Le projet Agriclimat du Conseil pour le développement de l’agriculture du Québec (CDAQ) et l’Université Laval ont collaboré pour évaluer les émissions de gaz à effet de serre (GES) de 62 fermes laitières du Québec. Les résultats viennent d’être connus.
Le premier auteur de l’article est Alexis Ruiz-Gonzalez, sous la supervision des professeurs Sébastien Fournel et Edith Charbonneau. Tous les trois sont de l’Université Laval. Du côté d’Agriclimat, le responsable était Sylvestre Delmotte.
Agriclimat vise à mieux comprendre les effets des changements climatiques en agriculture dans le but d’outiller les producteurs agricoles pour y faire face, tant à l’échelle individuelle que collective.
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L’empreinte carbone moyenne des fermes laitières participant au projet Agriclimat du CDAQ est de 1,06 kg éq. CO2 par kilogramme de lait corrigé pour la matière grasse et les protéines.
L’étude révèle également que les émissions varient d’une ferme à l’autre. La fermentation entérique, c’est-à-dire le processus naturel de rumination des bovins, est le premier poste d’émission. Celui-ci est aussi le plus stable entre les fermes, qu’il soit calculé par vache par jour ou par kilogramme de lait produit.
La production des aliments est l’activité où la variabilité est la plus frappante. « Les émissions peuvent être jusqu’à cinq fois plus élevées pour une ferme qui cultive sur des sols lourds en climat humide comparativement à des sols légers en climat sec », peut-on lire dans une infolettre du CDAQ. Or, les fermes n’ont aucun contrôle sur leur type de sol.
Les quantités d’aliments et d’intrants achetés influencent aussi grandement ce résultat.
La régie des fumiers a aussi un impact important. Une ferme effectuant de trois à quatre vidanges de fosse par année peut réduire les émissions liées à ce poste de moitié par rapport à une entreprise n’en effectuant que deux.
Les fermes ayant les meilleures performances en termes d’empreinte carbone avaient trois points en commun. Le rendement en lait par vache était élevé. La conversion alimentaire était « efficace ». De plus, la durée d’entreposage des fumiers était inférieure à la moyenne.
Des entreprises ayant une grande autonomie, en achetant peu d’intrant et d’aliments, peuvent présenter des émissions inférieures à la moyenne, malgré un rendement par vache parfois plus faible.
Carbone dans le sol
Bien que les experts ne s’entendent pas sur l’intégration du stockage du carbone des sols dans les bilans des GES en raison de la difficulté d’avoir une estimation précise, l’étude a analysé l’historique complet des analyses des sols de 42 fermes. L’exclure ne donnerait qu’une vision partielle de la situation, alors que des champs permettent de compenser les émissions de GES alors que d’autre dégradent cette valeur.
Deux constats en sont ressortis. En moyenne, les sols des 42 fermes affichent une légère perte de matière organique; certaines ont des taux en forte baisse alors que d’autres sont en augmentation. De plus, au sein d’une même entreprise, il est fréquent d’observer des dynamiques contraires entre certains champs.
L’intégration du carbone des sols ne change pas la moyenne du groupe (1,06 kg éq. CO2/kg LCGP), mais elle modifie considérablement le classement des entreprises entre elles. Une ferme avec des émissions de GES élevées peut voir son bilan carbone s’améliorer grâce à une forte accumulation de carbone dans les sols. L’inverse est aussi vrai.
L’étude a démontré que le rôle des sols comme levier climatique est indéniable. « À ce jour, la culture des plantes fourragères pérennes demeure le moyen le plus efficace pour augmenter le contenu en carbone d’un sol », ajoute les experts.
Jennifer Philion, coordonnatrice des services au CDAQ, nous écrit par courriel que ce projet de recherche est tout nouveau. Un article scientifique vient d’être soumis et il devrait être révisé sous peu. «Ce processus peut être long, on peut envisager quelques mois avant la publication officielle», dit-elle.
Et les boisés?
Une autre étude, cette fois entre le CDAQ et la Faculté de foresterie, de géographie et de géomatique de l’Université Laval, évalue le potentiel de séquestration du carbone des boisés agricoles.
Pour ce projet en cours, le CDAQ invite les producteurs agricoles à répondre à un sondage d’une dizaine de minutes. Le but est d’estimer la proportion d’entreprises agricoles qui possèdent un boisé au Québec.
Les producteurs acceptant de transmettre leurs coordonnées sont admissibles à un inventaire forestier et un bilan carbone gratuits, réalisés par l’équipe de recherche à l’été 2026. Si le boisé est retenu, un rapport détaillé sera remis au producteur.
Cliquez ce lien pour y participer.
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