L’UE met George Bush au défi de réformer sa politique agricole

Bruxelles (Belgique), 7 juillet 2005 – L’Union européenne a mis George Bush au défi de réformer sa politique agricole de manière aussi radicale qu’elle l’a fait afin de supprimer les aides nuisibles.

Le président américain a suscité une certaine perplexité à Bruxelles en déclarant lors du sommet du G-8 à Gleneagles, en Ecosse, vouloir oeuvrer, avec l’Union européenne, à la suppression des subventions agricoles avant la fin de 2010.

« Nous voulons travailler avec l’UE pour débarrasser nos pays respectifs des subventions agricoles », a-t-il dit. « J’espère que, d’ici 2010, le cycle de Doha (dans le cadre de l’Organisation mondiale du commerce) atteindra cet objectif ».

Que veut-il dire exactement?

Il existe bel en bien un accord de principe entre Américains et Européens pour supprimer les subventions à l’exportation de produits agricoles à un horizon indéterminé et le commissaire européen au Commerce, Peter Mandelson, l’a rappelé.

« Je salue cet engagement de travailler à l’élimination des subventions à l’exportation dans l’agriculture », a-t-il expliqué à Londres en évoquant également « les autres politiques et les autres comportement qui perturbent le commerce ».

Sa porte-parole, Claude Véron-Reville, a estimé que la date de 2010 n’était toutefois « pas crédible » ce qui exclut que cette date-butoir figure dans le communiqué final de Gleneagles comme le souhaitait l’hôte du sommet, le Royaume-Uni.

L’UE veut également que « tout soit sur la table », y compris les crédits à l’exportation et l’aide alimentaire américains, qui sont utilisés par Washington pour conquérir des marchés.

Les bonnes et les mauvaises subventions
Mais la Commission a surtout rappelé que, contrairement à ce que George Bush laisse entendre – « mais il pourrait s’être emmêlé les pinceaux », dit-on à Bruxelles -, il n’est pas question de supprimer toutes les subventions agricoles, mais uniquement celles qui perturbent le commerce mondial.

L’UE estime avoir fait sa part du chemin.

« Nous sommes contents de voir que les Etats-Unis sont décidés à réformer leur agriculture », a déclaré Michael Mann, porte-parole de la commissaire chargé du dossier, Mariann Fischer-Boel. « Nos aides aux agriculteurs ne perturbent pas le commerce mondial. Je ne pense pas qu’il soit réaliste d’abolir toutes les subventions comme ça. »

En clair, les Européens, dont le budget agricole de 42 milliards d’euros par an est par ailleurs fixé jusqu’en 2013 aux termes d’un accord conclu en 2002, invitent les Etats-Unis à réformer leur politique agricole comme ils l’ont fait.

Or, si les récentes réformes de l’Europe verte ont eu pour effet de casser le lien entre les subventions et la production pour se concentrer sur les aides aux revenus, notamment pour une agriculture plus respectueuse de l’environnement, les Etats-Unis ont évolué selon la Commission dans un sens inverse.

Dans une étude de mars 2005 sur la politique agricole commune, l’institution fait remarquer que 30% – 24,3 milliards de dollars – du budget du Département américain de l’Agriculture en 2005 (94,9 milliards de dollars au total) vont aux mesures de soutien à la production, et non aux revenus.

Les agriculteurs américains sont ainsi isolés du marché, note la Commission, qui insiste sur la grande différence entre les mondes ruraux des deux côtés de l’Atlantique.

Il existe en effet 11 millions d’agriculteurs dans l’UE, contre deux millions aux Etats-Unis, où la superficie moyenne des exploitations (180 hectares) est dix fois supérieure à ce qu’elle est sur le Vieux Continent.

Source : Reuters

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