Le sentiment des marchés plus “optimiste” à l’égard des grains?!

Jean-Philippe Boucher agr., MBA

S’il y a 1-2 semaines la plupart des analystes et spécialistes (dont moi-même…) ne broyaient que du noir pour l’avenir des prix des grains, leur opinion commence sérieusement à changer… enfin tout au moins dans une perspective à « court terme », soit d’ici à ce que les semis américains soient réalisés. Pourquoi?

Sans faire la genèse de tous les facteurs qui « supporteraient » des prix des grains plus élevés, disons que maintenant que les marchés ont digéré les résultats négatifs qu’a présentés dans ses rapports le USDA le 12 janvier dernier, ceux-ci constatent qu’il y a encore toujours de quoi s’inquiéter sérieusement sur la disponibilité de grains aux États-Unis d’ici la prochaine récolte. En fait, ce qu’auront eu comme principale conséquence les problèmes des cultures en Amérique du Sud est justement d’initier ce processus de réflexion des marchés sur la vraie disponibilité de grains aux États-Unis. Et maintenant que les ventes à l’exportation de grains américains (surtout celles de maïs) semblent se raffermir, l’éventualité que les consommateurs de grains aux États-Unis soient dans l’obligation de se rabattre sur une maigre quittance dans les prochains mois leur donne quelques sueurs froides.

Et justement, parlons-en de ces consommateurs américains puisqu’ils commencent sérieusement à s’échauffer eux aussi.  En fait, si la valeur à la bourse du maïs a progressé de manière intéressante depuis deux semaines, celle de la « base » dans de nombreuses régions américaines frise pour sa part des niveaux exceptionnels pour cette période-ci de l’année. Selon ce que rapporte entre autres un article paru sur le site de Agrimoney (Firm cash corn price may be sign of US data errors) : + 1,00 $US/boisseau dans le Golf du Mexique et + 0,05 $US/boisseau dans le sud de l’Illinois versus -0,30 $US/boisseau en temps normal.

Qu’est-ce que laisse entendre cette situation particulière? Possiblement qu’après avoir défié à plusieurs reprises depuis le début de l’automne la perception des marchés en révélant des prévisions d’inventaires plus élevés et une demande moins bonne pour 2012, le USDA aurait tout simplement « forcé » la note un peu trop. C’est-à-dire qu’il aurait peut-être bien volontairement ou non fait en sorte de surévaluer la disponibilité réelle de grains aux États-Unis d’ici la prochaine récolte.

Résultat, même si selon les prévisions de l’instance gouvernementale américaine il y aurait bien assez de grains de disponibles pour répondre à la demande dans les prochains mois, dans les faits sur le terrain la situation que connaissent les consommateurs serait bien différente. Faute d’obtenir aisément du grain, il serait donc déjà plus difficile pour eux de s’approvisionner, d’où une valeur de base anormalement élevée.

Est-ce donc dire que je crois que les prix des grains pourraient à nouveau atteindre des sommets dans les prochains mois? Rien n’est impossible et il semble maintenant que certains éléments pourraient tout au moins donner la chance à cette possibilité de survenir. Par contre, je reste encore très sceptique et sur la défensive, car plusieurs facteurs pourraient aussi empêcher les grains de bondir… à commencer par l’idée que les producteurs américains puissent semer des superficies exceptionnelles cette année. Rien n’exclut non plus que les problèmes financiers en Europe ne vont pas à nouveau prochainement forcer l’ensemble des marchés financiers à la baisse. Certains croient également toujours que les pertes de récolte observées en Amérique du Sud ne seraient pas aussi importantes que ne l’ont laissé entendre les différentes prévisions et « rumeurs ».

** Il faut surveiller de très prêt les prix du maïs et soya cette semaine car il semblerait que l’objectif de vente à atteindre pour les producteurs américains serait de 6,50 dans le maïs et 12,40 dans le soya. Si ceci s’avère vrai, il se pourrait très bien que les prix à la bourse “plafonnent” à ces niveaux faute de nouveaux éléments pour supporter davantage leur progression des 2 dernières semaines…**

 

 

 

 

à propos de l'auteur

Collaborateur

Jean-Philippe Boucher

Jean-Philippe Boucher est agronome, M.B.A., consultant en commercialisation des grains et fondateur du site Internet Grainwiz. De plus, il rédige sa chronique mensuelle Marché des grains dans le magazine Le Bulletin des agriculteurs.

Articles récents de Jean-Philippe Boucher

Commentaires