Un fossile de béluga datant de 10 000 ans découvert par une agricultrice

Montreal (Québec), 5 octobre 2001 – Un fossile de baleine blanche ou béluga, datant d’environ 10 000 ans, a été découvert au cours de l’été dans un champ à St-Félix-de-Valois, dans la région de Lanaudière.

Cette découverte fut faite par hasard par une productrice agricole qui venait de faire creuser un fossé dans un champ et qui fut intriguée par la présence de gros ossements que la « pépine » avait mis à nu durant les travaux. Alertée de la découverte, la Société de paléontologie du Québec (SPQ), dépêcha un groupe sur place pour juger de la découverte. Bien qu’une section de la colonne vertébrale fut sectionnée lors des travaux de drainage, la position d’ossements sur la paroi du fossé indiquait que la majeure partie du spécimen se trouvait sous terre.

La SPQ mandata l’archéologue Serge Lebel, professeur associé au Département des sciences de la Terre et de l’atmosphère de l’UQAM, pour entreprendre une fouille ouverte dans le champ, de façon à dégager le spécimen. Après plusieurs jours de travail, M. Lebel, assisté d’une équipe de bénévole de la SPQ, retira les restes fossilisés d’un spécimen de baleine blanche de 4,5 m de long dans un état de conservation remarquable.

Le cétacé, qui reposait sur de minces couches de sable déposées sur de l’argile, était enfoui à 1,5 m sous la surface du sol. Selon le chercheur, « de précieuses informations peuvent être révélées autant par la position du fossile que par l’interprétation de l’environnement dans lequel l’animal est trouvé ». La géologie du sol fut analysée par un professeur du même département, le géologue M. Gilbert Prichonnet, vice-doyen aux études à la Faculté des sciences de l’UQAM.

Mais comment expliquer la présence de ce mammifère marin, enfoui sous terre, dans Lanaudière? Parce qu’à la fin de la dernière période glacière qui a affecté le nord-est américain, la croûte terrestre, qui s’était enfoncée sous le poids de glaciers ayant atteints jusqu’à 1,5 km d’épaisseur, produisit une dépression qui permit à l’océan Atlantique d’envahir ces terres. Le lieu ou se trouve aujourd’hui Montréal et toutes les basses terres du Saint-Laurent, de l’Outaouais au Vermont, était alors immergé dans cette immense mer de plus de 50 000 km2 qui venait de voir le jour.

Cette mer, que l’on appelle mer de Champlain, connaissait des conditions océanographiques similaires à celles de l’actuelle Baie James. La température de l’eau devait varier entre 0 degrées et 8 degrées Celcius et l’environnement ressembler à celui d’un climat de l’arctique à cette époque. La mer de Champlain était habitée par une flore et une faune comme celle que l’on retrouve dans le golf du Saint-Laurent, environnement que les bélugas actuels fréquentent toujours.

Une telle découverte n’est pas unique. Au total, des restes de dix-sept bélugas de la mer de Champlain ont été dénombrés au cours des cent cinquante dernières années. Chaque spécimen n’en est cependant pas moins important. Quant au spécimen trouvé à St-Félix-de-Valois, il semble qu’il soit l’un des fossiles de baleine blanche les plus complet découvert à date.

La Société de paléontologie du Québec, détenteur du fossile, a entrepris la restauration du spécimen avec la collaboration du professeur Lebel. Cette tâche, qui se déroule à l’UQAM et qui prendra quelques mois, permettra de préparer le fossile en vue d’études ultérieures et d’une exposition du spécimen notamment au Complexe des sciences de l’UQAM au cours de l’automne 2001 ou de l’hiver 2002.

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