Les Quinze plus raides que jamais sur la réforme de la PAC

Bruxelles (Belgique), 27 mai 2003 – Les ministres européens de l’Agriculture ont engagé sur des positions plus raides que jamais, les derniers pourparlers sur la politique agricole commune (PAC) avant l’ouverture en juin d’une négociation cruciale sur le projet de réforme proposé par la Commission européenne.

Au même moment, environ 20 000 agriculteurs manifestaient en France pour dénoncer l’idée du commissaire européen Franz Fischler de couper en 2004 tout lien entre les aides directes aux exploitants et le niveau de leur production, et d’instaurer en 2007 une dégressivité de ces aides.

La France et l’Espagne, principales bénéficiaires de la PAC sous sa forme actuelle, ont réitéré à Bruxelles leur refus de tout compromis précipité le mois prochain. Pour tenter de dénouer la situation, le ministre grec Giorgios Drys, dont le pays assure la présidence tournante de l’UE, a fait passer ses homologues un à un au « confessionnal », dans des réunions trilatérales avec M. Fischler.

A l’issue de ces discussions, mardi, la présidence grecque doit s’atteler à l’élaboration d’un projet de compromis qui sera mis sur la table des Quinze lors de leur prochaine réunion marathon à partir du 11 juin à Luxembourg. A l’inverse de leur collègue britannique, Margaret Beckett, principale alliée de M. Fischler, le ministre français de l’Agriculture, Hervé Gaymard, et son homologue espagnol, Miguel Arias Canete, ont, avant même de passer au « confessionnal », récusé toute nécessité d’arriver à un accord dans deux semaines.

« Ce n’est pas le calendrier qui compte, mais les propositions alternatives qui seront sur la table. Pour nous, la balle est clairement dans le camp de la Commission européenne », a déclaré M. Gaymard, campant sur son refus d’une « tyrannie des dates ». « Ce n’est pas une question de temps, c’est une question de contenu », a renchéri M. Arias Canete, affirmant qu’un accord à Luxembourg dépendrait « si la Commission bouge ou si elle s’en tient à sa proposition de départ ».

Selon M. Fischler, un accord en juin sur la réforme de la PAC offrirait à l’Union européenne un « capital supplémentaire » pour les futures négociations sur la libéralisation des échanges qui s’engageront en septembre à Cancun (Mexique) au sein de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). « A aucun moment, le découplage total n’est présenté comme une exigence à Cancun », a rétorqué Hervé Gaymard, en référence aux modalités proposées par l’OMC pour les pourparlers mexicains.

L’annonce par la ministre allemande, Renate Kuenast, d’une rencontre avec M. Gaymard à Berlin le 10 juin a éveillé les spéculations sur un éventuel projet de compromis franco-allemand, comparable à celui qui avait débloqué en octobre 2002 les discussions des Quinze sur le financement de la PAC dans l’UE élargie. Mais le ministre français a minimisé la portée de cette réunion, à la veille du rendez-vous de Luxembourg, en la replaçant dans le cadre plus large des conseils des ministres bilatéraux mis en place sur base semestrielle par Paris et Berlin.

Il a en outre affirmé vouloir s’en tenir au « monopole » de la Commission en matière de propositions alternatives. Une dizaine d’Etats membres emmenés par Paris et Madrid sont opposés ou réservés à l’égard du découplage total des aides.

Plusieurs pays, notamment l’Espagne et l’Allemagne, proposent un découplage « partiel » qui, soit épargnerait certaines productions, soit s’appliquerait à toutes mais dans une proportion variable. Mais M. Fischler s’est opposé jusqu’ici à de tels scénarios.

La présidence grecque a affiché l’intention lundi de « tirer profit » de l’avis attendu début juin du Parlement européen « afin de proposer un compromis à Luxembourg ». La commission agricole du PE s’est prononcée la semaine passée pour un découplage limité aux cultures arables et à la production bovine mâle.

Source : AFP

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