2013…une année à l’image de 2012?!

Jean-Philippe Boucher agr., MBA
Jean-Philippe Boucher agr., MBA

En apparence, on peut avoir le sentiment que 2013 s’apparente à 2012. Je m’explique…

Si vous vous rappelez l’an dernier, tout au long de l’hiver et éventuellement du printemps, certains éléments nous suggéraient que nous devions nous attendre à un recul important des prix pour l’automne.  Principalement, c’était surtout les semis américains qui s’étaient remarquablement bien déroulés, avec d’importantes superficies ensemencées, qui se voulaient menaçantes. À tel point en fait que nombre d’analystes n’avaient de mot que pour un retour à la bourse du maïs à 4-4,50 $US/boisseau (157,5-177 $US/TM) et du soya à 12-12,50 $US/boisseau (441-459 $US/TM). Comme on le sait aujourd’hui, il semble que Dame Nature en ait cependant décidée autrement.

Frappant de plein fouet à l’été le Midwest et les Prairies américaines d’une sècheresse comme on en voit rarement, les prix ont alors littéralement explosé en quelques semaines pendant l’été, permettant au prix du maïs d’atteindre un niveau record de tous les temps à plus de 8,45 $US/boisseau.

Comment maintenant ne pas faire un parallèle avec cette année, alors que déjà s’annoncent encore une fois des récoltes exceptionnelles aux États-Unis et que, par la force des choses, les « prophètes » d’une chute des prix descendent à nouveau dans la rue?

Et pour ceux qui ont manqué le bateau l’année dernière, la tentation est certainement encore plus forte de faire le lien avec ce qui se passe cette année :

« Je me suis fait pincer une fois, ce ne sera pas deux fois!! »

que j’en entends certain me dire ici…

Le hic, c’est que la situation n’est pas la même malgré les parallèles qu’on peut faire entre 2012 et 2013 :

  • Les inventaires de grains, plus particulièrement aux États-Unis, sont beaucoup plus serrés cette année qu’ils ne l’étaient en 2012.
  • L’an dernier, on savait déjà à ce moment-ci que l’Amérique du Sud avait été touchée par une sècheresse. Il était donc encore plus important que les cultures américaines performent. Cette année, jusqu’à présent, c’est à quelque virgule près le contraire qu’il est en train de ce produit avec des récoltes sud-américaines très intéressantes (surtout le Brésil). Reste à voir maintenant pour les États-Unis…

S’il y a donc un vraiment un parallèle à établir entre 2012 et 2013,  c’est surtout qu’encore une fois, ça passe ou ça casse. Sauf que cette fois-ci, les perspectives de prix s’annoncent encore plus extrêmes. Soit que :

  • Suivant de bonnes récoltes sud-américaines, celles aux États-Unis leur emboîtent le pas dans les prochains mois. Les acheteurs de grains auront donc seulement quelques mois difficiles cet été avant de tomber dans l’abondance. Nul besoin de dire ici que suivant ce scénario, il ne serait certainement pas impossible de retrouver alors par exemple du maïs à moins de 200 $ la tonne à l’automne prochain.
  • Les producteurs américains seront confrontés encore cette année à de mauvaises conditions, voire très mauvaises. Malgré de bonnes récoltes sud-américaines, avec les inventaires déjà serrés aux États-Unis, il ne fait aucun doute que les prix s’emballeront alors vers de nouveaux sommets; les acheteurs et consommateurs de grains n’ayant d’autres choix que de rivaliser par le prix pour assurer leur approvisionnement 2013-14.

Présentement, les probabilités jouent en faveur du 1er scénario, ce qui laisse poindre à l’horizon des jours plus difficiles pour les producteurs de grandes cultures. C’est également l’hypothèse que semblent suggérer les prix à la bourse, quand on sait entre autres qu’ils sont beaucoup plus élevés présentement qu’ils ne le sont pour la prochaine récolte.

Ceux qui sont tentés de faire des liens entre 2012 et 2013 n’ont cependant pas nécessairement tort. Par contre, il faut garder à l’esprit que la sècheresse de 2012 reste un évènement extrême et unique qu’on observe rarement.

L’idée d’attendre davantage avant de vendre en espérant faire un bon coup, car 2013 est comme 2012, est un pari très risqué. Et ceux qui attendent de vendre en pensant qu’ils ne se feront pas pincer 2 années de suite pourraient en fait être en train de faire tout le contraire. Bien sûr, rien n’empêche que les récoltes américaines pourraient être encore mauvaises cette année. Mais à défaut de pouvoir prévoir, aussi bien prévenir.

 

 

à propos de l'auteur

Collaborateur

Jean-Philippe Boucher

Jean-Philippe Boucher est agronome, M.B.A., consultant en commercialisation des grains et fondateur du site Internet Grainwiz. De plus, il rédige sa chronique mensuelle Marché des grains dans le magazine Le Bulletin des agriculteurs.

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