Les OGM auront-ils un jour droit de cité en Europe ?

17 octobre 2001 – L’application du fameux « principe de précaution » vient ainsi bouleverser la règle du jeu pour les entreprises. Aujourd’hui pour l’agrochimie, demain, peut-être, pour d’autres secteurs high-tech.

Les OGM auront-ils un jour droit de cité en Europe ? Rejetés par les consommateurs, ils ont disparu des rayons de la grande distribution et ne sont cultivés en France – avec mille prudences et précautions – qu’à titre expérimental par quelques sociétés agrochimiques. Objectif de ces dernières : laisser les choses s’apaiser d’elles-mêmes, et redonner, dans quelques années, une seconde chance aux OGM avec la prochaine mise en place d’une réglementation européenne plus protectrice des consommateurs.

Or, un nouveau coup fait vaciller les ambitions des promoteurs des plantes transgéniques. Les assureurs français viennent ainsi d’exprimer publiquement leur refus d’assurer le « risque OGM », alors même qu’un rapport du Commissariat général au Plan vient de recommander au gouvernement français leur « mise en place graduée et raisonnée ».

Argumentation des professionnels de l’assurance : impossible de couvrir un risque que personne n’est encore capable de mesurer, faute de connaître suffisamment la technologie et en l’absence de consensus scientifique sur la question. Et de citer pêle-mêle d’éventuels dommages à la faune et à la flore sauvages, aux cultures conventionnelles, voire à la santé humaine.

En cas de pollution génétique, qui sera responsable et pour combien ? Les groupes agrochimiques tentent d’esquiver ces questions sans réponse. Monsanto se contente ainsi de déclarer qu’il n’y a pas de jurisprudence en matière d’hypothétique contamination. Pas encore ? Quoi qu’il en soit, voilà qui ne va pas faire grimper la cote de l’agrochimie auprès des décideurs économiques et financiers. Si Aventis a mis plus d’un an à vendre sa filiale Cropscience à l’allemand Bayer, c’est notamment en raison de la défiance générale vis-à-vis des OGM.

Au fond de cette affaire, l’application, par les pouvoirs publics, du fameux « principe de précaution ». Ce concept protecteur du citoyen est malheureusement juridiquement flou, offrant ainsi une grande latitude dans l’appréciation du danger. Apprécié comme il l’est aujourd’hui, il rend les entreprises tributaires d’une réglementation imprévisible par nature ! Et donc les prive d’assurance.

Les producteurs d’OGM en subissent aujourd’hui les effets. Demain, les industriels de la pharmacie, qui utilisent eux aussi les biotechnologies, pourraient connaître des difficultés similaires. Et, plus largement, tous les secteurs high-tech (le médical, notamment) où il y a, d’une façon ou d’une autre, plongée dans l’inconnu.

Source : La Tribune

Site(s) extérieur(s) cité(s) dans cet article :

Bayer

http://www.bayer.com/

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