L’art de se faire conseiller

Publié dans Le Bulletin des agriculteurs d’octobre 2010

Les groupes conseils agricoles offrent des services très payants pour les entreprises agricoles. Encore faut-il les utiliser !
par Marie-Josée Parent, agronome

François Boilard n’était pas encore producteur agricole qu’il était déjà membre d’un groupe conseil agricole. C’est qu’à l’époque, en 1993, il voulait mettre toutes les chances de son côté pour faire accepter son projet d’achat de ferme. Il n’avait que 19 ans et était encore aux études, soit entre sa première et sa deuxième année de formation en Gestion et exploitation des entreprises agricoles (GEEA) au Cégep de Lévis-Lauzon. De surcroît, ses parents n’étaient pas producteurs euxmêmes.

« Mon objectif était de faire l’analyse du dossier et de terminer mon plan d’affaires », raconte celui qui est devenu président de la Fédération des groupes conseils agricoles le printemps dernier. « Dans le temps, ça coûtait tout près de 1000 $ pour devenir membre. Je me suis dit que c’était bien peu sur le coût total d’achat d’une ferme. » La transaction a été officialisée le 1er août 1993. François Boilard avait réussi l’exploit d’accumuler 25 000 $ pour la mise de fonds, mais, même à l’époque, ce n’était pas suffisant. Avec l’aide de ses parents et un prêt, il a acheté une petite ferme laitière de 25 vaches pour 450 000 $ à Sainte-Croix, dans Lotbinière. L’entreprise porte le nom de ferme Franlie.

Bien sûr, le groupe conseil offre un service individuel, mais selon François Boilard, la force du groupe est encore plus importante : « Un conseiller m’avait dit : “C’est en échangeant avec les autres membres que tu vas retirer le plus de bénéfices pour ta ferme.” ».

Plusieurs avantages à adhérer

Fils de producteurs agricoles, Frédérick Alary n’a pas eu à faire le choix de joindre un groupe de conseil agricole après sa formation en GEEA au Collège Macdonald. La ferme Raymond Alary et fils, qu’il a intégrée en 2000, était membre d’un groupe depuis plus de 15 ans déjà. En plus de Frédérick, l’entreprise de 75 vaches localisée à Sainte-Sophie, dans les Laurentides, compte cinq autres actionnaires : le père de Frédérick, Serge, ses soeurs Caroline et Anne-Marie, ainsi que son oncle Ronald et son cousin Gabriel.

L’adhésion au Groupe conseil agricole Lanaudière (GCAL) a eu lieu lorsque le grand-père de Frédérick, Raymond, a voulu former une compagnie avec ses trois fils. « Ils voulaient avoir une analyse globale de l’entreprise », raconte Frédérick. L’affiliation s’est avérée bénéfique et l’entreprise a continué de mettre à profit les services du groupe. Après neuf ans sur le conseil d’administration du GCAL, dont six ans à titre de président, Frédérick Alary vient de rejoindre le conseil d’administration de la fédération le printemps dernier.

Que ce soit pour l’achat de terres, le saut vers l’agriculture biologique dans les années 1990 ou encore la construction de la fromagerie en 2003, la famille a bénéficié de conseils en gestion : tout changement majeur ou mineur à la ferme peut être évalué par un conseiller.

En 1997, les champs étaient certifiés bio et en 1999, c’était le troupeau qui le devenait. Ce changement s’inscrivait dans le projet d’intégration de la relève. Les Fromagiers de la Table Ronde sont aujourd’hui reconnus, notamment pour les fromages le Rassembleu et le Fou du Roy. C’était une occasion de prendre de l’expansion sans achat de terre. « Nous avons fait faire un plan d’affaires par notre conseiller en gestion et nous avons évalué le retour sur l’investissement », explique Frédérick. La participation dans un groupe conseil, c’est beaucoup plus que de l’aide ponctuel, croit-il.

Services diversifiés en gestion
Qu’est-ce que ça apporte d’être membre d’un groupe conseil en 2010 ? « Premièrement, on a une bonne idée de l’évolution de l’entreprise, répond Frédérick Alary. Deuxièmement, ça nous permet de cibler nos forces et nos faiblesses. On peut ensuite prendre de meilleures décisions d’affaires. »

Les groupes conseils offrent différents services touchant la gestion de l’entreprise : la clarification des objectifs, le transfert, l’achat, la vente de la ferme ou le départ à la retraite, le bilan de la situation, l’estimation des coûts de production, la production du budget, la préparation de la demande d’emprunt et même l’expansion de l’entreprise. L’aide peut être apportée individuellement ou en groupe.

« Quelques mois avant la fin de l’année, je simule une fermeture d’année avec mon conseiller en gestion, explique François Boilard. Je peux ainsi voir le fiscaliste et prendre des décisions financières en conséquence. Si mon revenu est plus élevé que prévu, je peux devancer les achats d’intrants de l’année prochaine avec l’objectif de payer moins d’impôts. »

L’analyse de groupe
« On ne retrouve pas ça ailleurs, c’est la force des groupes conseils », explique Frédérick Alary à propos de l’analyse de groupe. Le gestionnaire reçoit un rapport qui lui permet de comparer les résultats techniques et économiques de son entreprise avec ceux des autres producteurs de sa région et de la province, par secteur de production. Ainsi, les fermes laitières sont comparées entre elles et il en est de même pour les fermes ovines, de grandes cultures ou maraîchères.

Les résultats confidentiels de la ferme sont comparés avec la moyenne de l’ensemble des producteurs de son secteur ou encore la moyenne du groupe de tête, c’est-à-dire les meilleurs. Le rapport permet au producteur de cibler ses points forts et ses points faibles. Le partage avec les autres membres du groupe lui permet de trouver des idées pour s’améliorer et être encore plus productif.

Depuis de nombreuses années, François Boilard est dans le groupe de tête. Malgré tout, il analyse son rapport et trouve encore des points à améliorer. En discutant avec un autre producteur de son groupe conseil, il s’est rendu compte qu’un changement dans son alimentation pourrait lui faire économiser encore plus.

« Avec un investissement de 3500 $ en services-conseils (le coût payé par année par sa ferme pour faire partie du GCA Lotbinière Nord), je sauve 1 $ par jour d’alimentation par vache. À la fin de l’année, j’ai économisé 22 000 $ ! (1 $ X 60 vaches X 365 jours = 21 900 $) » C’est 18 500 $ de plus dans les poches du producteur pour une seule modification !

« La base des GCA, c’est l’analyse de groupe, explique François Boilard. C’est là que le travail du conseiller peut être payant. » Malheureusement, la formule de groupe est mal vendue par les conseillers euxmêmes, déplore François Boilard qui espère, à titre de président de la fédération, apporter des changements dans la promotion de l’offre de services. Ainsi, peutêtre que le nombre de 2000 agriculteurs participants pourra augmenter.

Description des photos
Les photos sont publiées dans le magazine imprimé
1. Une saine gestion permet de prendre des vacances en famille, comme ce fut le cas l’été dernier pour François Boilard et ses deux enfants, Louis- Alexandre, 9 ans, et Ann-Sophie, 11 ans.
2. Spécialisé en grandes cultures, Frédérick Alary vante les mérites du partage de machineries agricoles. Avec trois autres producteurs, il partage les services d’un épandeur à fumier solide. Dans un autre groupe réunissant dix entreprises, il partage un chisel et un épandeur.

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