Changement de cap pour les prix des grains?

Jean-Philippe Boucher agr., MBA [email protected]

La récolte tire déjà à sa fin et côté marché des grains, les effets commencent à se faire sentir.

Comme j’en ai fait mention dans mon dernier billet (Prix des grains: un retour à la hausse à prévoir pour les prochains mois?), l’idée que les creux saisonniers liés à la récolte sont maintenant bel et bien en place fait son chemin. En principe, nous devrions donc observer dans les prochaines semaines/mois un retour progressif à la hausse des prix des grains. C’est ce que les tendances et les statistiques historiques laissent d’ailleurs entendre.

Contextuellement, on sait aussi que si les récoltes ont été bonnes au Québec, ce n’aura certainement pas été le cas chez nos voisins du sud, les États-Unis. En fait, même si de meilleurs rendements ont été enregistrés par certains producteurs américains, dans l’ensemble le résultat reste le même : du maïs et du soya qui risquent fort d’être difficiles à trouver pour les acheteurs dans les prochains mois, spécialement en fin de saison l’été prochain.

Malgré tout, les marchés financiers étant ce qu’ils sont, c’est à dire très volatile et imprévisibles, on ne peut dire qu’on n’assistera pas pour autant à un recul des prix. Mais sur le fond, si l’on considère bêtement l’idée qu’une baisse des prix ne peut que faire augmenter la demande de grains, il sera très difficile pour les prix de s’affaiblir sans aggraver le problème d’un manque à gagner de grains.

Par contre, il faut aussi prendre en compte certains éléments qui pourraient rapidement freiner un éventuel engouement des marchés vers de nouveaux sommets historiques, à commencer par ce qu’il se passe en Amérique du Sud.

Rappelons qu’ensemble, l’Argentine et le Brésil récoltent respectivement 10% et 46% de la production mondiale de maïs et soya. Ils en sont également les responsables de 26% et 47,5% des exportations de maïs et soya dans le monde. Difficile donc d’ignorer le fait qu’en ce moment, les producteurs sud-américains s’affèrent déjà à produire d’importantes quantités de maïs et soya qui seront, si Dame Nature le veut bien, récolté à partir de la fin-février/mars prochain.

Ensuite, il y a aussi l’éternelle question à savoir si les consommateurs auront bel et bien ralenti leur consommation en raison des prix élevés des derniers mois. A priori, on sait déjà que c’est le cas dans le maïs, mais pas vraiment dans le soya. Le fait est cependant qu’année après année, c’est à partir du début d’année suivant la récolte que les vrais chiffres commencent à faire surface, soit janvier puis février. On pourrait donc assister à un changement du contexte d’offre et demande qui mettrait en évidence une plus grande disponibilité de grains que ce que les derniers estimés ont affirmé jusqu’ici.

Comme toujours, il reste donc difficile d’établir avec certitude la direction que prendront les prix dans les prochains mois. En principe, tout porte à croire qu’on devrait assister à une hausse de leur valeur. Par contre, certains facteurs pourraient rapidement y mettre un frein. Je vous laisse cependant avec 2 graphiques qui illustrent je crois assez bien la tendance que suivent les prix du maïs et soya depuis quelques années. On constate entres autres qu’à moins d’un changement de contexte majeur, sur le fond, on peut difficilement croire pour l’instant que nous connaîtrons de mauvais mois… tout au moins jusqu’à ce qu’on en sache un peu plus sur la prochaine année récolte aux États-Unis.

 

 

 

 

** Selon le graphique en continu du maïs à la bourse, on observe une tendance haussière de fond bien distinct qui établit un « plancher » à plus de 6-6,50 $US/boisseau (236 à 256 $US/TM). Côté soya à la bourse, même phénomène de tendance de fond haussière avec un « plancher » dans ce cas-ci à 12-12,5 $US/boisseau (441 à 459 $US/TM). Mentionnons cependant au passage que le fait qu’il y ait des « planchers » bien définis ne signifie pas pour autant que les prix ne baisseront pas sous ces niveaux. Seulement, que s’ils le font, c’est que nous serons alors dans un contexte de marché beaucoup moins positif et plus inquiétant!

à propos de l'auteur

Collaborateur

Jean-Philippe Boucher

Jean-Philippe Boucher est agronome, M.B.A., consultant en commercialisation des grains et fondateur du site Internet Grainwiz. De plus, il rédige sa chronique mensuelle Marché des grains dans le magazine Le Bulletin des agriculteurs.

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