La ferme télécommandée

Publié dans Le Bulletin des agriculteurs de septembre 2010

Grâce à la magie d’Internet et des téléphones intelligents, plus besoin d’être sur place pour gérer sa ferme !
par André Dumont

Assis dans le lobby d’un hôtel de la République Dominicaine, Guillaume Daoust fait glisser ses doigts sur son iPod Touch. Le voilà en train de surveiller ses robots de traite et laisser des messages sur l’ordinateur de la ferme, 2500 km plus loin…

À 27 ans, Guillaume Daoust fait partie d’une génération de producteurs pour qui l’agriculture, la technologie de pointe et les loisirs font partie du quotidien. Avec son frère Martin, 31 ans, il exploite un troupeau d’environ 80 vaches en lactation à Saint-André-d’Argenteuil.

Depuis le printemps dernier, Guillaume et Martin font traire leurs vaches par deux Roboléo, ces robots pour vaches attachées de conception québécoise. Ils ont aussi fait installer le robot d’alimentation DEC+ de Rovibec. Ces trois automates sont reliés à l’ordinateur de la ferme, auquel Guillaume a accès de n’importe quel endroit où un signal Wi-Fi lui permet de se brancher à Internet.

« Un jour, j’étais chez ma copine en train de regarder un film, raconte Guillaume. Ma mère était à l’étable et il fallait programmer le robot de traite pour qu’il reconnaisse une vache qui venait de vêler. En utilisant mon iPod, j’ai pris le contrôle de l’ordinateur de la ferme et je lui ai montré comment faire. »

Au Québec, rares sont les agriculteurs qui profitent des technologies disponibles pour suivre leur ferme sur un ordinateur portable ou un téléphone intelligent, pour prendre des décisions et télécommander des robots ou autres contrôles. Les possibilités sont pourtant nombreuses.

Des fabricants d’ici et d’ailleurs proposent de suivre et de contrôler à distance la ventilation, le chauffage et l’alimentation dans les bâtiments agricoles. Le volume de grain dans les silos et les taux d’humidité peuvent se lire en temps réel sur un appareil BlackBerry ou iPhone.

En production laitière, toutes les fonctions des robots de traite sont accessibles à distance. Dans le confort de sa maison, un producteur peut détecter une mammite en analysant les données de conductivité du lait, ou détecter une chaleur imminente et demander au robot de diriger la vache vers un autre enclos une fois sa prochaine traite terminée.

En France, la société Amélis fabrique un thermomètre vaginal qui informe le producteur de la température de l’animal deux fois par jour par un message textuel sur son cellulaire. À la rupture des eaux, le thermomètre est expulsé et le producteur est aussitôt prévenu que le vêlage a débuté.

Aux États-Unis, plusieurs entreprises proposent de l’information en temps réel sur les cours des grains, sous forme de courts textes ou graphiques envoyés sur un téléphone intelligent. En mai dernier, l’Alberta Canola Producers Commission a lancé une version mobile de son site Internet permettant à ses membres de suivre sur leur téléphone intelligent le prix des contrats à terme de canola, qu’ils soient au champ, à la maison ou à l’étable.

Volaille et porc
En agriculture comme dans tous les autres domaines, les entrepreneurs les plus performants sont ceux qui ont accès à la meilleure information pour prendre des décisions. Les ingénieurs de Thevco Électronique ont bien compris cela.

L’entreprise de Saint-Hubert, sur la Rive-Sud de Montréal, se spécialise dans l’installation de contrôles dans les bâtiments d’élevage et dans le traitement de l’information générée. Des modules sont disponibles entre autres pour la ventilation, l’éclairage, le chauffage, l’alimentation et le poids des animaux.

Tous les modules installés sur le site d’une ferme avicole ou porcine sont reliés à la A-Box, un panneau ordinateur qui traite l’information et la rend disponible au producteur via Internet. À partir de n’importe quel ordinateur relié au Web, le producteur peut suivre sa ferme en direct, diagnostiquer un problème et analyser, par exemple, la courbe de croissance de ses poulets.

