Le prix du soya en pleine ébullition!

Le département de l’Agriculture des États-Unis (USDA) a présenté son rapport mensuel très attendu ce matin. Je pourrais certainement vous en dresser le portrait et tenter de faire quelques projections, surtout avec tout ce qu’il se passe du côté du soya. Mais parfois une image vaut mille mots…

Ce graphique que je vous présente peut sembler compliqué à priori. Mais, vous allez voir, il ne l’est pas tant que ça…

Premièrement, bien évidemment, les deux lignes que vous voyez représentent la valeur mensuelle moyenne du soya depuis janvier 2011 pour livraison immédiate (prix spot) et pour livraison récolte (prix récolte). Ensuite, en dessous du graphique, vous avez simplement le ratio d’inventaire/consommation de soya dans le monde et pour les États-Unis mise à jour à chaque mois selon les nouvelles prévisions du USDA. Pour les néophytes… qu’est-ce que ce ratio et ce qu’il vaut dire?

Le ratio inventaire/consommation est ce qu’il dit qu’il est, c’est-à-dire qu’il consiste à prendre le niveau des inventaires de fin d’année prévu et de le diviser par la consommation projetée. L’intérêt d’utiliser ce ratio est de remettre les inventaires prévus dans leur contexte en tenant compte de la consommation. Autrement dit, on peut constater que les inventaires sont très serrés ou importants, mais si l’on ne considère pas la consommation prévue, le fait qu’ils soient serrés ou importants ne veut en fait pas dire grand-chose. Par exemple, si on prévoit avoir une réserve très importante de maïs, on pourrait alors croire à priori qu’on n’a pas à s’inquiéter de savoir si on va en manquer ou non. Sauf que comme on le sait, la réalité, c’est que si la consommation est importante aussi, on ne peut pas alors dire vraiment que la situation est aussi confortable qu’on voudrait bien le croire. C’est ce que le ratio inventaire/consommation nous permet de rapidement savoir. Ainsi, plus le % de ce ratio est faible et plus il y a de quoi être nerveux, plus il est élevé et plus il y a de quoi rester l’esprit tranquille.

Maintenant, si on revient à notre fameux graphique de départ, qu’est-ce que l’on constate?

Et bien on peut voir finalement qu’il semble y avoir un lien assez étroit entre une hausse des prix et un ratio inventaire/consommation plus faible (zone rouge) versus une baisse de prix et un ratio plus élevé (zone verte).

Sachant cette information, il devient beaucoup plus simple de comprendre ce qu’il s’est passé depuis le début de 2012 pour que le prix du soya bondisse de manière aussi impressionnante. Comme l’illustre notre graphique, à la fin 2011 et au 2012, les marchés avaient dans l’idée qu’il y avait beaucoup de soya de disponible dans le monde. Puis avec la sècheresse qui a eu lieu en Amérique du Sud, on peut constater que cette confortable disponibilité aura rapidement fondu à vu d’œil depuis janvier tant et si bien qu’aujourd’hui, le ratio inventaire/consommation du soya dans le monde se révèle même plus serré qu’au début de 2011, lorsque le prix du soya à la bourse dépassait 500 $US la tonne.

Est-ce donc dire que le prix du soya devrait retourner au-dessus de 500 $US la tonne à la bourse (+ de 13,60 $US le boisseau) dans les prochaines semaines? Très possible puisque non seulement la disponibilité de soya dans le monde se révèle plus inquiétante que prévue, mais les marchés s’inquiètent aussi beaucoup de l’idée qu’il ne s’en sèmera peut-être pas assez ce printemps aux États-Unis. Rappelons que selon les prévisions actuelles, les intentions des producteurs américains seraient de semer surtout une superficie exceptionnelle de 94-95 millions d’acres de maïs.

Par contre, il faut quand même rester prudent. La progression du soya a été assez incroyable depuis le début de 2012. En chiffre, on parle tout simplement d’un bond de plus de 92 $US la tonne à la bourse ce qui n’est pas peu dire et pourrait éventuellement inciter certains joueurs à prendre leur profit (les fameux spéculateurs…). Les consommateurs de soya, la Chine entre autres, pourraient aussi réduire leur consommation ce qui calmerait un peu le jeu.

Ensuite, il faut toujours garder à l’esprit que si le prix du soya à la bourse ne semble vouloir cesser de progresser, celui de la « base » au Québec ne semble vouloir pour sa part cesser de « baisser » aussi. De plus de 0,30 $CAN/boisseau (+ 11 $ la tonne) en décembre dernier, elle c’est effriter pour être aujourd’hui d’aussi peu que -0,55 $CAN/boisseau (- 20 $ la tonne).

Source: www.grainwiz.com

Ainsi, même si à la bourse l’objectif d’atteindre 500 $ la tonne semble aujourd’hui à porté de main, au Québec avec l’effet de la « base », la marche reste beaucoup plus haute. Ceci est d’autant plus vrai qu’en principe, plus le prix à la bourse du soya grimpera, plus celui de la « base » au Québec s’écrasera.

Considérant le contexte de marché à la bourse qui est très dynamique pour le soya, se fixer pour objectif de vendre à 500 $ la tonne n’est donc certainement pas une chose irréaliste. Mais de là à tout mettre nos œufs dans le même panier reste toujours une tout autre chose…

à propos de l'auteur

Collaborateur

Jean-Philippe Boucher

Jean-Philippe Boucher est agronome, M.B.A., consultant en commercialisation des grains et fondateur du site Internet Grainwiz. De plus, il rédige sa chronique mensuelle Marché des grains dans le magazine Le Bulletin des agriculteurs.

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