Le soya a le vent dans les voiles…

Jean-Philippe Boucher agr., MBA jpboucher@live.ca

Jean-Philippe Boucher agr., MBA [email protected]

Depuis que le Département de l’Agriculture des États-Unis (USDA) a présenté le 8 février dernier son rapport mensuel, le soya a connu une relance très intéressante de sa valeur. À la bourse, il a gagné au bas mot près de 1,50 $US/boisseau (55 $US/TM). Ce n’est pas rien… mais ce pourrait être trompeur.

Il existe plusieurs raisons pour justifier cette reprise du prix du soya :

  • Sa tendance saisonnière veut qu’en principe, le prix du soya doive très bientôt amorcer sa progression pour atteindre un sommet en juin. Avec la dégringolade assez impressionnante qu’il a connue depuis l’automne, le biais est d’autant plus fort pour supporter ce retour à une tendance saisonnière plus « normale ». (pour un aperçu de la tendance saisonnière : la structure du marché du soya demeure largement positive
  • Aux États-Unis, la situation est pour le moins assez inquiétante!! Avec les derniers ajustements du USDA, les inventaires américains d’ici la prochaine récolte se révèlent de plus en plus minces. Pour les acheteurs et commerçants américains, il y a de quoi être sérieusement nerveux!
  • Sur les marchés internationaux, ont attend toujours avec impatience que les incroyables récoltes sud-américaines (principalement le Brésil) finissent bel et bien comme promis par inonder le marché. Sauf que, malheureusement comme c’est le cas pratiquement chaque année, les installations portuaires ne sont pas à même de répondre à la demande et le temps d’attente de chargement des bateaux s’allonge de jour en jour. Et, comme si ce n’était pas assez, on parle maintenant de grèves qui paralyseraient aussi les activités des installations portuaires.
  • En dépit d’inventaires extrêmement serrés aux États-Unis, les acheteurs mondiaux tels que la Chine n’ont donc actuellement d’autres choix que de se rabattre sur le peu qu’il reste en sol américain . De quoi jeter un sérieux doute supplémentaire sur ce que sera la disponibilité réelle de soya aux États-Unis d’ici l’automne prochain.
  • Enfin, en Argentine, les conditions météos font aussi la pluie et le beau temps (c’est le cas de le dire…) présentement sur les marchés. Les conditions sont actuellement très sèches et chaque jour de nouvelles prévisions annoncent tour à tour de nouvelles averses ou la poursuite de conditions trop sèches.

Bref, un cocktail très intéressant d’éléments anime actuellement le marché du soya.

Comme c’est le cas un peu à chaque fois que le prix d’un grain s’emballe, il faut cependant prendre du recul et ne pas nécessairement voir trop vite la vie en « rose » comme le font les spéculateurs.

Dans le cas du soya, ce qu’il ne faut pas perdre de vue, c’est que dans l’ensemble nous parlons essentiellement d’un contexte momentané. Dans les faits, tôt ou tard, les problèmes de logistique dans les ports au Brésil seront réglés et le soya se remettra à couler flot.  Dois-je rappeler ici qu’on parle d’ailleurs toujours d’une récolte record au Brésil…

En Argentine, il faut comprendre que contrairement à par exemple l’an dernier, les conditions sèches sont loin d’être aussi inquiétantes et menaçantes pour la récolte de soya pour l’instant.

Il reste donc difficile de croire dans l’ensemble que nous manquerons vraiment de soya dans les prochains mois avec ce que nous promet envers et contre tout l’Amérique du Sud.

Tout ceci ne règle cependant pas les problèmes d’inventaires exceptionnellement serrés aux États-Unis. Mais encore là, il faut garder à l’esprit que si tout débloque en Amérique du Sud, les ventes hebdomadaires à l’exportation de soya connaitront alors très certainement un sérieux recul. Et même si les inventaires sont alors encore très serrés en sol américain, le fait est que les spéculateurs pourraient alors mal digérer de leur côté ce revirement de contexte dans les exportations américaines de soya.

Ceci nous amène donc finalement a considérer le seul élément réel qui pourrait vraiment changer les choses : les ensemencent ainsi que l’état des cultures aux États-Unis l’été prochain.  Et à ce niveau, on revient toujours un peu à la même chose… essayer de prévoir tout ceci équivaut plus à un coup de dé qu’autre chose pour l’instant.

Que le soya s’emballe présentement à la bourse n’est donc pas sans raison. Toutefois, comme le révèle le graphique ci-joint, le fait que les marchés hésitent maintenant à faire le grand saut au-dessus de 15 $US/boisseau (551 $US/TM) n’est pas non plus surprenant. Il reste donc à voir si l’on est toujours prêt ou non à laisser courir davantage notre risque…

soy now

 

à propos de l'auteur

Collaborateur

Jean-Philippe Boucher

Jean-Philippe Boucher est agronome, M.B.A., consultant en commercialisation des grains et fondateur du site Internet Grainwiz. De plus, il rédige sa chronique mensuelle Marché des grains dans le magazine Le Bulletin des agriculteurs.

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