L’Afrique appelle les pays riches à ouvrir leurs marchés aux produits agricoles

Dakar (Sénégal), 4 février 2005 – Au dernier jour de sa visite officielle au Sénégal, Jacques Chirac a participé au « Dakar agricole », forum de discussion sur le développement agricole des pays pauvres, au cours duquel les dirigeants africains ont une nouvelle fois appelé les plus riches à ouvrir leurs marchés.

Le président français s’est ensuite envolé en début d’après-midi pour Brazzaville, en République du Congo, où il a été accueilli en fin de journée par son homologue Denis Sassou-Ngueso et salué par une foule compacte, malgré une pluie battante et des éclairs menaçants. Au cours de cette courte visite de moins de 24 heures, il assistera samedi à un sommet sur la protection de la forêt équatoriale.

Organisé par le président sénégalais Abdoulaye Wade afin de lutter contre ce qu’il qualifie de « fracture agricole » mondiale, le « Dakar agricole » réunit pendant deux jours quelque 500 chefs d’Etat africains, ministres de l’Agriculture, mais aussi représentants des grandes organisations internationales et d’entreprises pour évoquer les difficultés de l’agriculture des pays pauvres.

En août dernier, un accord-cadre avait été conclu à l’OMC (Organisation mondiale du commerce) prévoyant notamment l’élimination des subventions aux exportations agricoles et une baisse des droits de douane. Cet accord intervenait après l’échec de la conférence de Cancun (Mexique) en septembre 2003: les pays pauvres emmenés par le Brésil avaient alors tenu tête aux riches, exigeant d’eux qu’ils suppriment les subventions à l’agriculture.

« Le monde devra bientôt nourrir plus de 9 milliards d’êtres humains et je suis convaincu que, ensemble, nous pouvons relever ce défi », a déclaré le président Wade à l’ouverture du Forum.

Le président du Nigeria, Olusegun Obasanjo, a de son côté appelé les pays en voie de développement à faire de l’agriculture une priorité, et les pays riches à « ouvrir plus leurs marchés ».

Evoquant les négociations au sein de l’OMC, Jacques Chirac a estimé qu’il fallait « accepter de traiter de manière particulière les questions agricoles et alimentaires ». Le président français a érigé le développement agricole des pays pauvres en « priorité de la politique française de coopération ».

Car « pour l’avenir (…) si rien ne change, la poursuite de la libéralisation des marchés profitera d’abord aux pays riches et aux pays en développement du groupe de Cairns », réunissant les principaux pays agro-exportateurs. « Les pays pauvres seront perdants ».

C’est pourquoi les Européens se sont « engagés à réduire les aides agricoles, notamment les aides à l’exportation », a-t-il rappelé. La Politique agricole commune (PAC) de l’UE « n’est pas l’ennemie de l’agriculture des pays en développement », a-t-il martelé. « Les accusations de dumping commercial, de fermeture des marchés sont des accusations souvent infondées et toujours de mauvaise foi lorsqu’elles émanent d’une certain nombre de grands producteurs internationaux », a-t-il lâché.

Jacques Chirac a néanmoins posé trois « conditions ». « La première, c’est l’engagement, la sincérité et la participation de tous les pays concernés dans une telle démarche en prenant en compte toutes les aides à l’exportation, quelles que soient leur niveau et leur forme », a-t-il prévenu. « Je pense en particulier à l’aide alimentaire et au crédit-export ». L’avertissement s’adressait notamment aux Etats-Unis.

Pour Jacques Chirac, il faut par ailleurs que l’élimination des aides soit « progressive ». Enfin, ce processus doit cibler « en priorité les soutiens qui ont les effets les plus déstabilisants pour les pays les plus pauvres ». Ainsi, le problème particulier du coton est « hélas, loin d’être réglé », alors que la « pratique actuelle du marché est traumatisante et profondément injuste pour les producteurs de coton africains », a-t-il déploré.

Le président français a « également plaidé une nouvelle fois pour un système de taxation internationale pour financer l’aide au développement, affichant son « optimisme » sur le sujet avant le G8 qui doit se tenir à Gleneagles, en Ecosse, en juin.

Jacques Chirac s’est envolé vendredi à la mi-journée pour Brazzaville, où il était attendu en fin d’après-midi.

Source : AP

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