La biodiversité nord-américaine en péril

Montréal (Québec), 6 janvier 2002 – Quelque 235 espèces animales nord-américaines, dont le papillon Monarque ainsi que la morue, sont menacées par la pollution, la destruction de leur habitat naturel par les humains ou les pratiques agricoles agressives, rapporte l’organisme environnemental crée dans le cadre de l’accord de libre-échange continental.

Une vaste étude réalisée par la Commission nord-américaine de coopération environnementale (CCE), un organisme situé à Montréal et créé dans le cadre de l’accord de libre-échange nord-américain auquel participent les États-Unis, le Canada et le Mexique, révèle que le continent fait face à une « crise de la biodiversité » qui pourrait se traduire par la disparition de certaines espèces menacées.

La moitié des régions écologiques les plus diversifiées d’Amérique du Nord ont connu une importante dégradation, soutient le rapport, qui sera rendu public officiellement lundi par les trois gouvernements.

« Notre rapport montre qu’au cours des dernières décennies, la destruction et la transformation de l’habitat est devenue la principale menace de la biodiversité », a déclaré Janine Ferretti, directrice exécutive de la commission. « Une importante proportion des espèces végétales et animales d’Amérique du Nord sont menacées. »

Le Monarque, un papillon qui émigre du Canada vers le Mexique, fait face à de nombreuses menaces, dont le développement de la côte californienne, la déforestation des sapins au Mexique ainsi que l’utilisation de pesticides sur les plantations d’asclépias, à la base de son alimentation.

Le rapport souligne que certains experts croient que les humains précarisent la chaîne alimentaire en sur-exploitant les ressources comme le saumon, la morue, le flétan ainsi que l’espadon, des espèces de poissons nécessaires au renforcement de certaines espèces menacées.

Les espèces de poissons d’eau douce, notamment l’écrevisse dont 48% de la population est à risque, sont encore plus vulnérables puisqu’elles ne peuvent pas fuir vers de nouveaux écosystèmes après la destruction de leur habitat par la pollution.

L’incapacité apparente à développer les économies nord-américaines tout en préservant l’environnement menace à la fois la biodiversité mais aussi notre avenir, soutient le rapport.

« Avec le nouveau millénaire, les Nord-américains doivent vivre avec le fait paradoxal que plusieurs activités sur lesquelles est basée leur économie appauvrissent leur environnement, dont dépend leur bien-être », affirme le rapport.

Le rapport indique que la portion la plus pauvre de la société souffre davantage des problèmes environnementaux.

En entrevue avec Reuters, Janine Ferretti a confié que les États-Unis, le Canada et le Mexique ont réalisé des progrès dans la création de refuges pour la faune, la protection des espèces et la collection de données sur la biodiversité. Elle estime que des efforts supplémentaires sont nécessaires pour éviter la dégradation de la biodiversité et espère que le rapport, La mosaïque nord-américaine, deviendra une ressource clé dans la planification et l’élaboration des politiques.

« Il donne un aperçu panoramique de l’état de l’environnement en Amérique du Nord et, pour la première fois, des informations des trois pays ont été colligées sur une vaste gamme de sujets », a déclaré Ferretti.

Des études futures se concentreront sur une série d’indicateurs afin de fournir un portrait de l’état de l’environnement, a-t-elle ajouté.

Parallèlement, le rapport actuel sonne l’alarme sur plusieurs fronts, dont les effets des systèmes de transports sur l’environnement, la sur-utilisation de l’eau ainsi que les menaces de sécheresse, de bio-invasion et la multiplication d’espèces non-indigènes.

« La bio-invasion ne faisait pas partie de notre vocabulaire il y a 10 ans », a souligné Ferretti.

Le Canada et les États-Unis ont fait de piètres performances selon le rapport quant à l’impact de leur économie sur l’environnement. Plus de 80% des voyages quotidiens dans les deux pays sont effectués avec des véhicules privés plutôt qu’avec le système de transports publics moins pollueur.

Ils sont également les plus importants utilisateurs d’eau per capita et la demande ne fait que croître. Le Canada possède environ la moitié des ressources mondiales d’eau potable, mais 60% de son eau coule vers le nord alors que 90% de sa population habite dans le sud du pays.

L’agriculture et l’hydroélectricité représentent plus de 80% de la consommation d’eau en Amérique du Nord. L’irrigation constitue spécifiquement une menace. La nappe phréatique d’Ogallala sous les plaines américaines est une ressource équivalente à celle du Lac Huron, mais elle est appauvrie par l’irrigation plus vite qu’elle ne se régénère, rappelle le rapport.

Source : Reuters

Site(s) extérieur(s) cité(s) dans cet article :

Commission nord-américaine de coopération environnementale (CCE)

http://www.cec.org/

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