Ça sent le maïs qui chauffe!!!

Jean-Philippe Boucher agr., MBA jpboucher@live.ca

Jean-Philippe Boucher agr., MBA [email protected]

Au cours des dernières semaines, j’ai eu le plaisir de donner de nombreuses conférences partout au Québec, du Lac-Saint-Jean jusqu’en Outaouais. Généralement, on me demande pour ces occasions de faire un survol des marchés :

« Qu’est ce qui se passe dans le maïs? Qu’en est-il dans le soya… et le blé? Est-ce qu’il y a des opportunités à ne pas manquer? Des choses à surveiller de près et à ne pas perdre de vue? »

Et, bien sûr, l’éternelle question : « Est-ce que je devrais vendre ou attendre encore? »

Comme je le dis toujours, je n’ai malheureusement pas de boule de cristal. Et cette année en est une particulièrement difficile à prévoir, car on a autant de raisons d’espérer des prix records, que de s’inquiéter qu’ils s’effondrent. J’ai même lu un article d’une firme d’analyse qui voit le prix du maïs retourner à 4$US le boisseau (157,5 $US la tonne). C’est un méchant un recul par rapport au niveau record de plus de 300$ la tonne de l’été et même l’automne dernier.

Nous sommes donc vraiment, et j’y mets ici beaucoup d’emphase… VRAIMENT, dans une année à double tranchant, et c’est une année très risquée pour celui qui mise gros sur des prix qui retourneraient là où ils étaient il y a encore quelques mois. Je ne dis pas par contre qu’ils ne le feront pas; seulement… prudence!

Mais alors, qu’est-ce qu’on peut bien y faire?  Tout vendre et manquer le bateau… si bateau il y a? Attendre et espérer que sa tourne dans le bon sens? Jouer à l’autruche?

Ceux qui sont les plus ferrés dans la mise en marché de leurs grains savent probablement déjà où je veux en venir.

La réalité est qu’il existe de nombreux outils pour réduire votre risque et mieux le gérer. À titre d’exemple, j’ai rencontré certains producteurs qui ont déjà « couvert » grâce à la bourse leur prix de vente minimum pour l’automne prochain. Autrement dit, advienne ce qu’il pourra, si les prix chutent, ils sont quand même certains qu’ils obtiendront un prix qui leur convient; surtout dans les circonstances. Et la beauté de cette histoire, vous savez quoi? C’est que si les prix grimpent, ils pourront également bénéficier quand même de l’occasion pour engranger eux aussi des profits.

Pour ceux qui ne sont pas chaud chaud à l’idée de « jouer » à la bourse, plusieurs acheteurs de grains offrent aussi des manières très intéressantes de protéger vos prix à l’aide de contrat adapté à ce genre de situation. Il suffit de lâcher un coup de fil et d’en parler à votre négociant.

Enfin, il y a toujours l’idée que de simplement répartir ses ventes (répartir son risque finalement…) reste toujours une meilleure approche que de miser le tout pour le tout, spécialement cette année. Et en ce sens, il faudrait peut-être bien ne pas être trop fermé à l’idée de déjà  jeter un œil sur les prix de la prochaine récolte.

Je sais que ce n’est cependant pas un exercice facile, surtout lorsqu’on constate par exemple qu’il y a une différence de près de 1,50 $US le boisseau (59 $US la tonne) entre le prix qu’on a à la bourse présentement pour du maïs et celui de la prochaine récolte. Mais dites-vous que si cette différence importante existe, c’est qu’il y a une raison qui donne à croire au marché que justement… les prix seront probablement moins bons à l’automne prochain.

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Tout comme moi, les marchés ne sont pas dans le secret des dieux et ne peuvent prévoir vraiment où seront les prix dans quelques mois. Mais ce qu’ils vous disent par contre, c’est qu’il y a comme une odeur de « maïs chauffé » dans l’air…

Alors à défaut de pouvoir prévoir, aussi bien faire en sorte de ne pas se faire prendre les culottes baissées.

 

à propos de l'auteur

Collaborateur

Jean-Philippe Boucher

Jean-Philippe Boucher est agronome, M.B.A., consultant en commercialisation des grains et fondateur du site Internet Grainwiz. De plus, il rédige sa chronique mensuelle Marché des grains dans le magazine Le Bulletin des agriculteurs.

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