« Un producteur peut savoir la quantité de moulée que les poulets ont mangée, combien il en reste dans le silo et quelle est l’uniformité de poids dans son lot », illustre Sébastien Dion, représentant commercial chez E2E Résolution, une division de Thevco. Les systèmes peuvent signaler immédiatement une baisse de consommation d’aliments ou d’eau et aider à prévenir un retard de croissance ou le développement d’une maladie.

Avec des cycles d’aussi peu que 35 jours, les producteurs avicoles doivent pouvoir réagir vite si un problème survient, explique Sébastien Dion. « Au lieu d’attendre à la fin du lot et d’essayer de comprendre ce qui s’est passé, le producteur peut être proactif et prévenir une situation qui pourrait lui faire perdre de l’argent. »

Chez Thevco, les clients n’ont plus à mettre à jour leurs logiciels. L’interface se présente sous forme d’un site Internet. Cela permet aux ingénieurs de Thevco d’améliorer continuellement l’interface et d’aider à distance les producteurs à mieux utiliser les données, les rapports et les graphiques.

De la Beauce aux Pays-Bas L’accès à distance ne facilite pas la tâche qu’aux producteurs. La ferme Labbé, à Saint-Odilon en Beauce, comptera d’ici peu sept robots de traite Lely. Grâce au logiciel TeamViewer, le nutritionniste de La Coop fédérée, Philippe Couture, a accès en direct aux données générées par le logiciel T4C de Lely sur l’ordinateur de la ferme. En suivant la production de lait à distance, il peut formuler des recommandations pour l’alimentation.

Guillaume Peters, représentant Lely pour l’Est du Canada, se branche régulièrement sur l’ordinateur de la ferme Labbé pour offrir de la formation à des vétérinaires ou à des détaillants Lely.

Quand un problème technique complexe est survenu avec les robots, c’est directement depuis les Pays-Bas qu’il fut résolu. « En raison du décalage horaire, ils ont accédé à mon ordinateur pendant la nuit, raconte Louis Labbé. Le lendemain matin, tout était réglé. »

Tous les soirs, à la maison, Louis Labbé se branche sur Internet pour voir si une vache requiert une attention spéciale. « Je pourrais être au Mexique et me connecter sur ma ferme. Mais aujourd’hui, les robots ne me rendent plus du tout nerveux. Quand je prends des vacances, c’est pour décrocher complètement », dit celui qui exploite la ferme familiale avec son frère Charles et son père Étienne.

Pour sa part, Guillaume Daoust reconnaît que surveiller ses deux robots depuis la République Dominicaine relevait plus du divertissement que du travail. N’empêche, toutes ces technologies ajoutent du plaisir et une certaine liberté au métier de producteur laitier.

« Nous avons du plaisir à venir à l’étable, mais nous ne voulons pas y passer notre vie, dit son frère Martin. Nous sommes deux sportifs et nous voulons avoir du temps pour les loisirs et pour élever une famille. »

Encadré : L’Europe branchée
Les agriculteurs européens ont une longueur d’avance sur l’utilisation des téléphones cellulaires. Le producteur de lait Ole Lind, du Danemark, utilise le sien pour recevoir des alertes de ses robots de traite DeLaval. D’autres se servent du téléphone pour suivre la production de leurs éoliennes. En Allemagne, c’est le GPS du téléphone qui mesure les superficies en cultures pour les transmettre aux autorités de l’Union européenne. Ceux-ci distribuent les subventions.

Description des photos
Les photos sont publiées dans le magazine imprimé
1. BlackBerry, iPhone et autres téléphones intelligents seront de plus en plus utiles en agriculture, à la ferme comme à l’extérieur.
2. Guillaume et Martin Daoust ont décidé de robotiser au maximum leur ferme laitière, afin de consacrer plus de temps à la gestion… et aux loisirs !
3. Sur son baladeur iPhone Touch, Guillaume Daoust peut suivre la performance de chacune de ses vaches. La ferme est équipée d’un routeur sans fil et d’un amplificateur de signal.

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