Entreposer, oui mais…

Jean-Philippe Boucher agr., MBA jpboucher@live.ca
Jean-Philippe Boucher agr., MBA [email protected]

Dernièrement, j’ai eu plusieurs discussions très intéressantes sur le fait d’entreposer ou non son maïs cette année. Ceux qui me connaissent savent que je ne suis pas un grand amateur de « canner » sa récolte. Non pas que je crois que ce soit toujours une mauvaise décision. Je trouve en fait que des silos sont d’excellents « outils » essentiels pour de nombreuses raisons, surtout quand vient le temps de parler de stratégies de mise en marché. Seulement, je n’aime tout simplement pas cette habitude que nous avons au Québec d’y recourir naturellement sans trop réfléchir nécessairement quand les prix ne font pas notre affaire.  Réfléchir à quoi?

Et bien tout d’abord aux raisons qui font que les prix sont bas, mais aussi à celles qui pourraient faire en sorte que ce sera différent dans quelques mois; que ce sera finalement « vraiment » payant d’avoir entreposé ou non.

Ensuite, aux autres manières de procéder pour profiter de meilleurs prix. Oui l’entreposage peut être une façon de faire, mais il en existe d’autres : vendre à l’avance, livrer à un acheteur son grain et laisser sa base ou son contrat à terme ouvert, prendre des « assurances » ou se « protéger » à la bourse sont quelques exemples. L’important ici finalement, c’est de faire le tour du jardin avant de décider qu’entreposer représente « la meilleure » option pour mettre en marché ses grains ou non.

Enfin, d’expérience, tout ce que je viens de vous dire ne tient pas non plus la route si on n’a pas un plan bien précis en tête :

  • J’entrepose parce que mon objectif est de vendre à 200 $ ou 250 $ la tonne ET que selon ma lecture et mon interprétation de la situation, on devrait atteindre ce niveau par exemple en février prochain.
  • J’entrepose parce que mon plan de match est de toujours vendre à chaque mois une quantité X au meilleur prix possible pour me faire une moyenne annuelle.
  • J’entrepose parce que mon coût de production est de 200 $ la tonne et que, comme objectif cette année, je me suis dit qu’il fallait que je commence mes ventes lorsque le prix aura atteint ce niveau. Ensuite, chaque fois qu’il prendra 10 % de plus, j’en vendrai encore x tonnes. S’il n’atteint pas 200 $ la tonne avant la fin du mois de mai prochain, je commence malgré tout à vendre x quantité par mois au meilleur prix possible.

Bref, ici, l’important c’est de savoir qu’en entreposant, j’ai quand même autre chose en tête que de simplement « attendre » que les prix montent. Sinon, le danger qui guette, c’est que lorsque les prix se mettront à grimper ou baisser, les émotions prennent le dessus sur de bonnes décisions de vente. Faute de planification, on finit souvent aussi par être forcé de faire des ventes au mauvais moment simplement parce qu’on a besoin de liquidité.

Cette année, je sais qu’entreposer sera certainement très populaire pour les producteurs. C’est ce que j’entends d’ailleurs pratiquement à tous les jours présentement. Surtout aussi que depuis 2-3 ans, entreposer aura été payant et que plusieurs auront profité de ces bonnes années pour se construire davantage de silos. Cependant, j’estime qu’une bonne réflexion s’impose à ce sujet.

Mes propos ici ne visent pas à vous dire que d’entreposer ou non du grain cette année sera une bonne ou une mauvaise décision. Seulement, il faut bien faire attention à ce que cette décision soit prise sur de bonnes bases, et non par simple réflexe de simplement dire que les prix ne nous conviennent pas et que, pour cette raison, il vaut mieux attendre de meilleurs jours.

à propos de l'auteur

Collaborateur

Jean-Philippe Boucher

Jean-Philippe Boucher est agronome, M.B.A., consultant en commercialisation des grains et fondateur du site Internet Grainwiz. De plus, il rédige sa chronique mensuelle Marché des grains dans le magazine Le Bulletin des agriculteurs.

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