits essentiels, mais qui travaillent sans soutien, tels que les garderies. « Tout le monde est à fleur de peau. Ce n’est pas évident de travailler à tous les jours sans aide. »

Roger Massicotte, président d’Agropur Coopérative

« La transformation des aliments est le premier employeur manufacturier au Québec avec plus de 72 000 employés. Les mesures sanitaires et de distanciation sociale occasionnent des coûts supplémentaires en équipements de protection et en adaptation des chaînes de production estimés à 250 M$ au Québec », a affirmé pour sa part Sylvie Cloutier du CTAQ, un propos repris par Ghyslain Gervais, président de Sollio. Pour Olymel, les coûts supplémentaires s’élèveraient à 20 M$.

 

à propos de l'auteur

Journaliste

Céline Normandin

Céline Normandin est journaliste spécialisée en agriculture et économie. Elle collabore également au Bulletin des agriculteurs.

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