Les éleveurs de volaille mécontents du confinement, inquiets pour les ventes

Paris (France), 17 janvier 2006 – Alors que la grippe aviaire est aux portes de l’Union européenne, les éleveurs français de volailles sont inquiets de la baisse de la consommation mais surtout mécontents des mesures de confinement décidées dans 58 départements par le gouvernement.

La décision, annoncée vendredi par le Premier ministre Dominique de Villepin, d’étendre les zones de confinement des volailles « est une précaution inutile », a ainsi jugé le directeur général des Fermiers de Loué, Yves de la Fouchardière, au Mans (Sarthe), un département où cette mesure ne s’applique pourtant pas.

Soulignant que « les oiseaux migrateurs ne passent pas au-dessus des régions concernées (par le confinement) à cette période de l’année », M. de la Fouchardière a estimé que « cette mesure de précaution n’est pas technique, mais politique ». Il a qualifié cette décision d’« injuste, car la filière avicole dans son ensemble a subi une crise économique alors qu’il n’y a pas de danger réel, car l’épizootie n’est pas présente en Europe de l’Ouest ».

Quant à la baisse de la consommation de 20%, évoquée lundi par le ministre de l’Agriculture Dominique Bussereau, elle est due au fait que « les GMS (grandes et moyennes surfaces) ont retiré les volailles des linéaires par principe de précaution, afin de ne pas être accusées de ne pas avoir été assez prudentes », selon le président de la Commission avicole bretonne Didier Goubil.

Julien Saint-Maxent, le directeur du groupement de producteurs de volailles de Licques (Pas-de-Calais), qui réunit 150 éleveurs possédant le « label rouge », a reconnu une « grosse chute » de ses ventes, « autour de 20% » depuis début janvier.

« C’est encore plus spectaculaire depuis la fin de la semaine dernière », après l’annonce de nouveaux décès liés à la grippe aviaire en Turquie, a-t-il souligné. Selon lui, la baisse des ventes concerne « surtout les volailles entières » mais les produits découpés (escalopes, etc..), épargnés en 2005, sont également touchés.

La volaille non vendue doit « être congelée », ce qui entraîne « une chute de trésorerie » et des coûts supplémentaires, a souligné le directeur du groupement de Licques. Les éleveurs craignent de ne pas pouvoir écouler les produits congelés, si la consommation ne repart pas. Pour faire face à la baisse, ils ont diminué « leur mise en production de 25 à 30% ».

Le petit label rouge « Alsace Volailles », une association qui regroupe 32 éleveurs du Bas-Rhin et des partenaires de la filière, accuse une chute de 12% de ses ventes depuis le début de la crise.

Pour Thomas Kelhetter, responsable technique de l’association, « il n’est pas évident de rester optimiste. Vu comme c’est parti tout le monde se prépare à une crise inscrite dans la durée. Il y aura forcément une remise en question du mode d’élevage en plein air. Nous ne sommes qu’au début de nos peines ».

La FNSEA, le principal syndicat agricole, a regretté pour sa part, mardi dans un communiqué, que l’enveloppe de 6 millions d’euros d’aide à la filière constituait « un premier pas, mais pas suffisant. Il doit être conforté pour apporter une vraie réponse à la réalité des dommages subis ».

« On subit une crise dans laquelle on n’est pour rien », a ajouté le vice-président du syndicat national des labels, Bernard Tauzia, co-associé d’un élevage de 14 000 poulets en « totale liberté » à Campagne (Landes). « La filière ne comprend pas ce qui lui arrive » alors que la « traçabilité » des volailles élevées en France « est assurée », a-t-il dit.

Même si la grippe aviaire arrivait en France « on saurait réagir, les normes sont prévues », a affirmé l’éleveur landais qui indique que son groupement a subi « entre 15 et 20% de pertes depuis le début de la crise ».

Source : AFP

Site(s) extérieur(s) cité(s) dans cet article :

Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA)
http://www.fnsea.fr/

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